L’anatomie de l’ennui

anatomie0063_0aacc8.jpg

 

Suite à la grève, samedi 02 juillet est donc finalement devenu le soir de première pour la nouvelle création de Wayne Mc Gregor. Je retrouve ma Pink Lady pour faire la queue pour les pass. Après quelques embrouilles avec les revendeurs-arnaqueurs, un bilan approfondi de la Summer Party de l’ENB (les Louboutins se sont finalement vendues à £5000), les Pass tombent pour nous et en plus à côté.

Je n’attendais rien en particulier. J’avais apprécié Genus pour son langage désarticulé, parfois hip hop néo classique.  Puis j’avais visionné plusieurs oeuvres de Mac Gregor et
j’avais été déçue de voir qu’il n’y avait souvent rien derrière ce langage. Enfin si, Mc Gregor veut y mettre du sens, mais de mon point du vue, on pourrait échanger les titres des pièces, ça ne changerait pas grand chose…

Il y a quelque chose que j’ai beaucoup aimé dans cette pièce, c’est la scénographie. Des grands panneaux blancs sur lesquels sont projetées différentes couleurs en fonction des tableaux. Tableaux de peintures, fond de toiles, les tableaux se succèdent en fonction de la partition musicale. Je reviens sur la scénographie avant de parler plus précisément de la construction chorégraphique. Ces grands panneaux sont superbes, ils s’ouvrent et se ferment et changent l’espace dans lequel vont évoluer les danseurs. Parfois l’espace est même partitionné comme dans un diptyque ou un triptyque. J’aime bien l’idée de contraindre l’espace, comme la taille de la toile du peintre sur laquelle il faut jeter des couleurs.

Côté musique, ça a été très douloureux pour moi. Je n’ai pas du tout aimé la musique de Turnage, aussi bien interprétée soit elle par l’ensemble intercontemporain. Ça ne m’a pas
aidée à rentrer dans le ballet. J’ai trouvé ça froid, distant et assez brutal. J’étais assez mal à l’aise à vrai dire avec cette musique, elle prend tellement d’espace que j’avais du mal à lier la danse avec elle. Soit je me concentrais sur la danse, soit sur la musique mais les deux ensemble, sacrée cacophonie.

anatomie0054_b1313a.jpg

J’en arrive à la danse. On pourrait débattre du titre de la pièce de Mc Gregor et sur Twitter les pastiches pleuvent. Que sa pièce soit pour Francis Bacon pour quelqu’un d’autre peu importe. Il y a chez Bacon une sensualité des corps, quelque chose d’extrêmement charnel que je n’ai absolument pas retrouvé ici. La pièce est découpée comme la musique en neuf mouvements. Le premier Blood on the Floor, met en scène Mathias Heymann et Jérémie Bélingard. Le duo devrait être sensuel, avec ces deux là. Et bien rien, il ne se passe rien. Il ne suffit malheureusement pas de les mettre en slip (même si c’est toujours agréable à regarder.. ) pour que les corps parlent avec sensualité. Déjà je savais que c’était mal parti, si je m’ennuie pendant un duo Bélingard/Heymann… aie !

Le deuxième mouvement, Junior Addict, solo dansé par Gillot, même chose. J’adore Gillot dans ce langage chorégraphique, je la trouve merveilleuse et ses jambes qui s’étirent à l’infini me fascinent. Mais là encore, voir MAG reculer une épaule, puis la tête, puis hop je te mets un grand écart, et hop on démêle tout ça dans l’autre sens, non merci. De même que ses deux camarades précédents, elle n’était pas sensuelle, cela manquait terriblement de féminité. Le troisième mouvement, Shout, me réveille un peu mais je trouve que les ensembles étaient mal réglés. Des erreurs de synchronisation, il manquait une énergie commune. J’avais l’impression de voir des poupées dansant dans des petites bulles de verre.  J’ai bien aimé Laurène Lévy, qui s’éclate vraiment, qui ose un sourire et elle attire le regard un peu plus que les autres sur sa danse. Au quatrième mouvement, Sweet and Decay, je décide de m’accrocher plutôt que de tomber dans le sommeil. Les deux couples MAG/Audric Bézard et Hoffalt/Renavand, dansent dans deux espaces différents et je l’ai dit plus haut, j’apprécie cette idée. En plus, je trouve que ces deux couples ont quelque chose en plus que les autres. Ils se passent enfin quelque chose sur scène. Vais-je enfin avoir une sensation ? Je n’irai pas jusque là, malheureusement. Au cinquième mouvement,
Needles, je ne tiens plus en place et hésite franchement à m’en aller. Du coup je prends la distribution et compte le nombre de tableaux qu’il me reste. Je discute un peu avec Pink Lady, mais étant sur un strapontin qui grince ce n’est pas pratique. D’un regard, on comprend vite qu’on est du même avis. Je suis aussi venue pour voir danser Aurélie Dupont, donc j’attends. Ouf c’est le mouvement suivant, Elegy for Andy. Retour de Dupont sur scène et avec son mari c’est du jamais vu (ou presque!) mais là encore du point de vue de la chorégraphie que je ne trouve rien que me touche, qui  me fasse frissonner. Aurélie Dupont revient au top, rien à dire sur sa technique, cela fait plaisir de la voir sur scène, mais j’aurai aimé la voir dans autre chose. Dupont/Bélingard c’est quand même le couple électrique, par là je veux dire on devrait sentir une tension entre eux, et bien non. Le septième mouvement, Cut up, je décide de prendre des notes sur ce que je viens de voir.. J’ai l’impression que cette heure de danse dure au moins le triple… Ca devient douloureux. Le huitième mouvement, Crackdown, avec le duo Hoffalt/Renavand est enfin une petite bulle de bonheur au milieu du reste. Ça en jette, ça danse ! Les mouvements sont très élevés quand Renavand danse sur pointes, puis tout se recroqueville au sol. Il y a une tension entre le sol et le plafond et entre les deux danseurs. On dirait qu’il y a des aimants un peu partout. C’est le meilleur moment de la pièce d’un point de vue danse. Mc Gregor s’est donné la peine de faire « un final » Dispelling the Fears qu’on aurait aussi pu enlever. Que je n’aime pas ce genre de construction, avec un final lourd, type feu d’artifice ou cerise sur le gâteau. Je trouve ça ringard.

 

Applaudissements assortis de nombreux bravos, c’est pour ma part assez dépitée, que je sors de la salle. On rattrape Fab au passage (dont la tête n’est pas plus enthousiaste que la mienne), mais on rate Joël et Laura. L’avantage d’un ballet qui dure 1h15 c’est qu’à 21h15 on était dehors, on a pu aller manger aux Associés (il est là le vrai restau de l’Opéra ! parce que « Chez Brigitte » à Garnier n’est pas prêt d’ouvrir). On a même pu convaincre Fab que Ganio avait un côté magnétique (ok on a rien fait il est juste passé ça a suffit). Mon dessert, brioche façon pain perdu au caramel laitier, m’a donné plus de sensations fortes que cette anatomie. Pauvre Francis Bacon !

anatomie0016_76f6a0.jpg

  • Presse et autres liens

Ariane Bavelier dans Le Figaro est Loin de Francis Bacon, Pour Phillipe Noisette dans
Les Echos c’est Un plaisir vide de sens, Nicole Duault dans le JDD parle
d’une Sensation sans rage.

L’express : L’hommage à Francis Bacon

Reportage audio sur France Info

A écouter interview de Josua Hoffalt, Dorothée Gilbert.

Répétition avec Josua Hoffalt et Alice Renavand.

A lire sur les autres blogs : Blog à petits pas, Danses avec la plume, Joël Riou, Envie d’ailleurs, etc… voir la dansosphère ci contre.

La matinée du 14 juillet 14H30 est GRATUITE

  • Distribution du samedi 02 juillet 20h00
Mlle Aurélie Dupont
Mlle Dorothée Gilbert
solo 2ème mouvement Marie-Agnes Gillot
Mlle Marie-Agnes Gillot
Mlle Laurène Lévy
Mlle Myriam Ould Braham
Mlle Alice Renavand
MM Jérémie Bélingard
MM Mathias Heymann
MM Josua Hoffalt
MM Simon Valastro

 

anatomie0165_1b919f.jpg

 

Mark Anthony Turnage Musique
Blood On The Floor
Wayne McGregor Chorégraphie
John Pawson Décors
Moritz Junge Costumes
Lucy Carter Lumières

 

  • Extraits vidéo

 

 

2 réflexions au sujet de “L’anatomie de l’ennui

  1. ms says:

    Si le petit rat n’est pas content de la danse, son côté « Ratatouille » lui sauve un peu sa soirée. Bises MS

Répondre à ms Annuler la réponse.

Plus dans Compte-rendus scènes
Gala des étoiles pour le Japon

  La soirée ne commence pas forcément bien car les organisateurs nous imposent une queue dans un couloir surchauffé, et...

Rain, pluie de lumière sous la coupole de Garnier

© Laurent Phillipe / Fedephoto.com C'est avec une grande joie que je suis retournée voir Rain, d'Anne Teresa de Keersmaeker...

Fermer