Roméo et Juliette

Sublime Juliette, Laëtitia Pujol ou la tragédie incarnée

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© Agathe Poupeney / Fedephoto.com

Je ne suis pas blasée. Souvent j’entends dire « Oh mais tu en vois tellement, tu en regardes tellement en DVD tu ne dois plus avoir d’émotions ». Mais non, la danse est bien l’art qui me procure le plus d’émotions et c’est pourquoi j’ai toujours besoin d’en voir plus, d’en savoir plus, de la comprendre plus. Les émotions se transforment et s’affinent parfois, mais elles restent entières et sincères. Elles ne baissent que rarement en intensité, elles prennent au contraire des ascensions étonnantes.

Laëtitia Pujol nous a offert un spectacle sans pareil. J’ai toujours trouvé sa technique exemplaire mais je ne pensais pas qu’elle avait ça en elle. Quand je dis « ça » j’entends ce
talent de comédienne. Elle ne joue pas Juliette, elle est Juliette. Et ce jusqu’au bout des ongles.

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© Agathe Poupeney / Fedephoto.com

C’était une distribution superbe. A la séance de travail j’étais tombée sous le charme du ballet. Il y a des centaines de détails que vous voyez sur scène qui ne sont pas visibles dans une captation vidéo. Ce soir j’ai été complètement émue par l’histoire, le jeu des danseurs, très bien réglé.

Ce qui fait la force de Laëtitia Pujol dans ce ballet, c’est qu’elle transcende le rôle. Elle retrouve des traits d’enfants dans la première scène où on la voit jouer avec ses
amis. Elle a en face d’elle Delphine Moussin dans le rôle de Lady Capulet qui en impose pas mal. Pour clore la famille Capulet Bullion en Tybalt, fou de rage contre les Montaigu, sanguin, explosif, avec de belles lignes.

Pour Roméo, Mathieu Ganio au physique de prince ne fait pas pâle figure en face de sa Juliette. Technique parfaite, grâce et élégance, fougueux et amoureux, le couple qui se
connaît bien, fonctionne à merveille. Ils vont très bien ensemble, on croît à leur histoire d’amour comme dans un conte de fées et moi qui adore les histoires d’amour et les rebondissements tragiques, je rentre dedans à 100%.

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© Agathe Poupeney / Fedephoto.com

L’acte I est marqué par les trublions et amis de Roméo qui mettent une ambiance douce et drôle dans cette tragédie. A la fête des Capulets, le ton de haine est donné. La danse
des chevaliers fait toujours son effet, la musique n’y étant pas pour rien. Chaque thème, résonne et nous rappelle à l’histoire, si bien que le spectateur novice ne peut pas s’y tromper. Matthias Heymann en Mercutio remplit ses promesses. Bonds, légèreté, insolence lui vont très bien. Benvollio incarné par Christophe Duquenne se montre lui aussi très joueur. Duquenne est d’ailleurs parfait dans ce rôle et semble bien plus à l’aise que dans les rôles de prince qu’on s’entête à lui coller. Je l’ai vraiment trouvé très épanoui dans ce rôle. Myriam Ould Braham est mutine en Rosaline, mais n’est pas assez indifférente à Roméo à mon goût. Bullion montre au fur et mesure ses talents et une fois encore, me laisse stupéfaite devant son interprétation de Tybalt. L’acte I se termine par la scène du balcon qui est pleine d’amour et de tendresse. C’est finalement le seul moment de répit pour les deux amants. Tant Pujol que Ganio semblent épris et leur couple nous
plonge dans le film de cette tragédie. L’un et l’autre interprètent les rôles à la perfection. Je suis complètement sous le charme, et bouleversée par ce couple.

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© Syltren / Rêves impromptus

L’acte II est celui de Roméo, Juliette ne faisant que deux apparitions, au mariage secret chez le prêtre, et à la mort de Tybalt. Sur la place, Mercutio et Benvollio se moquent
de Roméo. Le pas de trois entre les amis est superbe, Ganio me surprend à chaque minute, il sait être drôle, sortir de ce carcan de prince, tout en gardant des lignes et une technique superbes. Heymann s’amuse bien dans ce rôle, mais entre les deux amis c’est vraiment Duquenne qui se révèle. J’aime beaucoup le deuxième acte, à cause de ce passage. Celui avec la nonne qui se fait malmener par Mercutio et Benvollio est très drôle. On est plongé dans une ambiance de rue. Ca grouille, ça s’insulte entre Montaigu et Capulet, c’est tout le temps en mouvement, si bien qu’on ne s’ennuie jamais. L’entrée de Tybalt interrompt cette joyeuse ambiance. Le combat entre Tybalt et Mercutio nous plonge dans un film de capes et d’épées. C’est fou comme on peut se prendre au jeu
alors qu’on connaît déjà la fin. Je suis très admirative des danses avec des accessoires, et là ce combat à l’épée est impressionnant. On sent la salle qui frémit, au bruit des épées qui tombent, qui s’entrechoquent. Heymann interprète avec brio la mort de Mercutio. Il est en souffrance tandis que ses amis lui consacrent une fausse procession. Ganio se montre très drôle dans cette séance, il change radicalement de visage quand il découvre que le corps de Mercutio se refroidit et qu’il est ensanglanté. Il se rue sur Tybalt et c’est un nouveau duel avec une pression bien plus forte qui commence. La mort de Tybalt ramène Juliette à la scène et là Laëtitia Pujol m’a donné de sacrés frissons. Elle sort une colère, ses os ressortent, la chair de poule envahit toute sa peau, ses yeux sortent des orbites à travers des larmes, c’est d’abord avec haine qu’elle se dirige vers Roméo, qui reste sous le choc impassible. Face à la figure de l’être aimé, elle lutte mais ne peut lui résister, elle est aimanté par lui. Le jeu de Pujol est juste fou, elle est incroyable. Mille fois bravo !

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© Syltren / Rêves impromptus

L’acte III est celui de Juliette, l’action se passe chez les Capulets. Juliette est désespérée. Là encore Laëtitia Pujol se montre si investie dans le rôle qu’elle tient le
ballet dans son regard. Elle se montre très farouche face à la volonté de ses parents, et au désir de Pâris, incarné par Bruno Bouché, qui est très froid et déterminé dans sa volonté d’épouser Juliette. J’aime beaucoup la danse à quatre avec Capulet, Lady Capulet, Pâris et Juliette. Delphine Moussin a tout de la noblesse dans son port de tête et son regard qui balaye l’espace en permanence.Là encore on est dans un film avec une voix off. Juliette s’échappe, son thème musical revient et on est plongé dans son esprit où elle se révolte, où il faut qu’elle trouve une solution.Toute la suite est très lente. Il y a la découverte du corps de Juliette inerte par sa famille, le rêve de Roméo à Mantoue, son réveil, où il apprend par Benvollio la mort de sa chère et tendre. La mort de Frère Laurent, l’arrivée dans le caveau, la mort de Pâris. La dernière scène dans le caveau me plonge dans cette tragédie. Ganio est parfait, il désespère devant ce corps sans vie. Il boit le poison, et meurt quelques secondes avant le réveil d’une Juliette qui croit retrouver espoir. La vue de Pâris mort puis de Roméo. Son cri, bien qu’il soit sans voix, pourrait vous casser les tympans tant il semble venir des profondeurs de ses entrailles. On a envie de crier bravo tout de suite. Je suis dans mon flot de larmes (je ne vous ai jamais dit que Le petit rat
était ultra sensible et romantique?), affolée par ce drame. C’était sublime.

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© Agathe Poupeney / Fedephoto.com

J’ai donc passé une superbe soirée, je remets ça samedi soir avec Dorothée Gilbert et Josua Hoffalt ais la barre est placée très haute. En compagnie de Pink Lady, j’ai rencontré Laura de Bella Figura, que j’ai oublié de féliciter pour son article dans le programme qui est très bien écrit. Ensuite nous avons filé au cocktail Arop (il n’y a pas de petits plaisirs), où je cite les dames en robes à plus de 1000€ vous parlent ainsi quand vous tentez d’obtenir une coupe de champagne « eh les minettes, on laisse passer les grands mères d’abord, oh les minettes! « … mouais botoxées et vu la dose de peinture sur le visage… ma grand mère ne ressemblait pas à ça. On ne peut pas être et avoir été mesdames, alors si il faut jouer les grands mères pour passer avant les autres, il ne faut pas se donner le look d’une jeune femme. C’était ma petite anecdote de la soirée, qui rendent toujours les évènements à l’Opéra uniques. Je vous rassure ce qui a rendu ma soirée merveilleuse, c’est bien
Laëtitia Pujol.

A lire absolument sur le blog de Pink Lady, l’interview de Yuri Uchiumi, choréologue, l’interview de Linda Darell, qui raconte la première de Roméo et Juliette, à Londres. Vous comprendrez mieux la genèse de cette oeuvre et comment elle se transmet.

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© Agathe Poupeney / Fedephoto.com

 

  • Distribution du 28 avril 19h30
Juliette Laëtitia Pujol
Roméo Mathieu Ganio
Tybalt Stéphane Bullion
Mercutio Mathias Heymann
Benvolio Christophe Duquenne
Pâris Bruno Bouché
Rosaline Myriam Ould Braham

 

  • Bonus vidéo

 

Nouvelles de la semaine de Pâques

Marrakech havre de paix

Pour moi les jolis gourmandises que j’ai dans la tête, ressemblent plus à des cornes de gazelle qu’à des oeufs. Le petit rat vient de rentrer d’une semaine à Marrakech, complètement déconnecté dela vie réelle et de la danse, je dois bien l’avouer. Pour ce qui est de Marrakech, c’était absolument exquis et reposant, loin du stress parisien. C’est donc en pleine forme et bronzé que le petit rat attaque cette semaine avec deux Roméo et Juliette (voire trois si je me bouge pour voir Myriam Ould-Braham) et un Mats Ek si j’arrive à voir des places.

  • La sortie ballet de la semaine : La nouvelle création de Gallotta

Ça se passe au Théâtre de la ville. Après son hommage à Gainsbourg,  L’homme à la tête de chou, qui était de nouveau donné cette saison au Théâtre du Rond-Point. Je n’avais personnellement pas aimé cette oeuvre, mais l’énergie de Gallotta peut en emporter plus d’un. Il revient sur la scène avec un solo Faut qu’je danse, spécialement écrit pour lui. Le titre me donne envie de voir cette pièce tant cette phrase ce cri, peut être celui qui est au fond de chaque danseur. Un cri mais aussi une sorte d’évidence. Bref un sujet très prometteur. La deuxième pièce intitulée Daphnis é Chloé, est une reprise d’un pièce de 1982. Trois jeunes danseurs vont de nouveau interpréter la création de Gallotta.

A lire l’article de Rosita Boisseau dans Le Monde, l’article de Phillipe Noisette dans Les Echos, l’article de Delphine Goater sur Resmusica.

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Jean-Claude Gallotta
CCN de Grenoble Groupe Emile Dubois Compagnie

FAUT QU’JE DANSE ! création
Prologue à Daphnis é Chloé
chorégraphié et interprété par Jean-Claude Gallotta
assistante à la chorégraphie Mathilde Altaraz

DAPHNIS É CHLOÉ re-création
Chorégraphie Jean-Claude Gallotta
assistante à la chorégraphie Mathilde Altaraz
musique de et enregistrée par Henry Torgue, piano

Du 18 au 30 avril
au Théâtre de la Ville – Les Abesses
31 rue des Abbesses – 75018 Paris

  • La nomination de la semaine : Vincent Chaillet nommé pour les Benois de la danse.

La nouvelle est tombée il y a quelques jours sur le site des Benois de la danse. Ce prix est une sorte d’oscar de la danse. J’en profite pour vous donner la liste complète. Je suis contente que Vincent Chaillet ait obtenu cette reconnaissance, il le mérite bien. Si vous en doutez allez donc le voir danser dans la soirée Mats Ek et dans Roméo et Juliette.


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Chorégraphes

CIDI LARBI CHERKAOUI/DAMIEN JALET — BABEL, Divers music, Eastman (Belgium).
JORMA ELO — A MIDSUMMER NIGHT’S DREAM, F. Mendelssohn, Vienna State Ballet; SLICE TO SHARP (new version), H. Biber, A. Vivaldi, Stanislavsky Theatre
Ballet (Moscow, Russia).
CRYSTAL PITE — PLOT POINT, B. Hermanns, Netherlands Dance Theatre.
ZHANG ZHENXIN — CLOSE YOUR EYES WHEN IT’S GETTING DARK, R. Ikeda, E. Serra, D. -E. Edwards, National Ballet of China.

Danseuses

BERNICE COPPIETERS — The title role in Scheherazade, N. Rimsky-Korsakov/J. -Ch. Maillot, Les Ballets de Monte-Carlo.
LORENA FEIJOO — Kitri in Don Quixote. L. Minkus/M. Petipa, A. Gorsky (version of Jorge Texeira), Cuban Classical Ballet of Miami (USA).
EKATERINA KONDAUROVA — The title role in Anna Karenina, R. Schedrine/A. Ratmansky, Mariinsky Theatre.
ALEXANDRA LIASHENKO — The title role in Cinderella, S. Prokofiev/F. Ashton, Polish National Ballet.
MARIA YAKOVLEVA — Principal party in Rubies, I. Stravinsky/G. Balanchine, Vienna State Ballet.
ZHU YAN — the grown up girl in Outrenoire, J. Cage/J. Bubeniček, National Ballet of China.

Danseurs

VINCENT CHAILLET — O Zlozoni/O Composite, L. Anderson/T. Brown, Opera National de Paris.
DENIS CHEREVICHKO — The Vertiginous Thrill of Exactitude, F. Shubert/W. Forsythe, Vienna State Ballet.
SEMION CHUDIN — Feb in Esmeralda, C. Pungi, R. Glière, S. Vasilenko/V. Burmeister; Slice to Sharp, H. Biber, A. Vivaldi/J. Elo;
La Petite Morte, V. A. Mozart/J. Kilian, Stanislavsky Theatre Ballet (Moscow, Russia)
HAO BIN — the grown up boy in Outrenoire, J. Cage/J. Bubeniček, National Ballet of China.
FERNANDO ROMERO — Dante in Paseo por el Amor y la Muerte, J. Cage, T. Takemitsu, Y. Matsudaira, collage of cantaores clasicos
antiguos/F. Romero, Theatre Lope de Vega (Sevilla, Spain).
ROLANDO SARABIA — Basilio, Don Quixote, L. Minkus/M. Petipa, A. Gorsky (version of Jorge Texeira), Cuban Classical Ballet of Miami (USA).
CÉDRIC YGNACE — Basilio, Don Quichot, L. Minkus/ M. Petipa, A. Gorsky (version of A. Ratmansky), Het National Ballet (Netherlands).

 

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  • La bonne action de la semaine : aller voir le gala Les Etoiles pour le Japon

Cela a lieu au Palais des Congrès le 31 mai, l’argent sera reversé à la Fondation de France qui se chargera d’aider les victimes du séisme. Je vous laisse la liste des artistes participants qui fait rêver tout de même !

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Carlos Acosta (principal, Royal Ballet Londres)
Michael Banzhaf (Primier danceur, StaatsOper Ballet de Berlin)
Ashley Bouder (principale, New York City Ballet)
Jiri Bubenicek (principal, Semperoper Ballet de Dresde)
Otto Bubenicek (principal, Ballet de Hamburg)
Elisa Carrillo Cabrera (premier danceur, StaatsOper Ballet de Berlin)
Isabelle Ciaravola. (Etoile, Opéra National de Paris) **
Marlon Dino. (principal, StaatsOper Ballet de Munich)
Olga Esina (principale, StaatsOper Ballet de Vienna)
Julien Favreau. (principal, Bejart Ballet Lausanne)
Mathieu Ganio. (Etoile, Opéra National de Paris) **
Dimitri Gruzdev. (principal, English National Ballet)
Mikhail Kaninskin (principal, StaatsOper Ballet de Berlin)
Igor Kolb (principal, Ballet du Theatre de Mariinsky)
Elena Kuzmina (principale, Eifman Ballet de St.Petersburg)
Lucia Lacarra. (principale, StaatsOper Ballet de Munich)
Roman Lazik (principal, StaatsOper Ballet de Vienna)
Femanda Oliveira (principale, English National Ballet)
Andrey Merkuriev ( premier danceur, Ballet du Theatre Bolshoi)
Shoko Nakamura. (principale, StaatsOper Ballet de Berlin)
Kateryna Shalkina. (principale, Bejart Ballet Lausanne)
Friedemann Vogel (principal, Ballet du Stuttgart)
Igor Zelensky (Principal, Ballet du Theatre de Mariinsky)

Pour réserver vos places, suivez le lien. de 35 à 150€.

  • Le bonus vidéo de la semaine : Fugitif de Sébastien Bertaud

Retour sur la soirée des danseurs chorégraphes, qui avait eu lieu en janvier. Voilà quelques extraits de la pièce de Sébastien Bertaud. A voir aussi  la pièce d’Allister Madin, en entier s’il vous plait sur sa chaine youtube.

 

Les lectures du mois d’avril

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Envie d’une nouvelle « rubrique », chronique. Bref, envie de partager avec vous les dizaines (centaines?) de livres qui sont en lien avec la danse dans ma bibliothèque… A lire ou à relire donc ce mois ci..

  • Pour comprendre les ballets qu’on va voir…

Relire Roméo et Juliette de Shakespeare… Revoir Roméo et Juliette de Ziffirelli, écouter la musique de Prokofiev.

Mieux comprendre l’insolence et la fougue de Tybalt, le tourment de Roméo, la passion de Juliette, la haine des deux familles.

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Relire La maison de Bernarda de Frederico Garcia Lorca. Se plonger dans cet univers de l’Espagne d’une autre époque où les femmes sont plongées dans un deuil qui semble
éternel.
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  • Livres de danse ouverts récemment

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Un livre de photos Carnet d’Opéra dont on m’a fait cadeau. Merci encore à la personne qui m’a gâtée. Les photos sont belles, prises des coulisses, comme pour se glisser
dans cet univers mystérieux. Ma photo préférée, un tutu du Lac des cygnes.

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Panorama de la danse contemporaine de Rosita Boisseau. Offert à mon professeur de danse, j’en ai donc profité pour le feuilleter. Tout comme le Panorama des Ballets
classiques
, que j’ai eu à Noël, très bien fait, en somme le répertoire mis à jour. Des photos, l’argument simplifié des différentes pièces, des entretiens avec des danseurs sur leurs
impressions, leurs façons d’appréhender les ballets, les chorégraphes. Très pratique et synthétique. À avoir !

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  • Ma lecture des vacances

Le petit rat adore les classiques…Partant en vacances deux semaines au soleil, et donc plage, je compte bien en profiter pour me faire un pavé. J’ai choisi Guerre et
paix
de Tolstoï que je n’ai jamais lu en entier.

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Et vous ? Que lisez vous en ce moment ?

 

Les nouvelles de la semaine du 11 avril

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  • La sortie ballet de la semaine : Roméo et Juliette de Noureev

C’est à partir du 11 avril jusqu’au 30 avril. J’ai vu la séance de travail vendredi (compte rendu bientôt).

C’est un ballet absolument sublime qu’il ne faut pas manquer ! Allez il fait beau vous pouvez faire la queue pour avoir des places à 5€, d’autant que bientôt ces places n’existeront plus.

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  • La distribution de la semaine : Le Bolshoï à Paris

Elles n’arrêtent pas de changer sur le site du Bolshoï mais voilà les dernières tombées.

Flammes de Paris (rôles dans l’ordre : Jeanne, Phillipe, Adeline, Jérôme, Mireille de Poitiers Antoine Mistral)

Alexandrova/Lantratov/Rebetskaïa/Savin/Krysanova/Skvortsov le 5 mai

Osipova/Vasiliev/Kaptsova/Lopatin/Shipulina/Skvortsov le 6 mai

Alexandrova/Volchkov/Nikulina/Merkuriev/Kaptsova/Ovcharenko le 7 mai

Alexandrova/Lantratov/Kaptsova/Savin/Krysanova/Skvortsov le 11 mai

Osipova/Vasiliev/Rebetskaïa/Lopatin/Kaptsova/Ovcharenko le 15 mai

Don Quichotte (rôles dans l’ordre : Kitri, Basilio, La danseuse des rues, La reine des Dryades, Don Quichotte, Sancho Pança)

Ossipova/Vassiliev/Leonova/Shipulina/Loparevitch/Petukhov le 10 mai

Shipulina/Volchlov/Okuneva/Nikulina/Loparevitch/Petukhov le 12 mai

Ossipova/Vassiliev/Meskova/Shipulina/Loparevitch/Petukhov le 13 mai

Krysanova/Lopatin/Okuneva/Nikulina/Loparevitch/Petukhov le 14 mai à 14h30

Alexandrova/Volchkov/Leonova/Shipulina/Loparevitch/Petukhov le 14 mai à 20h.

 

Ossipova/Vassiliev

Pour le moment j’y vais le 5, le 6 et le 15 mai pour Flammes de Paris. J’ai une place pour le 12 mai pour Don Quichotte, je ne peux m’y rendre car j’ai une répétition, donc si quelqu’un veut bien me l’échanger.. C’est une catégorie trois très bien placée.

  • La bonne action de la semaine : vente de chaussons étoilés pour le Japon

L’action est lancée par José Martinez, au passage lisez l’interview qu’il a donnée dans El Pais. Je cite donc son appel : « Projet récolter des pointes/demi-pointes de solistes de
grandes compagnies, usagées et surtout dédicacées… une vente sera organisée au Japon afin de récolter des fonds… je fais le lien, à,moi tous les chaussons usés! »

Les chaussons sont donc à envoyer à l’Opéra de Paris, à l’attention de José Martinez, au 8 rue Scribe 75009.

 

Pointes de Zakharova

  • Le shopping de la semaine : Repetto

La nouvelle boutique dans le marais ouvrira ses portes vendredi 18 avril à 10h30 et on y annonce des surprises. La façade recouverte de pointes (taille 32 ou 34 rien à regretter..) en était déjà une belle.

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  • La vidéo de la semaine : Sarah Kora Dayanova dans le Lac des cygnes

Actuellement blessée, et je lui souhaite un excellent rétablissement car j’espère bien la voir dans les rôle de Rosaline et Lady Capulet dans Roméo et Juliette. Voilà la belle Kora, ça
donne ça, pas mal non? Je la trouve rayonnante.

 

Cette semaine le petit rat sera à Marseille, qui sait, trouvera bien un spectacle à aller voir. Pour ceux qui ont des vacances j’espère qu’elles seront bonnes et ensoleillées, et pour les autres courage!

Séance de travail Roméo et Juliette, premier coup de foudre

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Je n’avais jamais vu ce ballet. En « vrai » je veux dire. Des dizaines et des dizaines de fois en DVD par contre. C’est donc plein d’attentes que je m’étais inscrite pour la séance de
travail. Hélas l’Arop et son « merveilleux » site m’avait éliminée des « élus » pour pouvoir y assister. Le petit rat n’allait pas en rester là. Pire qu’un conflit entre Montaigu et Capulet, il
fallait que j’assiste à cette séance de travail. Lundi une belle âme pensa à moi et j’obtenais le saint Graal pour pénétrer les lieux. Mais pourquoi cette séance de travail avait elle été un tel bazar à organiser? 3 classes de primaires, 2 classes de lycéens (à vrai dire je ne sais pas trop quel âge avaient ces jeunes gens qui ont passé plus de temps à regarder leurs sms et à se les montrer car voir le drame qui se déroulait sous leurs yeux..).

Tout le monde connaît l’histoire de Roméo et Juliette. Deux familles opposées, une guerre qui réveillent les passions, deux jeunes gens qui tombent passionnément amoureux, mais dont l’amour est impossible au vue de la guerre qui déchire leur famille respective.

Vincent Chaillet répétant Tybalt/ Photo Julien Benhamou

© Julien Benhamou

J’ai été complètement happée par le drame et ce non seulement grâce à la danse, mais aussi au jeu de comédiens des danseurs. Je donne tout de suite une mention spéciale à Agnès Letestu, qui fut une grande tragédienne et qui m’a beaucoup émue à la fois dans l’amour passion, mais surtout dans la tragédie.

C’est un ballet qui est très particulier car ce n’est pas un ballet classique. Ici pas de tutus, pas de Tchaïkowsky, ou Minkus. La musique de Prokofiev est très narrative, prend des couleurs particulières à chaque variation. Elle donne un aspect différent à la danse. La partition me semble complexe, pleine de mystères. Elle mène Roméo à Juliette et réciproquement. Elle raconte des sentiments, tout comme la danse, chaque geste, chaque note est une phrase beaucoup plus que dans un ballet « classique ».

« Deux illustres maisons, d’égale dignité

Dans la belle Vérone où nous plaçons la scène,

Enflamment à nouveau leur antique querelle,

Et de leur propre sang les citoyens se souillent. »

On est plongé d’entrée dans une ambiance très sombre. Le ballet est construit comme un film fait de flashbacks et de visions. Cela renforce la trame narrative. On assiste à un enterrement. Le décor est posé. Des visages sombres. La fin est déjà là, toute annoncée dans cet enterrement.

Roméo apparaît accompagné de ses compagnons, cousins et autres personnages appartenant à la famille des Montaigu. Roméo est dansé par Florian Magnenet que je trouve d’emblée très léger et à l’aise d’un point de vue technique mais un peu trop scolaire.

« Amoureux ?

– Dépourvu…

D’amour ?

– Des faveurs de celle que j’aime. »

Eve Grinsztajn apparaît sous les traits de Rosaline. Elle est parfaite dans le rôle de séductrice sans trop en faire. Elle émeut Roméo par un jeu de bas de jambes très gracieux. Elle le soutient du regard tout en le laissant à distance. Les amis de Roméo tentent de l’éloigner de celle qu’ils considèrent comme un corbeau caché sous l’apparence d’un cygne, car Rosaline n’aime pas Roméo.

Les Capulet entrent et commence le premier combat entre les deux familles. C’est très beau. Les duels sont parfaitement réglés. Le maniement des épées m’impressionne (pour avoir eu l’occasion d’en soulever une, je peux vous dire que ce n’est pas si léger..). Dans cette guerre, il n’y a pas que les hommes qui se battent les femmes sont prises à parti. Elles sont même parfois monnaie d’échange pour cesser un duel qui deviendrait trop dangereux. On est dans un film de cape et d’épée, tous les danseurs révèlent leurs qualités de comédien. Un prêtre met fin à cette querelle.

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© JMC

On change de décor, on est dans la suite de Juliette fille de Capulet. C’est le seul décor un peu plus joyeux. Letestu se montre tout de suite comme une Juliette parfaite. Ses bas de jambes sont présentés élégamment à chaque pas. Son jeu est impeccable, elle incarne à merveille cette adolescente de quatorze ans qui joue à cache-cache avec ses amis, quand sa mère ( interprétée ce soir par Stéphanie Romberg ) entre pour lui annoncer le bal du bal et surtout son futur mariage avec Paris.

« Le valeureux Paris vous voudrait pour femme. […]

Lisez le livre de son visage, et les délices

Que la beauté y trace de sa plume. […]

Et en le possédant, [vous] ne serez pas diminuée. »

 

A la fête des Capulet, s’introduisent Roméo et ses amis. J’ai adoré la danse des chevaliers, je ne me lasse pas de la puissance de la musique. Emmanuel Thibaut en Mercutio est décidément brillant. Trop même, tout cela semble bien trop facile pour lui. Le rôle lui va comme un gant, jeune héros, bondissant d’aventures en aventures. Du coup j’ai hâte d’y voir Heymann ! Bullion en Tybalt c’est comment vous dire un pléonasme. Fougueux, insolent, haineux, Bullion ne laisse aucun pas ni regard au hasard. On sent que ses nerfs peuvent lâcher à tout moment à la simple vue d’un Montaigu. Les danses commencent, je suis une nouvelle fois absolument charmée par cet ensemble harmonieux.

« Celles dont les pieds

Ne sont pas affligés de cors vont vous faire faire

Un petit tour de danse. […]

Jouez du talon, jeunes filles. « 

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© JMC

Dans le bal, c’est sur un simple regard que Roméo et Juliette tombent amoureux. Les regards deviennent de plus en plus complices. Les pas de danse se délient et se complexifient comme les sentiments s’enrichissent. Le couple fonctionne bien même si je ne suis pas convaincue par Magnenet en Roméo. Il lui manque quelque chose dans son jeu. Bizaremment il est peut être un peu trop juvénile. Il lui manque un peu de gravité, je ne l’ai pas senti envahi par un sentiment puissant. Cela ne s’est pas assez répercuté dans sa danse. Agnès Letestu est elle complètement soumise à ce coup de foudre, chaque pas évolue vers une passion plus forte. Au baiser Juliette semble plus éprise que jamais, elle s’abandonne complètement.

« Mes lèvres sont toutes prêtes, deux rougissants pèlerins,

À guérir d’un baiser votre souffrance. […]

Et que mon pêché

S’efface de mes lèvres grâce aux tiennes.

– Il s’ensuit que ce sont mes lèvres

Qui portent le pêché qu’elles vous ont pris.

– Le pêché, de mes lèvres ? Ô charmante façon

De pousser à la faute ! Rends-le moi ! « 

La dernière scène de l’acte I est celle du balcon. L’ambiance est douce, c’est la nuit, Juliette est sur son balcon en chemise de nuit. Roméo apparaît et leur dialogue est tout en
délicatesse. Je sens encore Magnenet fragile sur le jeu « d’acteurs » mais tout à fait solide dans sa danse. Il faudrait qu’il se lâche plus car il a vraiment en face de lui une partenaire idéale qui s’éprend de lui comme on s’éprend d’un premier véritable amour. Agnès Letestu se jette à corps perdu dans les bras de son partenaire. Elle est lumineuse. Malgré mes voisins qui ne cessent de parler, la scène est très émouvante. J’ai rarement vu un pas de deux comme celui là. Tous les pas sont des déclarations d’amour, chaque geste raconte une histoire. Chaque baiser augmente en intensité comme si à chaque fois cela devait être le dernier. Chaque mouvement gagne en amplitude à mesure que l’amour naît entre ces deux êtres. Je savais que c’était beau, mais en « vrai » c’est une vraie découverte !

« Ô Roméo,

Si tu m’aimes, proclame-le d’un cœur bien sincère, […]

Je suis trop éprise »

Après l’entracte, il est temps de passer aux choses sérieuses. Sur une place Roméo rêve de sa Juliette. « Roméo aime à nouveau, il est aimé. » Mercutio et Benvollio (interprété par
Yann Saïz) se jouent de lui en se déguisant en femmes. C’est très drôle. La nourrice arrive pour donner un billet à Roméo mais elle doit d’abord passer entre les mains des deux compères qui la taquinent allègrement. S’ensuit la danse des drapeaux, assez impressionnante. Un variation entre les trois amis qui me plaît beaucoup aussi. Après la lecture de la lettre, Magnenet se lâche un peu plus et me laisse entrevoir ce qu’il est capable de faire. Mais de retour chez le prêtre pour le mariage, je le sens encore un peu coincé et mal à l’aise. Oh ce n’est qu’une répétition, il a encore le temps de s’épanouir dans ce rôle.

« Ô Roméo, Roméo, le brave Mercutio est mort. […]

Tybalt est tué! »

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La mort de Mercutio est l’occasion de voir une dernière fois les bonds d’Emmanuel Thibaut. Sa mort à laquelle ses amis ne croient pas au début est une farce qui tourne à la tragédie. Roméo venge Mercutio d’un coup d’épée dans le coeur de Tybalt. Je suis plus touchée par Tybalt que Roméo. Je crois que pour les balletomanes assises à côté de moi, ce soir notre Roméo c’est Stéphane Bullion ! Il est bien plus tragique que Magnenet. Il est plus dans l’histoire, dans la trame de la pièce.

« Roméo a tué Tybalt, et il est banni. […]

– Oh, Dieu ! La main de Roméo a versé le sang de Tybalt ? »

Deuxième entracte, on entre au troisième acte qui m’a paru un peu long. Surtout au début. Le pas de deux de la chambre est très beau, il me semble très difficile, mais Letestu et Magnenet s’en sortent bien. J’ai aussi aimé le conflit qui oppose Juliette et ses parents. C’est très fort et très théâtral et encore une fois Agnès Letestu ne perd pas une minute son rôle. Il y a des passages très puissants dans cet acte. J’ai été envoûtée par le retour de Tybalt et de Mercutio qui hantent la conscience de Juliette. La scénographie est superbe, les lumières bleutés nous plongent dans l’esprit de l’héroïne tiraillée entre l’amour et l’honneur. C’est bien entendu l’amour qui l’emporte et il faut dès lors trouver le plan pour retrouver son cher Roméo.

« Ce « banni », ce seul mot : « banni »

A tué dix mille Tybalt. « 

La scène de la ruse entre Frère Laurent et Juliette se joue sur deux plans. Au premier Agnès Letestu, qui écoute les paroles du prêtre. Au second, une autre Juliette qui danse la future scène. Ça marche assez bien, l’effet a du charme.

« Accepte d’épouser Paris. […]

Eloigne la nourrice de ta chambre,

Prends cette fiole et, une fois au lit,

Bois la liqueur qui y est distillée […]

Ni souffle ni chaleur n’attesteront que tu vis. « 

Ce qui suit est une tragédie complète. Je suis très émue par la mort de Juliette qui à son réveil ne trouve qu’un mort à la place de son amant. Le corps encore chaud et les gouttes de poison ne suffiront pas à la tuer, le poignard est la seule issue pour rejoindre son amour.

« Ô poignard, bienvenu,

Ceci est ton fourreau. ( Elle se poignarde.) Repose là,

Pour que je puisse mourir.

(Elle tombe et meurt sur le corps de Roméo). « 

 

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© Agathe Poupeney/ Fedephoto

Le ballet s’achève sur cette double mort. J’en suis toute retournée. Je vais voir ce ballet le 28 et le 30 avril, mais je crois que les places à 5€ vont être mes meilleures amies pour
pouvoir revoir ce ballet. Je vous le conseille mille fois.

J’ai passé une soirée délicieuse et ce n’était qu’une répétition. J’ai hâte de le voir avec une salle comble.

  • Distribution du 8 avril 2011

 

Juliette Agnès Letestu
Roméo Florian Magnenet
Tybalt Stéphane Bullion
Mercutio Emmanuel Thibault
Benvolio Yann Saïz
Pâris Yannick Bittencourt
Rosaline Eve Grinsztajn

 

Serguei Prokofiev Musique
Rudolf Noureev Chorégraphie et mise en scène
(Opéra national de Paris, 1984)
Ezio Frigerio Décors
Ezio Frigerio et Mauro Pagano Costumes
Vinicio Cheli Lumières

 

  •  Bonus vidéo