Gala hommage à Maïa Plissetskaïa

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Quelle soirée ! Après avoir marché dans le froid sur l’avenue Montaigne et fantasmé sur robes et chaussures de haute couture je vais me réchauffer dans le hall du Théâtre des Champs Elysées où la
foule se presse (et se compresse) d’autant plus que Maïa Plissetkaïa et son mari, le compositeur Rodion Chtchedrine sont en haut des marches du hall et l’hystérie gagne les coeurs. Les
personnalités défilent, parmi elles, Stéphane Phavorin, l’élégante Elisabeth Platel, René Sirvin, Victor Ignatov et bien d’autres. Défilé de visons du côté des spectateurs russes, ce qui me fait
sourire.

Je m’installe, le rideau du TCE est vraiment affreux bien qu’ils viennent de le repeindre. Je regarde le programme, un petit livret blanc avec des dessins très fins de la prima ballerina
assolluta. A l’intérieur, peu de textes, mais de très belles photos de la danseuse, dans ses différentes productions ; La mort du cygne, son travail avec Maurice Béjart, avec Pierre
Cardin, Carmen Suite, son travail avec Roland Petit, une chronologie retraçant sa vie et les évènements marquants (autant vous dire qu’il y en a beaucoup!).

La soirée commence avec des extraits du documentaire AVE MAÏA  de Nikita Tikhorov. On y voit des extraits de Shérazade, du Corsaire, et bien sûr de La
mort du cygne
. A la fin, le film est très applaudi et Maïa Plissetskaïa vient s’installer à sa place sous une pluie de bravo et d’applaudissements. Le grand sourire de son visage illumine la
salle et ses bras qui semblent attraper nos sourires sont merveilleux. Après dix minutes d’applaudissements, la salle s’assoit et le programme peut commencer.

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© Francette Levieux

 

Je vous remets le programme car il a été modifié par rapport à ce qu’annonçait le TCE.

Le Corsaire ouvre la piste avec Alexandra Timofeeva (étoile du Ballet du Kremlin à Moscou) et Andrey Batalov (étoile au Mariinski de Saint
Pétersbourg). Le pas de deux est magnifiquement réalisé, plein de finesse. Ce qui me surprend chez ces russes, c’est leur sens de l’équilibre. Moi qui adore tourner, je suis surprise à quel point
ils défient, hommes comme femmes, l’équilibre. Il n’y a pas de balbutiement, d’hésitation. Les tours sont réguliers, j’ai l’impression qu’ils sont tous les deux sur pointes tant leur aisance est
palpable. La musicalité des deux interprètes est exemplaire et je regarde ce pas de deux les yeux écarquillés. Je suis ravie aussi de revoir le Corsaire en extrait. J’avais vu le ballet à l’Opéra
quand ils avaient invité le Bolchoï, et j’avais trouvé le ballet excessivement long avec tout un tas de divertissements inutiles, alors qu’il y a dans ce ballet des trésors comme ce joli pas de
deux. Pour voir ce pas de deux dansé par Andrey Batalov suivez le lien. La fougue de ce danseur vaut le coup d’oeil. La seule chose qui me
chagrine et cela a été valable pour toute la soirée ce sont les manèges de piqués qui sont faits à la cheville et non au jarret. Je vois la vivacité de ces jeunes danseuses russes lors des
fouettés à l’italienne et je me demande pourquoi les manèges sont faits à la cheville, car je ne crois pas que cela changerai quelque chose musicalement.

Le deuxième pas de deux est plus romantique, plus précieux puisque nous assistons au pas de deux de La belle au bois dormant (version Petipa) avec Ludmila Kolovanova
(ballet de Vienne) et Semen Chudin (théâtre Stanislavsky). Le couple est bien accordé, mais je suis un peu hermétique à ce style un peu lourd, plein de chichis qu’on trouve dans ce ballet. C’est
toujours surprenant par leur sauts, leurs équilibres qui semblent infinis.

A cela s’ensuit le couple Ilze Liepa (Bolchoï) et Nikolay Tsiskaride (Bolchoï) dans Shérazade (Chorégraphie Fokine). Ce moment fut
d’une sensualité étonnante, les deux interprètes formant un couple avec une complicité parfaite. Les bras de la danseuse envoûtent peu à peu son compagnon et les courbes de son dos se font et de
défont au gré des portés et de sa danse. J’ai beaucoup aimé ce moment, à la fois très doux et très intense. Ilze Liepa est une grande artiste qui interprète à merveille cette Shérazade qui séduit
son compagnon avec finesse et volupté. Les deux amants s’enlacent au sol avant la tragédie finale. On trouve une très belle photo de ces deux interprètes dans le dernier livre de Rosita
Boisseauet René Sirvin, dont la dédicade aura lieu dimache à la galerie de l’Opéra de Paris.

Changement de programme par rapport à ce qui fut annoncé, nous avons le droit à Andrey Merkuriev (Bolchoï) mais seul dans un solo écrit pour lui par Alexey
Miroshnichenko.
La pièce est néoclassique et Merkuriev apparaît tout de violet vêtu de façon très solennelle. La musique de Bach m’enchante, mais je reste un peu sur ma fin du côté
chorégraphie. Certes, le solo permet de voir la superbe technique du danseur mais pour le reste c’est un peu creux à mon goût. La salle est enchantée de voir ce bel interprète sur scène et cela
se sent dans l’enthousiasme et la tension qui règne dans la salle. Pour voir le solo suivez le lien.

 

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Pour finir cette première partie, une douceur avec la talentueuse Maria Alexandrova (Bolchoï) et Mikhail Lobukhin (Bolchoï) dans une chorégraphie de Petipa,
Talisman. Je ne connais pas ce ballet, dont apparemment, de ce que j’ai pu lire ça et là on ne danse que ce pas de deux, qui est au répertoire de nombreuses compagnies.
J’ai été enchantée par cette danse, à la fois légère et grandiose. La danseuse s’amuse avec nous, au salut comme à la scène et nous charme avec des suspensions étonnantes. Elle brode avec ses
pieds autour de ses jambes et ses bras sont légers, on dirait qu’elle évolue dans une jolie dentelle.

 

A l’entracte, la foule se presse autour de la belle étoile pour se faire dédicacer son programme et c’est toujours avec ce sourire qui la caractérise que Maïa Plissetkaïa reçoit son public.

 

Ilze Liepa fait son retour dans la deuxième partie avec un Boléro de Smoriginas que je trouve excellent. Pour moi cette danseuse est après Plissetskaïa
la grande danseuse de cette soirée. Au centre un cube. Elle, un t-shirt noir et une jupe rouge. Elle est assise, et seuls ses bras bougent au début. Puis elle va évoluer autour de ce cube dont
elle s’éloigne parfois pour mieux sauter dessus accroupie. L’intensité progressive est respectée, les mouvements sont de plus en plus accentués et l’espace scénique est envahi par la présence
croissante de cette femme. J’ai adoré ce Boléro, la chorégraphie suffit à elle seule à tenir le spectateur en haleine.

Petit détour par l’Opéra de Paris avec le pas de deux de l’acte II du Lac des cygnes dansé par Ludmila Pagliero et Christophe Duquenne.
Sorte d’entraînement avant leur soirée de vendredi où ils danseront tous les deux, la scène du TCE leur permet de se confronter à un public de balletomanes exigeants et au milieu de tous ces
russes talentueux il n’était pas évident de s’en sortir. Je trouve qu’ils s’en sont bien tirés. Ludmila a fait un travail de bras que j’avais déjà remarqué lors de la séance de travail, qui m’a convaincu. Le couple fonctionne bien et il est très
applaudi.

Retour de Maria Alexandrova et Andrey Merkuriev mais dans un registre qui ne leur convenait pas à mon sens, Carmen suite. Elle manque
de « caliente » et lui de soumission à sa séduction. C’est trop propre pour le coup, trop souriant peut être. Quand on regarde Maïa Plissetskaïa, elle tranchait plus l’espace avec ses lignes, ses
courbes et ses déhanchés.

De nouveau, le Lac mais cette fois c’est le pas de deux de l’acte III, qui est interprété par Ludmila Konovola et Semen Chudin. C’est un moment
de pur bonheur. Que vous dire, ça danse ! Je crois que c’est la force des Russes, et c’était la grandeur de Plisstekaïa, ça danse, quoiqu’il arrive, il n’est même plus question de technique.

Il est rare de rire au ballet mais quelques pièces font exception, et c’est le cas de The meeting chorégraphié par Smoroginas et dansé par Ilze Liepa.
C’est un numéro de transformiste. Côté pile, une femme en robe du soir rose, plein de strass et de paillettes, côté face, un homme en smoking. Tous deux ils dansent le tango, et la danseuse se
retourne pour nous faire vivre ce moment de séduction des deux côtés. C’est drôle, c’est burlesque. ilze Liepa est géniale dans les deux rôles, je suis bluffée par ce grand numéro.

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Le dernier morceau fut celui qui me laissa sur ma fin car très mal interprété à mon goût. On a eu droit à Don Quichotte par Alexandra Timofeeva qui
m’avait tant charmée dans le Corsaire en première partie et Andrey Batalov.  Là ça n’a pas collé du coup. Lui m’a paru bien trop trapu et petit pour ce rôle et elle trop souriante et naïve.
On est dans ce que je n’aime parfois pas chez les russe, de la démonstrations technique vide de sens. Alors oui les jambes montent très hauts et les sauts sont toujours aussi impressionnants mais
sans l’interprétation, la Kitri semble être un rôle distribué au hasard. C’est dommage de finir sur cette note, heureusement le salut de Maïa Plissetkaïa est une dernière danse qui fait se lever
toute la salle. Jugez pas vous mêmes en vidéo plus bas.

Merveilleuse soirée que ce gala, merci encore à A.D. pour l’invitation.

 

 

 

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  • La mort du cygne 1969

 

  • Salut au TCE

 

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Gala hommage à Maïa Plissetskaïa:

 

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2 réflexions au sujet de “Gala hommage à Maïa Plissetskaïa

  1. Cams says:

    ça fait vraiment regretté de ne pas avoir pu y assister! mais merci pour toutes ces impressions et ces belles photos!

Répondre à Cams Annuler la réponse.

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