Caligula version 2.0.

 

caligula

© Laurent Phillipe

 

Quand certains geek passent leur temps scotchés à leur macbook ou à jailbreaker la dernière version de l’Iphone (petit clin d’oeil à certains de mes collègues), la culture elle aussi se met aux
nouvelles technologies pour le bonheur des balletomanes ! On connaissait les ballets au cinéma, les voilà en direct sur le net. J’ai donc regardé mardi soir en direct de l’Opéra le ballet de
Nicolas Le Riche, Caligula. Vous pouvez par ailleurs encore le visionner en suivant le
lien
(il faudra tout de même vous inscrire, mais c’est gratuit). 

Je n’avais pas pris de places pour Caligula, parce que je l’avais déjà vu plusieurs fois et avec Nicolas Le Riche de surcroît. Le ballet ne m’ayant pas laissé un souvenir intarissable je ne me
suis pas précipitée sur les réservations. je ne dois pas être la seule car il reste encore des places pour les représentations à venir.

J’ai donc regardé avec attention la version filmée et ce, deux fois, j’y ai donc mis une grande volonté. Bon et bien il n’y a rien à faire, cela ne me capte pas. C’est d’ailleurs
pour cela que je m’y suis reprise à deux fois, parce que la première fois je n’ai pas été happée (la vidéo n’aidant pas et sur mon mac je ne vous en parle pas…). Ce que j’ai aimé, ce sont
les deux duos avec la Lune, très aériens, tout en complicité entre les deux personnages. Ce qui est terrible c’est qu’on voit que tous les pas sont pensés pour rendre la danse de
Le Riche belle. Il y a tous les pas qu’il sait exécuter à merveille et qui lui donne ce charisme si particulier (dingue je n’ai pas vu Le Riche danser et pourtant j’en parle quand même!). 
De même pour Clairemarie Osta. Elle trouve dans ces duos toute la fluidité et la féminité dont elle a le secret. Ses bras et ses bas de jambes sont particulièrement bien mis en valeur. J’aime
aussi la scénographie, simple et épurée. Une scène surélevée en guise de place centrale d’un temple ou de scène de théâtre. Les colonnes sur le côté rappelle l’architecture
romaine, de même que les marches où l’on peut être spectateur dans un amphithéâtre ou sénateur dans une assemblée. Au dessus de cet espace, un drap bombé sur lequel est projeté diverses images de
la Lune, objet que voulait tant décrocher l’empereur sanguinaire. Je trouve appréciable qu’un jeune chorégraphe ne s’embarque pas dans une scénographie complexe. Ici unité de lieu, comme dans la
tragédie classique et c’est plutôt bien vu. La musique de Vivaldi m’emporte littéralement, parce que jouée par l’orchestre de l’Opéra c’est quand même autre chose que sur un CD
mal enregistré. Là encore je trouve ce choix humble, qui permet de s’appuyer sur quelque chose de solide musicalement. La performance des danseurs est absolument impeccable tant d’un point de vue
technique qu’artistique. Le film fait en direct est remarquable et nous permet de voir des gros plans sur les visages des danseurs. On profite encore mieux qu’à l’Opéra pour le coup du
jeu d’acteur des danseurs. Stéphane Bullion transforme son visage passant du rire à la colère en un instant. Il est bluffant et il n’y a rien à dire sur son personnage de ce
soir. Je trouve toujours par contre qu’il met du temps à se chauffer en scène. Aurélien Houette est comme à son habitude parfait. Il a une solidité technique infaillible à toute épreuve. Il en
impose au milieu des autres sénateurs. Son charisme associé à celui d’Eleonora Abbagnato provoquent une présence assez folle sur scène. Que dire de Matthias Heymann qui une fois de plus est d’une
musicalité étonnante.

Stéphane Bullion et Clairemarie Osta dans Caligula par Syltren de Rêves impromptus

© Syltren

Toute mon admiration pour Nicolas Le Riche ne me fera pas dire que c’est un bon ballet. Chorégraphiquement, je dirai que c’est du mauvais Roland Petit. Tout le monde n’a pas le
talent du grand maître pour raconter des histoires, et parfois Le Riche nous perd dans la narration. Les intermèdes de pantomime pour rappeler le choeur antique et l’amour de
Caligula pour cet art n’ont pas la qualité des jardiniers du Parc. Cela n’enlève rien au talent de Nicolas Paul, mais c’est d’un ennui… Et pourtant c’est peut être là qu’il y a le plus
de choses intéressantes dans la construction chorégraphique. Le duo avec son cheval Incitatus ne me plait pas du tout, il me met mal à l’aise et  je ne trouve vraiment pas
cela beau. Ensuite se pose le problème des costumes…J’adore les tenues des femmes. Mais les hommes, au secours, à commencer par Caligula qui porte pour moi un t-shirt sur
lequel on a posé des côtelettes de boeuf (d’où le nom que je lui donne le débardeur côtelette), bien saignantes qui me donnent juste envie de manger une côte de boeuf avec des frites. Beurk, je
n’arrive pas à trouver ce costume seyant. Le cheval raccordé par le licol me fait toujours un drôle d’effet. Je trouve que tous ces costumes masculins ne mettent pas en valeur le corps du
danseur.

En somme, on ne passe pas un moment désagréable mais on ne s’éclate pas non plus. Je n’ai pas d’émotion particulière quand je vois ce ballet. Enfin si pardon, une émotion, celle
de voir Le Riche avec son sourire de gosse venir saluer et être fier de ses danseurs. La séance filmée est en tous cas une super initiative, on espère que cela se reproduira souvent parce que
pour la balletomane que je suis, c’est un vrai bonheur.

Le lendemain, de passage à l’Opéra, j’ai eu la chance d’apercevoir un bout de répétition orchestrée par Lionel Delanoë. J’ai vu répéter Miteki Kudo, très belle dans le rôle de Caesonia. Adrien
Couvez, très bosseur, échangeant beaucoup avec le maître de ballet pour se régler au millimètre près. Le duo Muriel Zusperreguy/Bullion collait très bien. Elle a une technique impeccable et elle
trouve une légèreté qu’on avait déjà aperçue dans le Trisha Brown au mois de décembre.
C’était en tous cas passionnant de voir les conseils délivrés avec bienveillance par Lionel Delanoë à ces artistes. Pour le coup, les voir travailler était un moment fascinant.

 

Stéphane Bullion dans Caligula par Syltren de Rêves impromptus

© Syltren

  • Distribution du 8 février 2011

 

CALIGULA Stéphane Bullion
LUNE Clairemarie Osta
MNESTER Nicolas Paul
CHAEREA Aurelien Houette
INCITATUS Mathias Heymann
CAESONIA Eleonora Abbagnato

 

En 2005, Nicolas Le Riche signait avec Caligula sa première chorégraphie pour le Ballet de l’Opéra. Fasciné par la personnalité complexe de cet
empereur, le chorégraphe évoque l’intimité d’un héros solitaire et son cheminement inéluctable vers la mort. Construite comme une tragédie, la chorégraphie, toute en profondeur et en énergie,
évolue sur Les Quatre Saisons de Vivaldi.

 

Antonio Vivaldi Musique
Les Quatre Saisons
Louis Dandrel Création Électro-Acoustique
Nicolas Le Riche Chorégraphie
(Opéra national de Paris, 2005)
Daniel Jeanneteau Scénographie
Raymonde Couvreu Vidéo
Olivier Bériot Costumes
Dominique Bruguière Lumières
Guillaume Gallienne Dramaturgie

 

  • Extrait vidéo

 

 

 

  • Interview de Nicolas Le Riche sur TV5 Monde

 

 

 

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Caligula version 2.0.:
 

© Laurent Phillipe

 

Quand certains geek passent leur temps scotché …

3 réflexions au sujet de “Caligula version 2.0.

  1. Amélie says:

    Je trouve ta remarque très intéressante sur « les pas sont pensés pour rendre la danse de Le Riche belle ». Je n’y avais pas fait attention, mais c’est très juste. Il a créé le ballet sur lui, pour
    lui, et n’a pas forcément su s’en détacher. Le voir danser Caligula devait par contre être intéressant.

  2. Pink Lady says:

    Pourtant d’après les gens qui l’ont vu à la création ce n’était pas forcément son interprétation la plus réussie, non ?

    Je suis d’accord avec toi sur l’humilité de la démarche, pour le reste je me suis plus laissée emporter, mais je suis très sensible à la musique, ceci explique cela. La preuve, je me suis ennuyée
    à mourir dans tous les passages de Mnester, et pourtant je ne détestais pas la chorégraphie.

    Sinon je n’ai pas regretté d’être allée le voir au cinéma, certains passages (le cheval notamment) passent mieux quand on est vraiment dedans, et les gros plans servent Bullion en mettant en
    valeur les nuances de son jeu (un peu trop intérieur pour la scène parfois).

    Dommage d’avoir manqué Ganio… et j’aurais teeeellement aimé voir Saïz en Chaerea !

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