Léonore Baulac

Les désordres admirables de Samuel Murez

Désordres avec Samuel Murez, Lydie Vareilhes, Takeru Coste, Ludmila Pagliero, Matthieu Botto, Léonore Baulac, François Alu, Fabien Révillon, Hugo Vigliotti, Laura Hecquet, Jérémy-Loup Quer. Représentation du samedi 8 juin 2013 au Théâtre André Malraux de Rueil-Malmaison.

Samuel Murez est un artiste est un artiste très doué. Quand on voit la qualité de son spectacle et le bonheur qu’il procure, on se dit qu’on aimerait voir plus souvent ce type de talents mis en avant sur la scène actuelle française.

Désordres est un spectacle comme on a peu l’habitude d’en voir dans les théâtres parisiens, car il mêle l’exigence technique classique, à une scénographie ultra léchée, le tout avec un fond humoristique qui emmène petits et grands. Ceux qui s’attendaient à un gala de danseurs pouvaient rester chez eux, Désordres, c’est bien plus que cela.

Désordres 3ème étage Samuel Murez  photo Julien Benhamou

 

Le spectacle est composé d’une suite de pièces qui met en scène la virtuosité et l’élégance chorégraphique. Ainsi la valse qui ouvre le bal donne le ton. Tout s’enchaîne avec une belle fluidité. Les difficultés techniques semblent inexistantes. Les danseurs utilisent l’espace et leurs qualités techniques comme rarement. La diversité et la complexité des chorégraphies écrites par Samuel Murez permettent de voir l’étendue des danseurs du groupe. Dans Quatre, Matthieu Botto, François Alu, Fabien Révillon et Hugo Vigliotti se montrent plus virtuoses que jamais. Les sauts sont époustouflants, les tours n’en finissent pas de tourner. Tout est impeccablement réglé sur la musique et dans l’espace. Takeru Coste est un éblouissant partenaire avec Ludmila Pagliero. Ils créent ensemble ce pas de deux très sensuel alors que les instructions techniques sont leur seule musique.

Les pièces qui composent le spectacle sont liées par une narration fantastique. Un chapelier nous guide vers cette aventure où l’on va croiser le désormais mythique duo de « ME2 » qui se démultipliera en me9. L’unité sonore est elle aussi assurée. On retrouve des jeux de sons, qui se déclenchent à la suite de certains mouvements, comme dans Book Dance, où les protagonistes s’électrocutent entre eux. Les personnages ont une identité forte et attirent de façon magnétique le regard. Les personnages un peu gauches de Book Dance sont terriblement charmants. Le personnage du rêveur incarné par Hugo Vigliotti est sans doute le plus fort car c’est celui qui est capable de provoquer beaucoup de tendresse et qui possède un fort potentiel comique, par ses mimiques et son angoisse du monde du travail. Les qualités techniques et artistiques d’Hugo Vigliotti en mettent plein la vue.

Hugo VIgliotti Dans Désordres

Samuel Murez a l’intelligence de comprendre que ce qui fait un spectacle ce sont tous les détails qui le composent. Il ne laisse rien au hasard. Les lumières y sont extrêmement travaillées et sont une grande partie de la réussite. Les douches de lumières qui s’allument ça et là nous surprennent, les nuances des couleurs sont bien ajustées, tout les effets sont réglés au millimètre et à la seconde près. Pas un écart, pas une erreur, le spectacle est tenu de bout en bout, avec brio et on en ressort complètement ébloui. C’est drôle, beau, plein de surprises et de rebondissements. Assurément, un de mes gros coups de coeur de cette saison.

La troupe de 3e étage sera cet été au très prestigieux Jacob’s Pillow Festival du 31 juillet au 4 août.
Relire mon interview de Samuel Murez, clic

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Le pari audacieux de Samuel Murez

A l’Opéra de Paris, il y a toujours des initiatives individuelles intéressantes. Quoi de plus normal quand on vit au sein d’une telle maison. Samuel Murez y est entré à l’âge de 17 ans. Il danse dans de beaux rôles. On retiendra parmi ceux ci ceux que lui a donnés Forsythe (Approximate Sonata), Laura Scoozy, Mats Ek, Pina Bausch, sans oublier Roland Petit. Mais ce qui préoccupe l’esprit du jeune danseur c’est la chorégraphie. Créer sur les autres, faire ressortir leurs qualités, les mettre dans la lumière. De là, est né 3ème étage. Ce nom, c’est tout simplement celui de l’étage où sont les loges des danseurs. Au départ, un danseur avec cette volonté de mettre ensemble des brillants artistes et de créer quelque chose de nouveau, qui tire la tradition vers la modernité. Au départ, des spectacles qui ressemblent fort à des galas. Puis, une forme nouvelle s’impose avec un spectacle. Désordres, est un tout. Ce ne sont plus des pièces ou extraits isolés que vous verrez au théâtre de Rueil, mais bien un spectacle pensé de bout en bout par l’équipe de Samuel Murez. Ce nouveau spectacle est complètement auto-produit et c’est un nouveau défi que s’est donné le danseur-chorégraphe. Il a loué pour 4 jours le théâtre André Malraux à Rueil-Malmaison. Cet été, il retourne au Jacob’s Pillow Dance Festival pour la deuxième fois. Toutes les dates là-bas sont pleines, les Américains en redemandent ! La qualité du programme n’est plus à démontrer, aux Franciliens de le découvrir ce week-end.

Avant la dernière de la soirée mixte à Garnier, rendez-vous avec Samuel Murez au restaurant de l’Opéra. Rencontre avec un artiste passionnant.

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Comment passe-t-on de la danse classique à la création d’une compagnie ?

La danse classique st une forme qu’on a apprise depuis tout petit. On a appris comment doit être notre corps, dans quelle position doit être, qu’est ce qui se passe dans notre corps à ce moment là. Ce sont des idées qui sont ancrées en nous, très précises. Et en même temps, juste avec ces idées là, on ne peut pas faire grand chose d’intéressant. Il faut donc avoir une part de transgression et de folie, qui vont être nécessaires à la créativité. Une pièce avec que des règles et de l’ordre, c’est nul, le contraire, une pièce qu’avec de la folie c’est nul aussi.

J’aime le cinéma, la mise en scène. J’aime que tout soit impeccable pour faire un vrai spectacle avec des effets. C’est pour cela qu’est né 3ème étage.

De quelles contraintes partez-vous pour créer une pièce ?

La contrainte est justement tout le thème du spectacle ! Je joue sur le mot « désordre ». Des ordres et du désordre. Quand on travaille ensemble, au départ c’est très classique, assez virtuose et assez réglé. Après je questionne un peu tout cela, les habitudes, les attentes que l’on peu avoir. Les personnages que je crée évoluent et interagissent avec les danseurs. On arrive vers des formes moins ordonnées, mais cela peut être aussi dans le déroulement du spectacle, avec des parts d’improvisation.

La reproduction en danse ce n’est pas intéressant. Il y a toujours quelqu’un qui a fait mieux ou différemment. La chose qui m’intéresse c’est quand j’ai l’impression que rien n’est écrit et que l’interprète est en train de recréer quelque chose. Je travaille sur l’intention et sur l’effet théâtral.

Comment faites-vous pour mettre les danseurs dans cet état qui fait qu’ils puissent créer dans une chorégraphie écrite ?

Je travaille sur les effets. Je vais changer la musique ou la lumière ou même la chorégraphie jusqu’à ce que l’effet que j’ai en tête soit atteint. Il y a beaucoup de paramètres, il faut tout régler au millimètre, surtout quand on change de salle, qu’on n’a pas l’éclairage qui va bien, etc. Il y a donc forcément une part de liberté pour les danseurs, et cela permet qu’ils se surprennent eux-mêmes.

Qui sont ces danseurs qui sont avec vous dans cette aventure ?

Des artistes que j’admire beaucoup. Chacun à sa façon a du génie. Mais pas seulement parce qu’ils font bien des pas, ça ce n’est pas intéressant. Ils m’emmènent très loin. Pas tous par la même chose. Josua par exemple, c’est par sa précision, sa rigueur, sa pureté d’intention, de retenue. Ludmila, par son obsession du détail. Il y a des choses chez eux qui me touchent. Pour moi, ils sont différents. Ils ont quelque chose en plus. Takeru est un homme de théâtre, capable d’emmener toute une salle avec lui. C’est une vraie star, il fait vivre des personnages d’une façon extraordinaire. Il captive le public. Hugo sait quant à lui un rôle de soliste brillament.

C’est la première fois que le spectacle est auto-produit. L’intention est donc différente des précédents spectacles …

J’ai voulu faire quelque chose de différent. Je voulais être proche de Paris pour ce premier spectacle. Je veux amener un public différent. Le but c’est d’avoir une expérience différente de la danse. Quand on va voir un film, il y a tout un univers autour du film. Les trailers, les affiches, les bandes annonces, les rumeurs, puis vient le making off, les bonus. Les spectateurs interagissent avec cela. Dans la danse, ce n’est pas le cas. Je voulais donc que le public qui vienne ne débarque pas au hasard, juste pour aller au théâtre. Je veux faire naître la curiosité et l’envie. Je veux que la danse dialogue avec les gens de la société, pas qu’elle soit cloisonnée dans les 4 murs d’un théâtre. L’artiste d’aujourd’hui ne doit plus être dans sa tour d’ivoire, il doit s’ouvrir au monde extérieur. C’est pour cela que j’ai fait des bandes-annonces dans les cinémas, pour créer du lien avec le public, faire des conférences, faire une vraie expérience du spectacle.

Comment s’organise le travail de 3ème étage ?

On travaille dès qu’on a du temps de libre. J’y passe personnellement tout mon temps libre. Le matin, les jours off, les week-ends.

C’est un vrai travail de groupe. Je prends les idées de tout le monde. Je ne m’assois pas avec une feuille blanche. J’ai un groupe de folie, mon ingé son est formidable, les musiciens avec lesquels je travaille me font des créations géniales. Mon éclairagiste comprend tout de suite où je veux en venir. Je fais appel à des accessoiristes, des costumières. On travaille ensemble, toute l’année. On se connaît bien. Du coup, les situations qu’on vit ensemble, dans les moments nombreux que l’on partage peuvent se retrouver dans une pièce. Une galère, un moment de joie, peut donner quelque chose en scène. Chacun donne des idées. Il faut beaucoup de mauvaises idées avant de trouver une bonne. L’œil de chacun est intéressant.

Le groupe s’enrichit ensemble. Je crois que quelqu’un comme François Alu s’est beaucoup construit aussi grâce au groupe. Il a regardé le travail de Josua pendant longtemps. Il a écouté les nombreuses corrections. Le groupe laisse peut être le temps d’éclore des choses. A l’Opéra, cela va vite et moi je veux prendre le temps de créer. Une création peut mettre un an à se faire, si elle doit se transformer, de spectacle en spectacle, il faut prendre ce temps. Des fois, il y a des choses qui ne sont pas prêtes. Il faut essayer, refaire, reprendre, aller en plateau, travailler en résidence, réessayer.

De votre travail, on a vu des extraits aux Danseurs-chorégraphes. C’est un travail très abouti ou on sent une grande rigueur. Comment parvenez-vous à ce résultat ?

Je suis un obsessionnel du détail. Il faut que tout soit en place. La lumière, la mèche de cheveux du danseur au fond côté cour de la scène, la façon aussi de se placer dans la lumière. Tout cela est très important. C’est ce qui fait la réussite. Je suis très exigeant, mais je crois que mes danseurs le sont aussi par conséquent. Je leur demande beaucoup, je leur demande de chercher tellement loin, mais pour créer quelque chose qui soit digne d’eux.

Pour créer quelque chose d’intéressant, qui mérite d’être retenue par le public, comme ont pu l’être les Ballets Russes, il faut du temps, de la liberté, des gens créatifs, de la confiance.

Vos pièces sont très efficaces. On ne s’y ennuie pas et on reste captivé par les personnages, comme dans la pièce Le Rêveur. Comment concevez-vous la trame d’une pièce ?

Je suis aussi dans l’économie. Dans la danse, les gens ont l’impression que plus c’est long, mieux c’est. Mais c’est faux. Des fois on voit une bonne idée d’une minute et la scène dure un quart d’heure. La bonne idée devient de l’ennui car on l’a étirée. Au cinéma, on filme des heures, et puis on coupe pour arriver à 1h40. C’est sain narrativement. J’essaie toujours de réduire le temps. Je vois qu’une pièce fonctionne quand elle perd du temps et que les idées s’enchaînent sans longueurs. J’aime que les pièces soient compactes. Par exemple, Me2 a perdu une minute. Il faut jeter une partie, tout n’est pas bon dans ce que l’on crée. Je veux raconter une histoire aux gens, il faut qu’ils restent dans l’attente de quelque chose, comme quand on voit un film au cinéma.

Comment gérez-vous votre temps entre l’Opéra et ce projet ?

J’adore l’Opéra. C’est une maison extraordinaire. Elle n’a pas son pareil dans le monde entier par plein d’aspect. C’est un honneur d’être là, je ne le perds jamais de vue. Le projet est un autre investissement. Mais ce n’est pas contradictoire. Cela ne s’oppose pas. Au contraire. J’ai l’impression de faire vivre la tradition de l’Opéra avec ce projet. L’opéra m’a formé. J’ai appris à chorégraphier avec tous ces grands noms de la danse, que sans l’Opéra je n’aurais jamais rencontrés. J’y ai appris la rigueur. Je ne rejette pas cela, je prends du recul et je le questionne. Je crois que c’est aussi comme cela que les traditions vivent.

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Désordres, un spectacle de Samuel Murez du 8 au 12 juin 2013 au Théâtre de Rueil-Malmaison

Lumières : James Angot
Son : Jérôme Malapert
Avec : Ludmila Pagliero, Josua Hoffalt, François Alu, Léonore Baulac, Takeru Coste, Laura Hecquet, Jérémy-Loup Quer, Fabien Révillion, Lydie Vareihles et Hugo Vigliotti.

Nouvelles de 2013 n°14

Cette soirée au T.C.E. fut sans doute la plus belle depuis plusieurs mois. Quels sacres ! Voir celui de Nijinsky, a provoqué une émotion particulière, qui n’était rien face à celle ressentie devant le Sacre de Sasha Waltz… Relire ma chronique, clic

Ma semaine fut plutôt studieuse, et j’ai fui les salles de théâtre (si, si c’est possible). Je voulais aller au cinéma, je n’ai pas pris ce temps j’espère en avoir le temps cette semaine. Allez cette semaine va être explosive, voilà trois spectacles que je vais découvrir, faîtes en donc de même !

  • Les sorties de la semaine

On poursuit le Centenaire du TCE  avec la venue à Paris du Tanztheater wuppertal de Pina Bausch, qui vient danser le Sacre du printemps. Sans doute une des plus belles chorégraphies sur cette musique, celle en tous les cas qui ne peut vous laisser indifférent. Au sol, de la terre noire, sur laquelle la danse devient transformée. Les corps semblent sortir de terre, elle leur colle à la peau. On est emporté jusqu’à une danse de l’élue qui vous prend au coeur.
Relire ma chronique sur le ballet donné à Garnier, clic
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Sacre Pina

Dans un tout autre genre, on va à la Villette pour découvrir un spectacle tout à fait original, We were horses de Carolyn Carlson et Bartabas. Pendant un mois et pour fêter le 10ème anniversaire de l’académie équestre de Versailles, Bartabas s’installe à la Grande Halle de La Villette pour un mois du 7 au 30 juin. Le spectacle est né de la rencontre des deux artistes. 16 danseurs, 9 écuyers pour vous emmener dans une féerie toute particulière. Autour du spectacle, des matinées sont organisées pour découvrir le travail des écuyers, qui comme celui des danseurs, est une discipline quotidienne. Des ateliers pour les enfants et des soirées sont organisés. Les cinéma MK2 Seine et Loire organisent eux aussi des séances autour du travail du plus célèbre des écuyers.
A noter, sur Twitter, vous pouvez gagner 2×2 places en « retweetant » le tweet du concours. Tirage au sort, mercredi.
Plus d’infos et réservations, clic

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Enfin direction Rueil Malmaison pour découvrir ou redécouvrir la compagnie 3ème étage de Samuel Murez, danseur de l’Opéra de Paris. Il a eu ce besoin vital de créer cette troupe pour prendre le temps de chorégraphier, de faire des choses différentes du travail à l’Opéra. Entouré de danseurs de l’Opéra, Ludmila Pagliero, Josua Hoffalt, Jérémy Loup Quer, Takeru Coste, François Alu, Laura Hecquet, Léonore Baulac, Lydie Vareilhes, Hugo Vigliotti, Fabien Révillion. Le spectacle Désordres est donné au théâtre André Malraux du 8 au 12 juin. On y découvrira des pièces déjà dansées par la compagnie et de nouvelles créations. A noter, cet été la compagnie participera au très prestigieux Jacob’s Pillow Festival.
Réservations www.3e-etage.com/tam ou 01.47.3.24.42.

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  • La photo de la semaine : Aurélie Dupont et Jérémie Bélingard par Christian Lartillot

Aurélie Dupont et Jérémie Bélingard par Christian Lartillot

  • La vidéo de la semaine

Digression toute personnelle, un très bel anniversaire cette semaine, à la femme que j’aime le plus au monde, ma maman.

 

Danseurs chorégraphes édition 2013

Ce type de soirée devrait être organisée bien plus souvent tant les personnalités des artistes de la compagnie sont intéressantes et singulières. Chacun a montré un langage bien particulier, une atmosphère, un style. Narratifs ou abstraits, les pièces présentées ont ravi les spectateurs.

Saluts danseurs chorégraphes

La soirée s’ouvrait avec Premier Cauchemar de Samuel Murez. Chorégraphe désormais confirmé et reconnu, sa compagnie 3ème étage est de grande qualité. Tout comme l’extrait de cette pièce. Fumée blanche, lumière bleutée, un homme en pyjama, les cheveux ébouriffés se retrouve entouré d’une armée de cols blancs, aux yeux figés, presque sanguinaires. Ils vont le harceler, tel des automates mués par un seul objectif. C’est admirablement réglé, rien n’est laissé au hasard. Les passages de groupes avec les mallettes de travail sont très bien ficelés. Des lignes de danseurs se succèdent avec une utilisation de l’espace inventive. Murez a l’intelligence de la construction des ensembles. On se croirait dans l’apprenti sorcier avec cette oppression des hommes en costumes, mais qui est amusante pour le spectateur. C’est très réussi, trop court, il faudra donc absolument voir la pièce en entier.

Interprètes : Hugo Vigliotti (Le Rêveur / Alfred), et Lydie Vareilhes, Laura Bachman, Léonore Baulac, Leila Dilhac, Claire Gandolfi, Camille de Bellefon, Emma d’Humière, François Alu, Jeremy-Loup Que, Antonio Conforti, Takeru Coste, Niccolo Balossini, Axel Alvarez et Loïc Pireaux (les bureaucrates).

Premier cauchemar

On passe dans un autre registre, complètement différent, et plus abstrait avec Deux à deux du jeune Maxime Thomas. On est ici dans la recherche de la forme. Le couple évolue ensemble. Au début, ils ne se regardent pas. Puis, ces deux êtres vont entrer en osmose. Les formes très rectilignes s’adoucissent sans perdre leur qualité. Les danseurs dansent comme les notes passent d’une ligne à l’autre sur la partition. Cela se complexifie à mesure qu’on avance, sans que le spectateur ne se perde.

Interprètes : Letizia Galioni et Maxime Thomas.

Letizia Galloni, Maxime Thomas dans Deux à deux

En attendant l’année dernière, est une pièce très graphique. Fond rouge, seule l’ombre de Lucie Fenwick apparait. A la fois élégante et imposante, elle déploie ses bras tels des ailes. Les formes se répètent, puis le corps disparaît dans une lumière éblouissante. On vit une belle expérience visuelle. Grégory Gaillard fait ensuite évoluer Lucie Fenwick dans l’espace, toujours avec une répétition des gestes. C’est très doux, presque suave par moment, plein de poésie.

Interprète : Lucie Fenwick.

Kaléidoscope est une pièce « signature ». Allister Madin a construit ce Kaléidoscope en 4 volets, qui lui ressemblent beaucoup. Le 1er tableau avec Fanny Gorse est très beau. Elle, sublime dans ce costume de mousseline noire transparente, bouge, très sensuelle. Les mouvements du tissu font à eux seuls chorégraphie. Les teintes d’Espagne ajoutent du piquant à ce solo enivrant. J’ai beaucoup aimé le dernier volet de cette pièce. Les garçons tenaient une corde blanche tendue, tandis que les filles dansaient à cette corde comme on danse à une barre. Ambiance très sombre, seule la corde étaient éclairée et les jeux de lumières avec les corps des filles plongeaient le spectateur dans une ambiance à nouveau très sensuelle et plein de volupté. On ne peut s’empêcher aussi de penser aux pièces de Decouflé, et à celle qui porte le même nom. Allister Madin travers un univers puis un autre, danse, cirque, jeux de lumières, tout cela se mélange dans une forme nouvelle.

Interprètes : Fanny Gorse, Caroline Osmont, Gwenaëlle Vauthier, Camille de Bellefon, Allister Madin et Hugo Marchand.

Fanny Gorse dans Kaleidoscope

J’ai adoré Smoke Alarm de Julien Meyzindi, surtout pour les mouvements choisis et la matière dans laquelle ils étaient produits. Un homme pyromane se détache de son addiction par amour pour une femme. La danse était très en tension, avec des arabesque qui faisaient office de respiration. Les gestes étaient très dessinés dans l’espace, le pas de deux était très fluide. On sentait beaucoup de travail et de répétitions. Rien n’avait été laissé au hasard, chaque pas était mûrement réfléchi, pour faire sens dans la sortie de la caverne de cet homme fou qui s’assagit par amour. J’ai été transporté par le style de Meyzindi, élégant et princier, comme l’est le danseur.

Interprètes : Alice Renavand et Alexandre Gasse.

Alexandre Gasse dans Smoke Alarm

Encore un changement d’atmosphère Songes du douanier d’Alexandre Carniato et Morgane Dragon. On s’installe dans un tabelau du Douanier Rousseau. Animaux et oiseaux se déplacent dans cet univers. On ne voit que les jambes de Letizia Galloni, transformée en un paon magnifique. Les personnages se font tantôt animaux, tantôt charmants gens du monde discutant en mouvement. Aurélien Houette y est, comme à son habitude troublant, tant il est capable de s’approprier tous les langages. Ce rôle lui donne à nouveau un visage fascinant. Charlotte Ranson est délicieuse, et Carniato prend une allure très animale et juste pour mener cette petite troupe. La pièce porte bien son nom ; ce songe nous balade à travers les couleurs d’un tableau.

Interprètes : Letizia Galloni, Charlotte Ranson, Aurélien Houette et Alexandre Carniato.

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La dernière pièce présentée, Stratégie de l’hippocampe de Simon Valastro,
met en scène une famille avec leur chien. On se croirait dans un film tant les costumes et l’ambiance est bien réalisée. La pièce présente les différents rapports qu’il peut exister dans une famille qu’on ne choisit pas. Beaucoup d’amour peut y naître, beaucoup de désamour aussi. On assiste au repas où les enfants se disputent (Eleonore Guérineau est une petite fille telle qu’on pourrait se l’imaginer dans les livres de la Comtesse de Ségur), au deuil de la mère, incarnée par Eve Grinsztajn, qui s’illustre avec beaucoup de grâce  dans un long solo, très bien écrit qui retrace avec brio, les pensées noires, qui habitent l’esprit de cette femme. Il faut également saluer la prestation de Jean-Baptiste Chavignier

Interprètes : Eve Grinsztajn, Éléonore Guérineau, Alexis Renaud, Hugo Vigliotti et Jean-Baptiste Chavignier.

Stratégie de l'hippocampe

Très jolie soirée, on espère que sous l’ère Millepied ce type de soirée se renouvellera, puisque c’est son souhait de créer un espace de création pour que les artistes puissent exprimer aussi leur idées chorégraphiques. Une belle édition cette année en tous, qui mériterait plus de lumières et de dates. Un seul petit regret, aucune danseuse ne s’est essayé à l’exercice. Peut-être dans deux ans !

Rain, pluie de lumière sous la coupole de Garnier

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© Laurent Phillipe / Fedephoto.com

C’est avec une grande joie que je suis retournée voir Rain, d’Anne Teresa de Keersmaeker dans une autre distribution que la première fois. J’ai essayé d’emmener Pink Lady avec moi, celle-ci a préféré tenter un Pass pour les Noces de Figaro, qui s’est soldé par un échec (ahaha rire maléfique!). J’ai tout de même réussi à convaincre mon photographe et sa pétillante petite soeur, qui venait à Garnier pour la première fois. Attendant désespérément un Pass, en bonne deuxième je n’en ai pas eu et ai filé à 19h59 au première étage pour me replacer. Après une ouvreuse particulièrement mal aimable à qui j’aurai bien mis un coup de griffe de rongeur après sa phrase pincée « Ah non Mademoiselle, vous ne pouvez pas être debout dans le fond de la grande loge, certainement pas, et en plus vous avez une trrrès bonne place! (fond de l’amphi..) « , sa collègue plus jeune et plus sympa, m’a de suite replacée sans dispute.

Entre la séance de travail et cette représentation j’ai eu le temps de lire le programme et de beaucoup repenser à ce ballet. C’est avec un regard différent que j’ai abordé la pièce ce soir là. Une fois encore je suis emballée par la scénographie. Ces cordes sont un jeu de transparence qui me plaît, car un doute persiste. Pleut-il dehors ou les danseurs dansent-ils sous la pluie? J’avais parlé la première fois d’un enclos et cela m’est apparu encore plus comme une évidence. Cette image de l’enclos comme un lieu rassurant est renforcé par les lignes au sol. On ne le voit pas immédiatement, mais les lignes forment des rectangles dans lesquels peuvent aller les danseurs, comme une sorte de maison.

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© Laurent Philippe/Fedephoto.com

La chorégraphie est plus lisible cette fois-ci, je vois clairement la phrase chorégraphique qui se démultiplie. Je vois les courses et les marches qui sont des silences face au mouvement. Je vois l’engagement sur la scène de ces danseurs merveilleux. Vincent Chaillet n’a plus rien à prouver, mais il montre une fois encore une danse incroyablement libre, fluide et nuancée. Nicolas Paul semble lui aussi très à l’aise sur cette scène et ses qualités sont mises en valeur. Son charisme lui donne une place bien particulière parmi les danseurs. Quant à Daniel Stokes, j’avais découvert ses qualités dans Kaguyahime de Jiri Kylian, il se confirme être un excellent danseur contemporain. Sa personnalité s’affirme aussi plus dans ce ballet. Je trouve qu’il a de très beaux sauts.

La répétition qui s’opère tant dans la musique que dans la danse. Les notes de xylophones résonnent sur les corps des danseurs. Les courses et les marches se font en miroir par rapport aux musiciens qui changent eux aussi de places. C’est d’accord le seul parallèle qu’il existe dans cette pièce, car les danseurs sont toujours dans des constructions irrégulières. Trois qui dansent, un assis, deux qui courent, etc. La répétition est poussée à l’extrême, tout comme la lumière qui passe du jaune au rose en passant par un sable argenté, la danse se remplit de nuances, change de rythme. Ainsi de la même manière, les costumes varient du chair au fushia, on ose même les paillettes sur une chemise pour rappeler les touches argentées qui émanent des lumières. Dans cette répétition permanente, il y a des point d’orgues, qui permettent de lier tous les éléments. Léonore Baulac, par ailleurs merveilleuse dans ce contre-emploi, est le point central, qui lie tous les éléments. Ses courses sont différentes, son énergie semble être la même pendant tout le ballet, ce qui tient pour moi de la véritable performance.

La simplicité de ce ballet réside dans la complexité de sa construction. Le fait de retrouver toujours les mêmes éléments familiarise peu à peu le spectateur avec le langage d’ATDK. Passionnée de mathématiques et de constructions géométriques, obsédée par le nombre d’or, la chorégraphie a l’air tellement difficile dans sa construction que je reste béate d’admiration devant le travail accompli. Et pourtant, la simplicité du langage, la facilité d’exécution des danseurs, est profondément bouleversante. Une fois encore, l’émotion est entière, toute comme celle des danseurs sur scène. Ce soir, la salle applaudit longtemps, le sourire des danseurs et celui de la chorégraphe laisse apparaître une joie sincère et partagée.

A lire dans la presse : Libération, Le JDD, Le Monde, Le Nouvel Obs, Telerama, Marianne, La Croix. Le nouvel Obs deuxième.

A lire sur les autres blogs : Le clapotis clapotas de Palpatine, l’épisode unique
d’Amélie, l’avis de Fab, les mikados et billes de la souris, les photos de Syltren, l’avis de Joël.

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© JMC

  • Distribution du 28 mai 2011 20H00

Ludmila Pagliéro
Muriel Zusperreguy
Vincent Chaillet
Aurélia Bellet
Valentine Colasante
Miteki Kudo
Nicolas Paul
Daniel Stokes
Amélie Lamoureux
Léonore Baulac

 

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