Week end à Lyon… petites gourmandises entre Rhône et Saône

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Week-end enneigé. Bien accompagnée, je pars pour Lyon pour un week end 100% danse à Lyon organisé par l’AROP. Au programme, One of a kind de Jiri Kylian le samedi soir à l’Opéra de Lyon,
la visite de l’Opéra de Lyon de Jean Nouvel et Correira et Agwa deux pièces de la compagnie Käfig Brasil à la maison de la danse. Très beau programme, très bon week end…. Je
vous emmène pour voir un peu si Lyon vous charme comme elle m’a charmée?

  • ONE OF A KIND DE JIRI KYLIAN

Salut One of a Kind à l'Opéra de LyonOne of a kind of what? Kylian crée ce ballet suite à une commande pour fêter le 150ème anniversaire de la constitution
des Pays Bas. La commande est un chef d’oeuvre dans lequel Kylian développe de nouveau un langage qui lui et propre et toujours renouvelé. Ce qui est magique avec Kylian c’est cette capacité de
création à partir de la musique. Il dit souvent en interview que c’est son unique moteur ou plutôt son unique point de départ. Au final, on découvre un ballet structuré en trois actes dont chaque
passage raconte une histoire. Danse contemporaine oblige, il n’y a pas de livret, pas d’argument, juste un titre qui peut nous guider dans l’histoire que racontent ces corps.
One of a kind parle de façon claire de l’être humain. La pièce prend au premier acte des aspects mystiques et primitifs comme à l’aube de la civilisation. La scuplture qui sert de décor
est abrupte. Elle est comme un danger qui règne non loin de ces corps qui évoluent sur le devant de la scène. Au deuxième acte, des rythmes tribaux s’installent et résonnent. Les pas s’accélèrent,
les corps s’échauffent, sautent. Un violoncelliste répond à cette superposition de musiques et vient ajouter un brin d’humanité dans une musique très numérique. Les personnalités des corps vont
venir se confronter au violoncelliste. Elles se dévoilent, tantôt agressives, tantôt explosives, il en émane un sentiment de liberté profondément humain. Ce sentiment disparaît peu à peu quand
soudain cet univers de feu se glace et les danseurs semblent être enfermés dans un mauvais cauchemar. On se retrouve dans une ambiance de fin de monde, on est comme enfermés dans un boîte de fer
qui ne peut se rouvrir. La structure va attaquer les corps qui vont devoir se débattre. La fin du deuxième acte revient sur un touche apaisante, tous les danseurs reviennent sur scène et se
balancent comme les vagues de la mer, comme une berceuse rassurante. Le troisième acte place le violoncelliste au fond de la scène. Des rideaux dorés tombent sur la scène et délimitent l’espace. On
revient à quelque chose de plus mystique. La danseuse principale (qui n’a pas cessé de danser, qui reste sur scène même pendant les entractes) nous laisse su un dernier solo qui m’est apparu comme
le chant du cygne. Elle disparaît en haut des marches de la structure. Petite mort? ou juste la fin de l’histoire?
Qu’on se raconte une histoire ou qu’on y voit une peinture abstraite, je dois bien dire que je ne sais pas ce qu’il existe de plus beau en danse contemporaine que Kylian. A chaque fois je suis
profondément marquée par cette écriture chorégraphique. Notons aussi la scénographie de génie qui rend encore plus sublime cette chorégraphie de génie. Kylian est pour moi le plus grand chorégraphe
contemporain de XX ème siècle, tant son écriture est incroyable de renouveau permanent, de gestuelles et d’énergies qui lui sont propres. Si vous n’avez jamais vu de Kylian, même si vous avez des a
priori sur la danse contemporaine, il faut voir du kylian au moins une fois dans sa vie tant les lignes sont belles. A Paris, le NDT est souvent invité ou repris à l’Opéra de Paris. A Lyon,
beaucoup d’oeuvres de Kylian sont au répertoire et reprises tous les ans. Il faut voir du Kylian, car je ne sais pas ce qu’on peut écrire en danse après cela.

« Dans chaque ballet que j’ai crée, je parle surtout des efforts de l’être humain pour défendre sa liberté, face à la violence du monde » Jiri Kylian

Distribution

Dorothée Delabie, Marie-Laëtitia Diedrichs, Caelyn Knight, Eneka Bordato, Ruth Miro Salvador, Yang Jiang, Denis Terrasse, Fernando Carrion Caballero, Alexis Bourbeau, Benoît Caussé, Amandine
François, Jaime Roque De La Cruz, Coralie Levieux, Harris Gkekas, Francesca Mattavelli, Misha Kostrzewki.

Conception et chorégraphie Jiri Kylian
Assistants du chorégraphe Cora Bos-Kroese et Ken Ossola
Musique Brett Dean
Violoncelle Pieter Wispelwey
Scénographe Atsushi Kitagawara
Costumes Joke Visser
Tissus Yoshiki Hishinuma
Lumières Michael Simon

  • LA VISITE DE L’OPÉRA DE LYON

En 1687, seul Lully était autorisé à faire de la musique. À la mort de Lully plusieurs académies de musique vont se monter. À Lyon, l’académie de musique se déplace beaucoup. En 1756,
Soufflot, grand architecte lyonnais, construit un Opéra. Pendant la révolution française, l’Opéra est occupé par les révolutionnaires et est par conséquence très abîmé. Au XIX ème siècle, on veut
le réhabiliter. Le concours d’architecture choisit Antoine-Marie Chenanvard qui n’a aucune envie de le réhabiliter. La légende raconte donc qu’il l’a détruit pour pouvoir le refaire.La porte du monte décors de l'Opéra de Lyon
Aujourd’hui, il ne reste que les 4 murs extérieurs de l’Opéra Chenavard. En 1986, on organise un nouveau concours. L’architecte devait garder les 4 murs et multiplier le volume par trois car il y
avait besoin de salles de répétition. Jean Nouvel (entre autres réalisations l’institut du monde arabe et le musée du quai branly) gagne le concours.
L’Opéra est inauguré en 1993.
Nous commençons par descendre 17 mètres sous terre, sous le lit du Rhône même! Nous arrivons dans la salle de répétition. Un grande porte métallique se dresse devant nous, c’est la porte du monte
décors (qui sont fabriqués à Vénissieux). La salle est une réplique de la scène pour y travailler comme sur la scène. Pour l’acoustique, les murs sont recouverts de panneaux perforés dans
lesquels il y a des la laine de roche. Ces panneaux se retournent pour laisser place à des miroirs quand les danseurs en ont besoin. On peut travailler ici comme sur la scène à l’exception des
éclairages qui ne peuvent pas être réglés ici. On fait donc ici de la mise en scène piano. Autour de la salle se trouve les ateliers des accessoiristes.
Nous remontons un peu vers la surface et découvrons l’aquarium qui est la salle de répétition du coeur. Pour l’anecdote, les pupitres sont marqués d’un coeur rouge pour qu’on ne les vole pas.
Dans l’aquarium, l’acoustique est sèche pour entendre la moindre imperfection dans les voix. Les habilleuses (elles habillent pendant les spectacles, elles ont un grand travail logistique)
travaillent ici aussi. Tout est en verre pour ouvrir le regard et pour que tout le monde se voit et participe ensemble d’un grand projet. Le coeur a ses propres loges; ils ne sont que trente
chanteurs mais font souvent appel à des renforts pour les grand opéras. C’est un des seuls endroits blancs du bâtiment.L'aquarium du choeur de l'Opéra de Lyon
Nous arrivons presque à la surface mais avant passage par l’amplthéâtre qui est une salle qui accueille 200 spectateurs. Ici on présente d’autres spectacles comme du hip hop, des concerts de
jazz, de la musique du monde, de la musique de chambre. L’amphithéâtre est construit comme un théâtre greco-romain, qu’on peut transformer en gradin ou en cabaret. C’est un public plus jeune qui
vient à l’amphithéâtre.
Nous remontons à la surface (ouf!). Tout est transparent et les passants tentent de voir qui est ce petit groupe qui est à l’intérieur un dimanche. Mais la journée on ne voit personne car la
couleur noire qui recouvre tous les murs nous englobe. Le soir, par contre, elle laisse apparaître par un éclairage savant ce qui se passe à l’intérieur. Ainsi on sait qui est à l’Opéra, ce qui
s’y passe. La salle de spectacle est suspendue pour des raisons d’acoustiques (on est juste au dessus du métro A). Quand on veut modifier quelque chose ici, il faut l’accord de Jean Nouvel, car
il faut garder l’esprit dans lequel il l’a construit. Jean Nouvel a Choisi le noir car c’est la couleur de la nuit et pour brouiller les repères. Il y a peu de luminosité. Le public doit
accomplir un voyage physique, un cheminement jusqu’à la salle de spectacle. Jean Nouvel a voulu aussi éviter la sur-information comme on peut en trouver partout. Ici le spectateur se laisse
emporter par les petits escalators et cherche la salle de spectacle. Nouvel a aussi travaillé la métaphore de la navigation. La salle est comme une coque de bateau. Les pas sont incertains sur
les plaques métalliques tremblantes. Les loges sont conçues comme des cabines avec des hublots.
Avant d’entrer dans la salle, nous entrons dans un sas rouge qui n’est pas sans nous rappeler les théâtre à l’italienne et pour donner l’impression au spectateur que c’est lui qui tire le rideau.
Devant les sièges de la salles, se trouvent des petites lumières oranges qui sont un clin d’oeil aux bougies qu’on mettaient dans les théâtres autrefois. La salle contient 1153 places. Il y a six
balcons et le parterre. La fosse est modulable en fonction de l’orchestre (pour les orchestres baroques, il y a besoin que la fosse soit plus petite. À Lyon, il y a rarement de la danse classique
avec orchestre, donc on ferme la fosse pour la danse, ainsi on agrandit la scène. Pour l’acoustique, là aussi on retrouve nos panneaux perforés qui se trouvent sous les sièges. Le lustre est
composés de deux plaques dorées dans lesquelles le public se reflète. Jean Nouvel fait un clin d’oeil aux angelots des plafonds à l’italienne.
Le foyer était le seul endroit chauffé autrefois. Nouvel a gardé le foyer mais pas le sol, il a choisi un carrelage noir qui reflète le plafond.
C’est enfin le moment de monter au paradis! Douzième étage, sous la verrière voilà le grand studio de danse. Juste sublime, vue panoramique sur tout Lyon. Le studio a les mêmes dimensions que la
salle de spectacle. Les danseurs ferment tout de même des rideaux dans la journée  pour pouvoir se concentrer. Le studio de répétition des danseurs de l'Opéra de Lyon au douzième étage et sa vue panoramique sur la ville
La verrière met ses habits de lumière quand vient le soir et le public arrive. L’Opéra est équipé de capteurs un peu partout. Plus l’activité est intense et plus la verrière devient rouge. Mais
ça je ne peux pas vous le montrer en photo vu que j’étais à l’intérieur…

  • CORREIRA ET AGWA DE KÄFIG BRASIL

Je ne connais pas bien les compagnies, et encore moins les compagnies de hip-hop. Je ne peux pas tout voir, il faut malheureusement faire des choix, et je me détourne parfois de certaines
compagnies que je ne connais pas. C’est donc avec plaisir que je suis allée voir cette compagnie de hip-hop mondialement connue. La maison de la danse présente deux spectacles. Une nouvelle
créations et une reprise d’un spectacle de 2008.
Correira de la compagnie Käfig BrasilLa
première création Correira me permet de rentrer dans cet univers particulier. Le début est très marqué hip hop. Et cette marque va rester. Ce qui fait le génie de cette compagnie et je l’ai
rarement vu dans des compagnie de hiphop c’est qu’il y a une véritable chorégraphie. Dans leurs spectacles la compagnie Käfig raconte de vraies histoires avec une construction solide. Correira
nous parle de la course comme son nom l’indique. La pièce commence avec des hommes allongés au sol qui pédalent dans l’air, puis d’autres arrivent et courent en cercle. Puis le thème est exploité
de mille manière avec beaucoup de finesse. On retrouve des choses déjà vu comme la vidéo, à la manière de Montalvo Hervieu, mais aussi l’utilisation de jambes supplémentaires qui se substituent à
nos propres jambes. Les musiques s’entremêlent, de tous genres, les pas se font de plus en plus complexes et la scénographie est tout simplement géniale.

Je suis encore plus rentrée dans la deuxième création AGWA. La création est pleine de génie. Au sol des gobelets de plastique, certains rempli d’eau. Les danseurs vont évoluer dans cet
univers sans jamais toucher les gobelets comme si ils étaient faits de cristal. De même que dans Correira beaucoup de touches de génie! La scénographie est absolument superbe avec des
éclairages qui réduisent l’espace des danseurs qui vont être obligés de danser avec une seule partie de leur corps (regardez la vidéo avec les petites mains qui évoluent sur les verres). La mise
en scène ne manque pas d’humour, avec des costumes qui nous font rentrer dans un burlesque et un imaginaire particulier. Les chorégraphies sont riches et savent  produire une danse hip-hop
qui est dans une recherche. C’est cela que j’ai beaucoup apprécié, cette recherche, cette volonté d’aller plus loin, de casser les frontières. A voir en tous cas.

Agwa de la compagnie Käfig Brasil

Le site officiel de la compagnie Käfig Brasil c’est ici.

Le groupe facebook de la compagnie (beaucoup de belles photos) c’est ici.

Si vous souhaitez voir la compagnie Käfig Brasil à Paris, sachez qu’ils seront en tournée à Noisy le Sec au théâtre des Bergeries le samedi 13 mars 2010, à Saint Quentin en Yvelines les 19 et 20
mars 2010, à Chaillot du 25 au 27 mars 2010, à la MAC de Créteil du 13 au 17 avril 2010, au nouveau théâtre de Montreuil du 3 au 9 mai 2010.

Merci à l’AROP et à Simon Michel du club junior pour ce merveilleux week end. À refaire très vite!
Si vous êtes arrivés jusque là, n’hésitez pas à laisser vos commentaires.

 

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2 réflexions au sujet de “Week end à Lyon… petites gourmandises entre Rhône et Saône

  1. claire says:

    J’adoooore la danse avec les verres, je ne me lasse pas de la regarder et je suis très heureuse d’avoir découvert cette compagnie de danse.Merci!

Répondre à claire Annuler la réponse.

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