La petite danseuse de Degas … en bois….

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C’est une chose ambitieuse de créer un ballet pour une compagnie telle que l’Opéra de Paris surtout quand on y a appartenu comme Patrice Bart. C’est autre chose d’en faire un chef d’oeuvre. 

Je ne m’attendais pas à une merveille, il faut bien le dire. La conférence de Martine Kahane m’avait
enchantée, je trouvais le matériau de départ tellement riche, que je m’attendais à quelque chose de plus profond. Or il n’en ressort absolument rien si ce n’est une histoire qui semble dépasser
le chorégraphe.

Le début du ballet paraissait prometteur. La danseuse est disposée dans la vitrine d’exposition comme lors du salon de 1881. Elle est entourée par tous les personnages qui vont interférer dans sa
vie. Sa mère (Elisabeth Maurin) son maître de ballet (Mathieu Ganio) l’abonné (José Martinez) la danseuse étoile (Dorothée Gilbert) et l’homme en noir (Benjamin Pech). L’abstraction du début
n’est qu’un leurre pour le spectateur dès lors que la danseuse disparaît de sa vitrine pour prendre vie. C’est là que le désastre commence…

Première scène la place Breda avec ses peintres, ses enfants, ses vieillardes aigries. Trop de choses, trop de personnages, une pantomime mal réglée, un décor qui coupe la scène en trois et qui
partitionne l’espace d’une manière très lourde. Toute la danse s’en retrouve saucissonnée… P1020476.JPG

 

Puis arrive la scène de l’école de danse, avec le fameux grand escalier. Les costumes sont magnifiques, les tutus resplendissent d’une gloire passée. Les petits rats envahissent l’espace scénique
avec grâce et rigueur devant un maître de ballet admiratif. Les jeunes femmes entrent s’installent à la barre et entre deux petits battements sur le coup de pied, elle séduisent les habitués de
l’Opéra venus les admirer. Le maître de ballet fait sa démonstration et le problème du premier acte est là. La succession de démonstrations, ainsi que la division du livret en tableaux proposent
une construction chorégraphique et scénographique d’une lourdeur… La danseuse étoile nous fait un numéro mélodramatique digne d’un vrai caprice de star! Sa descente de l’escalier avec une
poursuite blanche est un véritable cliché. Cela pourrait être de l’humour comme un clin d’oeil à la hiérarchie parfois absurde mais je crois qu’il n’en est rien. Il aurait pu être amusant de se
moquer de tout cela, comme Robbins a sur le faire dans Le
concert
. Mais non Patrice Bart n’a pas tant d’humour et se prend bien au sérieux.

Le premier acte se clôture entre le début de la création dans l’atelier de Degas, avec un abonné très intéressée par la jeune femme, un bal à l’Opéra plus ridicule que n’importe quel mauvais
numéro de cabaret. J’hésite à fuir Garnier, cela m’arrive rarement. Je me souviens du Corsaire par le Bolchoï il y a trois ans je crois, j’avais trouvé le temps long. La personne qui m’accompagne
reste stupéfait devant mon débit de parole, mes noms d’oiseaux multiples et variés sur la chorégraphie, et finit par rire de mon agacement. C’est cela que j’aurai aimé faire devant la
chorégraphie. Il faut y retourner, et le calvaire reprend de plus belle. Nous y voilà dans le cabaret, au chat noir, où la petite danseuse va voler le portefeuille de l’abonné. Je crois qu’on
atteint le summum de la vulgarité. Les costumes violets, le décor rouge en forme d’éventail, tout est en trop, comme des vilains strass qui brilleraient trop. La chorégraphie de la danseuse de
cabaret est irregardable, en plus c’était Stéphanie Romberg qui dansait et à qui le rôle n’allait pas du tout.

Je vais éviter de parler de la fin car là on a atteint un point de non-retour… la chorégraphie des blanchisseuses, on se croirait dans un mauvais spectacle d’une école de province, la prison,
un mauvais film mal réglé… J’ai passé un moment désagréable. Je crois que ce qu’il n’y a pas grand chose à retenir. Je retiendrais une histoire solide, mais mal exploitée. Les danseurs sont
comme à leur habitude très bon, mention spéciale à Claire Marie Osta très crédible dans son rôle, de même que José Martinez et Dorothée Gilbert. J’ai adoré Benjamin Pech dont la danse prend de la
profondeur de scènes en scènes. C’est tout de même aussi beaucoup d’argent gaspillé (costumes, décors). Quant aux personnages, je les trouve excessifs et mal construits. Prenons le personnage
principal, la petite danseuse. On nous la fait passer pour une jeune fille sans talent, qui n’entre à l’Opéra que grâce à l’insistance de sa mère, mais aussi pour une sainte Nitouche, à tel point
qu’on dirait presque qu’elle vole par inadvertance le portefeuille de l’abonné. On arrive pas tellement à cerner ce personnage perdu entre l’enfance et l’adolescence. J’aurai aimé voir un travail
sur la matière, sur la façon de façonner un corps de danseur dans une matière comme la cire qui se fixe et se rigidifie en bronze. On reste à la surface de l’histoire alors qu’elle pose des
questions plus complexes notamment  sur l’histoire, la sculpture, les relations entre les différents arts, la prison. J’aurai aimé voir quelque chose de plus humble, plus construit, plus
épuré aussi. L’Opéra de Paris n’a pas besoin de tant de vulgarité pour raconter son histoire. Elle est bien plus noble que cela. Ses lettres de noblesse lui seront rendu très vite. Rendez vous le
22 septembre pour le programme de Roland Petit.

 

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La fiche Opéra

 

  • Distribution du 29 juin 2010 à 19h30

 

La petite danseuse Clairemarie Osta
L’Étoile Dorothée Gilbert
Le maitre de ballet Mathieu Ganio
L’abonné José Martinez
L’homme en noir Benjamin Pech
La mère Élisabeth Maurin
La chanteuse caf’con Stéphanie Romberg

 

 

Denis Levaillant Musique
Patrice Bart Chorégraphie et mise en scène
(Opéra national de Paris, 2003)
Ezio Toffolutti Décors
Sylvie Skinazi Costumes
Marion Hewlett Lumières

 

Les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet
Orchestre de l’Opéra national de Paris

Koen Kessels Direction musicale


  • Vidéo disponible sur le net

 

 

 

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La petite danseuse de Degas … en bois….:

 

C’est une chose ambitieuse de créer un ballet pour une compagnie telle …

4 réflexions au sujet de “La petite danseuse de Degas … en bois….

  1. Amélie says:

    Tu as oublié une chose dans ta critique : l’insupportable musique ! Rarement entendu une aussi mauvaise partition. Non seulement elle est inintéressante au possible, mais il est impossible d’en
    faire abstraction tellement elle nous casse les oreilles. J’ai insulté le compositeur silencieusement durant tout le ballet.

    Sinon, j’ai reçu ma confirmation d’inscription pour l’AROP, on risque de se croiser la saison prochaine.

  2. mimylasouris says:

    Bon, si tu mets tout en pièce, je veux bien récupérer le costume orange du reflet de la mère ^^

  3. mimylasouris says:

    Je n’avais pas vu le premier commentaire d’Amélie (que je plussoie évidemment) : si elle t’a déjà rencontrée, elle pourra peut-être nous présenter (puisque nous nous sommes déjà reconnues dans
    une file d’attente à Garnier).

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