Un soir à Versailles…. Blanche-Neige de Preljocaj 1/07/2009

Le lieu est déjà un ballet en lui-même… je vous laisse imaginer la suite…

Le conte est retracé fidèlement à travers plusieurs tableaux. Les costumes de JPG sont assez inégaux. La reine, sublime toute de cuir vêtue, est mise en opposition à une Blanche Neige qui semble plus porter une couche culotte qu’une robe d’innocence. Les décors sont minimalistes ce qui est de bon ton pour laisser place à la chorégraphie.

Je suis incapable de dire si j’ai apprécié ce ballet. Il faut dire que rien que le lieu suffisait à me remplir d’émotions (à croire que je suis royaliste…). La scène est sur un bassin à droite du château, si on se place dos au château. Quel bonheur cela doit être de danser là! Encore mieux qu’à Garnier! Ou presque… ce que j’aime à Garnier c’est son folklore. Si l’ennui nous guette on peut toujours regarder le plafond, les balcons, les
réactions des spectateurs. A Versailles le spectacle est encore plus grandiose. Le Trianon, le coucher du soleil, les jardins, le
château devenant couleur miel… tout est un ravissement pour les yeux.
Mes digressions habituelles ne surprendront plus les lecteurs de ce blog. Le ballet Preljocaj prend des risques indéniables. d’abord il s’inscrit dans la tradition de réécriture de classiques littéraires qui eut son essor à la fin du 19ème siècles avec bien entendu Marius Petipa à sa tête. Tradition mainte fois reprise notamment par Noureev et bien d’autres. Beaucoup de Chorégraphes contemporains ont revisité ces ballets. Je pense à
Giselle dont celle de Mat Ek est à mon sens la plus réussie, à La
Belle
, pensons alors à celle de JC Maillot (ballet de Monte Carlo), au Sacre et là je ne saurai choisir même si ma préférence va
à la grande Pina Bausch (à qui la représentation de ce soir a été dédicacée). Ce qui est très étonnant dans le choix de Preljocaj c’est que ce conte n’a jamais fait l’objet d’une grande création. En cela je le trouve audacieux. Quand on reprend un mythe tel que l’est Blanche Neige c’est un risque,
c’est même un grand défi. Le défi est en partie relevé mais il reste de grandes zones vides de sens. La Reine ne danse quasiment jamais, bloquée dans son costume et perchée sur 10 cm de talons.
La première scène du miroir est longue et sans intérêt. Je ne parle pas des spectateurs qui se demandent tout le long de la pièce comment ce « miroir magique » marche…. sans commentaire… oui oui j’ai toujours du mal avec les voisins peu silencieux!
En fait je crois que le problème vient de la théâtralité que j’ai trouvé très mauvaise tout au long du ballet. Cela en est même effrayant… La jeune danseuse qui dansait Blanche Neige était pleine de grâce, mais aucune expression n’émanait de son doux visage.
Parlons un peu chorégraphie , car c’est tout de même le noyau du ballet, son essence en quelque sorte. Preljocaj me bouscule sans
cesse. J’adore Le Parc, je déteste Les quatre saisons, j’adore MC12/14, son Sacre du printemps m’a mise mal à l’aise.
J’ai donc une relation complexe avec ce chorégraphe. Je le trouve talentueux, très riche d’idées que je trouve très bonnes et j’aurai aimé travaillé sur les thèmes qu’il propose. Il est parfois trop encensé par la critique et je n’aime pas que l’on s’emballe trop vite pour un travail. Une partie de son travail m’éblouie une autre me révolte et m’exaspère. Une véritable schizophrénie! Le problème avec Blanche Neige c’est que je ne sais pas où le situer. J’ai trouvé certains passages très bien. L’entrée des sept nains est très belle. Un mur, des mineurs qui en sortent.
Chorégraphie réglée sur des baudriers. Ils flottent dans les airs parfaitement harnachés, se déplaçant dans tous les sens sur leur mine, à la recherche de la moindre pépite. La musique de Mahler (2ème symphonie, bravo pour ce choix Monsieur Preljocaj!) remplit l’espace scénique avec une telle force qu’elle devient un mouvement, un geste à part entière. Neumeier a bien raison de dire que cette musique c’est déjà de
la danse. Écoutez la danse et regardez la musique comme dirait l’autre.
Autre passage intéressant, celui de la pomme. Elle montre bien toute la violence du conte. Blanche Neige est forcée par la Reine, elle est comme violée. On peut en faire une lecture simple où la Reine oblige Blanche Neige à perdre une partie d’elle même qui pourrait être sa virginité afin d’être de vraies rivales. C’est la seule scène théâtrale qui sauve la crédibilité de l’histoire.
Le plus beau passage est à mon sens celui où Blanche Neige est empoisonnée. Le Prince la découvre, inerte, et va refuser cette petite mort. Il va faire vivre ce corps mou, endormi. La scène est superbe. C’est là que réside tout le génie de Prejlocaj. Ce corps presque mort, encore chaud, va danser et
danser encore… tout le malheur de la danse est là…. Cette tragédie du corps qui meurt. avant cela il y a bien sûr des tas de choses qui vont l’affecter. La mort du corps c’est la mort de la danse.  Preljocaj est en lutte à cet instant de la chorégraphie et veut une danse éternelle. C’est un véritable trait de génie et il pose là une vraie problématique de la danse.
Le spectacle finit par un mariage grandiose entre le Prince et Blanche Neige qui n’a absolument aucun intérêt chorégraphique.
Par contre nous sommes à Versailles et qui dit Versailles dit superbe feu d’artifice. A nouveau mon regard d’enfant resurgit et s’émerveille. Versailles est un rêve enchanté… un véritable conte… ne manquez pas les prochains étés de la danse à Versailles….

 

 

http://www.preljocaj.org/

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