Andrea Weber.

Hommage à Merce Cunningham… son ultime création

Ce que j’aime ce sont les choses imprévues. Et aller voir la dernière création de Merce Cunninghman n’était pas dans mon emploi du temps. Quel bonheur donc d’aller voir Nearly 90°! Et je n’ai pas été déçue. Comment être déçue quand on va voir la pièce d’un maître, comme Merce Cunningham? Le théâtre de ville est plein, le spectacle va pouvoir commencer.
C’est étrange d’aller voir la dernière création de quelqu’un; on se demande toujours si ça va être bien, si c’est ce qu’il y a de plus abouti chez l’artiste. Or le regretté Cunningham ne l’asurement pas créée en pensant que c’était la dernière! Quel effroi de créer quelque chose en pensant que c’est la dernière fois, c’est un peu comme le dernier repas d’un condamné. La création est un mouvement qui ne s’arrête pas. Bien sûr on peut aussi voir cela dans l’autre sens; créer comme si c’était la dernière fois, pour produire et donner le meilleur de soi même. Quelque soit la perspective choisie, on ne sait pas quand ce sera vraiment la dernière fois.
J’ai donc essayé de ne pas penser c’est la dernière. D’abord parce que ce n’est pas la dernière fois que je verrai du Cunningham, et ensuite parce que cela aurait quelque chose de tragique, un peu comme enterrer Cunningham!

Près de deux heures de danse, tout Cunningham est là. La dissociation danse/musique, l’écriture aléatoire, le découpage de l’espace, l’occupation de l’espace et du vide. Les danseurs en académiques incarnent à la perfection cette danse. Ils se succèdent sur scène en faisant abstraction de la musique. La technique de cette compagnie est impeccable et laisse place à l’émotion. Contraction, arche, attitude, triplettes tout le vocabulaire de Cunningham se déploie sous tous les angles dans tous les sens. Dans les duos, les corps s’attirent et s’accordent au fur et à mesure. Dans les trios, les corps multiplient les formes et les structures, on croit voir des cordes qui se tendent et se détendent. Pas de décor ou presque, un fond qui change de couleur, en fonction des danseurs ou des nuances de la chorégraphie. Tout est empreint de spiritualité. La danse de Cunningham ne raconte rien, elle n’est que mouvements et variations sur un vocabulaire si riche qu’il semble infini.

Je finirai sur ma citation préférée de Cunningham et utilisée sur le programme du Théâtre de la ville
« You have to love dancing to stick to it. It gives you nothing back, no manuscripts to store away, no paintings to show on walls and maybe hang in museums, no poems to be printed and sold, nothing but that single fleeting moment when you feel alive. It is not for unsteady souls ».

Site de MCDC

chorégraphie Merce Cunningham
musique une composition réarrangée par John Paul Jones et Takehisa Kosugi
costumes Anna Finke
lumièresvChristine Shallenberg
musiciens liveTakehisa Kosugi et John King

avec
Brandon Collwes, Julie Cunningham, Dylan Crossman, Emma Desjardins, Jennifer Goggans, John Hinrichs, Daniel Madoff, Rashaun
Mitchell, Marcie Munnerlyn, Silas Riener, Jamie Scott, Melissa Toogood, Andrea Weber.