Répétition générale de La Source

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Aujourd’hui, je suis en vacances et tellement ravie de l’être, d’autant plus que je vais voir La Source ! Je récupère les places de Y*** qui tente la nouvelle entrée par le restaurant.
En fait ce n’est pas si évident, pour l’instant l’ascenseur fonctionne avec une clef, il faut donc qu’un ouvreur vous y donne accès, et pour cela il vous faut une autorisation. Bref nous parvenons tout de même au premier rang du balcon pour assister à cette nouvelle création. Je dis création et non réécriture, car la chorégraphie originale a été tellement perdue, qu’il serait incorrect de dire réécriture. Comme l’indique le programme « il ne s’agit pas de marcher dans les pas du style de Saint-Léon ou d’interroger quelques archives inédites ». En effet, c’est tout un ballet qui se réinvente.

Le rideau se lève et l’on découvre une scène d’où pendent des cordes et des rideaux déchirés de théâtre. Si la corde (mot à ne jamais prononcer dans un théâtre!) rappelle le théâtre et l’histoire de ce ballet, disparu, puis remonté, une espèce d’eden perdu, j’y vois pour ma part immédiatement des fils d’eau qui coulent. Toutes ces cordes, ces fils qui tombent pour s’évanouir sur le sol, forment à la fois un ensemble inquiétant, mais derrière lesquels on peut apparaître et disparaître comme vont le faire tous les esprits et autres nymphes de la forêt.

Le début du ballet est très dynamique. Les nymphes passent ça et là, des charmants petites créatures bleues bondissantes interprétés par Allister Madin, Fabien Révillon, Adrien Bodet et Hugo Vigliotti, font de tout cet univers un monde merveilleux. Attention, pas un univers ringard comme on pouvait le voir dans  Psyché, non, un bel univers dans
lequel je rentre immédiatement. Le personnage de Zaël, sorte de chef des elfes, interprété ce soir par un Alessio Carbone très en forme, est une vraie joie pour le public. Cet personnage est malicieux, la chorégraphie est très belle, faite de petites batterie, tours et grands sauts en tout genre, ce qui a un effet immédiat sur le public. Le sourire du bel italien rajoute une touche d’éclat dans ce tableau. Le chasseur Djémil vient tous les jours auprès de cette source, sans jamais y voir ses créatures fantastiques qui n’apparaissent que la nuit. Si on peut trouver l’ambiance un peu sombre, elle ne m’a pas gênée. Ce clair obscur va de la sens de la féerie. Dans la deuxième partie du premier acte, on voit débarquer une bande de Caucasiens, menés par leur chef Mozdock, interprété ce soir par Christophe Duquenne. Ce dernier manque à mon goût de poigne et de fermeté, tant dans sa danse que dans l’interprétation du personnage. Je le trouve un peu trop doux. La halte qu’ils font près de cette source permet à Nourreda, la soeur de Mozdock, de se dégourdir les jambes. Muriel Zusperreguy se présente comme une Nourreda, timide, presque chétive. Sa danse est délicate, la chorégraphie proposée par Bart me plaît particulièrement. Il renoue avec un langage classique, qui ne manque pas de phrasés, et d’un vocabulaire riche. J’aime beaucoup le travail des bras qu’il propose dont l’avant goût que j’avais vu aux convergences m’avait déjà charmée. Il utilise des courbes complexes, avec des dos qui se balancent. C’est très harmonieux. Seul hic, pourquoi donc les Caucasiens ne frappent-ils pas vraiment dans les mains quand Nouredda danse ? Ils ont l’air bien ridicules à ne pas faire de bruit. Cela donnerait du rythme, un peu comme dans Don Quichotte pendant les pirouettes de Kitri. Les danses de groupe présentent de beaux ensembles, avec une danse de caractère qui mêle différents genres. Le corps de ballet est bien réglé et les danses caucasiennes, hommes comme femmes sont un bon divertissement. La musique de Minkus, qui n’est pas ce qu’il y a de mieux en terme de musique, se marie très bien avec les frappes de pied.

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C’est alors que les fleurs merveilleuses de la source apparaissent et la sourire arrive enfin sur le visage de Nourreda. Mozdock proposent à ses amis de décrocher une fleur à la belle. Personne n’y parvient, on se croirait dans un concours, il ne manque que les battements de tambour. C’est alors que Djémil réapparaît en scène. Lui seul parvient à prendre une fleur pour l’offrir à Nourreda. Le garçon est fort gourmand, il soulève avec impolitesse la voile de la jeune femme. L’amour le frappe en un éclair quand il aperçoit ce visage, mais le poing de Mozdock aussi.  Je me suis toujours amusée de ces batailles fictives dans les ballets. Elles savent montrer la violence sans la produire vraiment. Autant les faux applaudissements me déplaisent, autant cet affrontement viril m’emballe. Djémil est laissé sans vie, tandis que les Caucasiens poursuivent leur chemin vers le palais du Khan. C’est alors qu’entre Naïla, esprit de la source, sous les traits de Myriam Ould Braham. Elle incarne à merveille cet être évanescent, spirituel. La scène de l’apparition que nous avions vue lors des convergences a bien progressé. Le duo Hoffalt/Myriam Ould Braham est un délice. Josua Hoffalt montre de belles qualités tant en solo que dans ce duo. Attentif et généreux, il est un partenaire qui met en valeur sa ballerine, tout en ne s’effaçant pas. Myriam Ould Braham est l’interprète idéale pour le rôle par sa fragilité et sa légèreté. Si je trouve que dans ce premier acte, elle court parfois un peu derrière la musique. Il faut dire que dans la variation proposée au milieu des nymphes n’est pas évidente et le nombre de pas par note de musique est important. Les passages des nymphes sont réussis, très ensembles et le groupe est harmonieux, malgré quelques longueurs. A la fin du premier acte, Naïla et Zaël proposent à Djémil leur aide pour rejoindre Nouredda.

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© Julien Benhamou

A l’entracte, je découvre que les lois de Garnier sont encore plus drastiques qu’à Bastille. Cartons de sortie, on n’entre pas à nouveau au balcon comme dans un moulin.
Impossible de faire les ninjas. Je mets Palpatine au défi…

Deuxième acte, nous voilà plongés dans le palais du Khan qui attend la venue de Nouredda. Les cordes pendent mais symbolisent cette fois-ci l’enfermement du harem. Les femmes se disputent, mais surtout une, Dadje, qui n’accepte pas la nouvelle venue. Elle charme le Khan mais rien n’y fait. Il la repousse sans relâche. Charline Giezendanner est une femme très jalouse, qui s’affirme dans sa danse, malgré quelques hésitations dans la chorégraphie. Le Khan renvoie ses femmes dans sa chambre quand les Caucasiens arrivent. Les danses de groupe  alternent avec les solos, bien chorégraphiés, mais parfois ennuyeux et manquant un peu d’émotions. Nourreda et le Khan tombent amoureux après une danse. Mais quand les esprits de la forêt arrivent au palais et dévoilent leur plus belle beauté Naïla, le Khan n’a plus d’yeux que pour elle. Nourredda est désespérée de voir celui dont elle devait être la favorite se détourner d’elle. Son frère s’énerve et demande au Khan de faire un choix. L’envoûtement de l’esprit de la source est puissant. Il choisit Naïla. Il faut dire que dans ce deuxième acte, Myriam Ould Braham est complètement dans le rôle, elle flotte sur scène, ses bras ondulent et envoûtent le Khan.

Le décor change, il devient minimaliste et sombre, presque noir. Est-ce pour montrer le désespoir de Nourreda? A présent, elle rejette son frère. Djémil la rejoint. Ils dansent
ensemble un pas de deux que j’ai trouvé très beau tant par la chorégraphie que par l’émotion qu’il procurait. Le partenariat Hoffalt/Zusperreguy fonctionne très bien, naturellement. Techniquement impeccables, chacun reste dans son univers. Lui, passionnément amoureux d’elle, elle rejetant tout forme d’amour à présent. Ce pas de deux est entrecoupé des apparitions de Naïla qui tente de mettre en Nourreda l’amour qu’elle a pour Djémil. L’esprit de la source sauve Djémil du poignard de Mozdock, qui ne veut pas voir cet homme approcher sa soeur. Djémil s’enfuit avec Nourreda mourante. Il n’y a qu’une seule solution, pour la faire revenir à la vie, il lui faut à nouveau l’aide de sa petite fée. Le dernier tableau est celui du sacrifice de Naïla. Djémil demande à cet être si merveilleux d’échanger sa vie contre celle de Nourreda. Si la scène manque encore d’émotions, on peut l’imputer à la chorégraphie qui manque peut être de pantomime et
qui est un peu longue, car les danseurs fournissent un joli jeu tragique. Naïla meurt dans l’indifférence des deux amoureux, seul Zaël pleure la mort de sa fleur bien-aimée. Le réel triomphe du surnaturel, mais l’amour a eu besoin de cette force invisible pour pouvoir exister malgré tout.

Bonne impression dans l’ensemble, de très belles variations, des costumes magnifiques (on ne pouvait pas s’attendre à moins de la part de Christian Lacroix), La Source a tout pour un beau succès. J’ai hâte de revoir le ballet avec plus de recul. La première fois est toujours une soirée où l’on voit beaucoup de choses, il faut les digérer.

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A voir une vidéo des coulisses de la Source, avec une interview sur le livret et la
dramaturgie.

Léo Delibes, Ludwig Minkus Musique
Marc-Olivier Dupin Réalisation
Jean-Guillaume Bart Chorégraphie
Eric Ruf Décors
Christian Lacroix Costumes
Dominique Bruguière Lumières
Clément Hervieu-Léger, Jean-Guillaume Bart Dramaturgie
  • Distribution du 21 octobre répétition générale
Naila Myriam Ould Braham
Djemil Josua Hoffalt
Nourreda Muriel Zusperreguy
Mozdock Christophe Duquenne
Zael Alessio Carbone
Dadje Charline Giezendanner
Le Khan Alexis Renaud

 

2 réflexions au sujet de “Répétition générale de La Source

  1. Audrey says:

    C’est amusant, je me suis fait les mêmes réflexions que toi, notamment sur les causasiens ridicules à force de ne pas VRAIMENT taper dans les mains.

    J’ai vu cette distribution mardi, et globalement, j’ai adoré. Myriam Ould-Braham était à la hauteur de ce qu’on espérait, j’en étais toute émerveillée.  Allez, peut-être que j’avaispréféré
    une autre version de Mozdock.

    Finalement, mon meilleur indicateur, c’est mon copain qui a avoué, pour la première fois depuis que je le traîne à Garnier (ça devait être son 4e ballet), qu’il avait trouvé ça très beau.

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