Compagnie Preljocaj à Garnier

Il est des soirs où il vaudrait mieux s’abstenir de voir de la danse. Si elle peut vous donner de grandes émotions, parfois sans effort, sans prérequis intellectuel, elle peut aussi vous laisser aussi de marbre comme une statue grecque perdue au milieu de milliers d’autres dans un grand musée. Peu d’émotions dans un ballet comme dans l’autre, les danseurs ne manquaient pourtant pas de grâce, mais la danse, le geste semblait ne rien vouloir me dire ce jour là.

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Helikopter est une pièce qui porte bien son nom. Le bruit des pâles qui se mettent en marche ouvre la pièce, avec un effet similaire sur le sol, réalisé avec un sol comme interactif de la musique et/ou du mouvement. La lumière est comme une danse graphique qui se déroule sur le sol (si vous êtes au parterre, vous ne verrez rien de tout ça). Les danseurs entrent, d’abord un, puis deux. La chorégraphie commencent sur le premier, le deuxième reprend en chœur avec le premier. Les costumes sont sommaires mais peu élégants. Grosses culottes noires qui grossissent les corps, t-shirts de couleurs vives et genouillères noires. Les gestes sont très académiques, très précis. Les bras tournent comme des pâles d’hélicoptère, à la seconde, avec le corps en rotation. La danse est fluide, mais peu rapide. Cela manque parfois de nuances, de matières. L’air semble trop vide, comme presque trop léger. Le sol se transforme à mesure que la chorégraphie et la musique change. Cette dernière devient peu à peu une cacophonie musicale, à laquelle on semble s’habituer. Le sol vibre comme de l’eau sous les pas des danseurs. Quand il sont au sol, on dirait qu’ils nagent dans le pétrole.

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On sent la recherche de l’épuration dans le mouvement voulue par le chorégraphe, mais cette épure ne sert pas l’émotion. Sans doute n’est ce pas le propos du chorégraphe, mais la pièce devient assez fatigante et assourdissante. La musique qui est crachée par les baffles posées dans la fosse d’orchestre vient se répercuter contre les murs des loges et vous envahit la tête. On en perd la notion du temps et presque de l’espace. Hormis le début de la pièce, il ne m’en reste pas grand chose, car cela fait beaucoup de bien quand ça s’arrête.

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Eldorado (Sonntags Abschied) est une pièce plus douce, qui se laisse regarder plus facilement. La scène est encadrée par des panneaux blancs, sur lesquels il y a des fleurs et parfois des hommes ou des femmes dessinés avec des lumières. Ces panneaux forment des petits alcôves, comme des refuges, propres à chaque danseur. La danse est souple, lente là aussi. On reste dans la même esthétique, par rapport à la première œuvre, mais celle-ci a plus de matière, de sensualité et cela me plaît bien mieux. Les formes se tirent et s’étirent. Un série de petits duos s’enchaînent. Les couples viennent se placer au milieu tandis que les autres restent de marbre devant leurs alcôves blanches. Le lino miroir reflète les danse dans un flou assez réussi. Les lumières sont douces, entre l’or et l’obscurité, la scénographie est travaillée et pas veine car elle sert la danse à défaut de l’écraser. Les corps envahissent peu à peu l’espace, formant des trios, des duos ou des quatuors indépendants. Puis les corps se rapprochent, on passe de la sensualité à une sexualité évidente. C’est moins subtil, cela ressemble au Sacre du Printemps (de Preljocaj). C’est plus puissant au niveau de l’image rendue, mais on perd en force chorégraphique. La pièce en garde tout de même une forte identité, grâce à la distension des rythmes, tout au long de l’œuvre, accompagnée par la musique, plus facile que la première.

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Le spectacle est au Palais Garnier jusqu’au 10 janvier. Plus d’infos et réservations, clic.

HELIKOPTER

Karlheinz Stockhausen Musique (Helikopter-Quartet interprété par le Quatuor Arditti)
Angelin Preljocaj Chorégraphie
Holger Förterer Scénographie
Sylvie Meyniel Costumes
Patrick Riou Lumières

ELDORADO (SONNTAGS ABSCHIED)

Karlheinz Stockhausen Musique (Sonntags-Abschied)
Angelin Preljocaj Chorégraphie
Nicole Tran Ba Vang Scénographie et costumes
Cécile Giovansili, Angelin Preljocaj Lumières

4 réflexions au sujet de “Compagnie Preljocaj à Garnier

  1. Genoveva says:

    Oui, il se dégage peu d’émotions !

  2. dancing says:

    c’est la musique d’allemand qui est nulle. preljocaj il faut le voir avec de la vrai musique classique et des vrais compositeurs.
    la danse sans la musique ne peut pas faire des miracles.

  3. dancing says:

    autre chose, pour tirer des fonds pour sa troupe « il est obligé » de collaborer parfois avec artistes, que personne ne se souviendra dans peu de temps, mais qui ont le vent en poupe. comme ce fameux allemand.

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