Orphée et Eurydice

Répétition générale Orphée et Eurydice

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@ Laurent Phillipe, 2005

 

J’ai découvert la danse contemporaine par Pina Bausch, en 1997. Je venais tout juste de commencer les cours de danse contemporaine, et je n’avais pas vraiment d’idées de ce que cela pouvait être
en scène. J’ai vu Le Sacre et ce fut un choc. J’ai ensuite découvert le reste du travail de Pina au Théâtre de la Ville, en vidéo beaucoup à la médiathèque du CND, sur youtube, au cinéma de
Beaubourg et aussi dans les livres, nombreux, sur Pina Bausch. Quand Orphée et Eurydice avait été donné en 2008, je n’avais pas pu le revoir (2005, c’est donc un lointain souvenir). Je
travaillais outre-manche et j’avais du revendre mes places d’abonnement. Il y a des ballets qu’on ne veut pas manquer. Orphée et Eurydice c’est un chef d’oeuvre, une pièce monumentale,
qui vous prend à la gorge du début à la fin. C’est très beau, voilà tout.

 

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© Agathe Poupeney – PhotoScene.fr

 

Hier soir, je suis donc allée à la répétition générale grâce à D*** que je remercie encore mille fois pour la place et la loge (38 de face, juste parfait). Ce ballet est un chemin, une traversée
dans l’univers de Pina, comme si Gluck avait écrit la musique pour elle, pour qu’elle puisse y mettre tous ces merveilleux pas de danse, tous ces mouvements qui vous transportent. La pièce est
découpée en quatre parties, qui suivent la partition de Gluck. Côté chant, j’ai été emmenée par ces voix. A Garnier, le chant c’est quand même magique. Les voix entrent dans les loges et vous
touchent directement au coeur.

 

« Oh wenn in diesen dunklen Hainen, Euridike,

noch ein dein Schatten um dein ödes GRabmal schwebt,

ach, so häre diese Klagen, sieh die Tränen,

Sieh die Tränen, die wir trauernd vergiessen für dich ! « 

 

Le premier tableau est celui du deuil. On voit Eurydice perchée, toute de blanc vêtue, morte. Pour le décor, quelques feuillages et branches mortes. On retrouve dès le début de
ce ballet les problématiques de Pina Bausch. Comment vivre sans l’être aimé ? On voit se dessiner un langage qu’on peut retrouver dans Café Müller. Les corps qui se déplacent tels des morts, ou
des somnambules, marquent l’assourdissement que provoque la mort. Orphée incarné ce soir par Stéphane Bullion, semble un peu renfermé. Si il montre une souffrance, elle est très intérieure et
intime. Il ne regarde jamais Eurydice, comme si la mort était une vérité qu’on ne peut regarder en face. C’est une complainte qu’Orphée donne à voir. La danse semble si naturelle, comme si
souvent chez Pina Bausch, parce qu’on ne peut pas tricher avec l’amour. De même que la musique, sa partition chorégraphique est fragile. Les chanteurs sont sur scène avec les danseurs pour être
les doubles, les âmes des danseurs. C’est un procédé que Pina Bausch a aussi utilisé dans Iphigénie en Tauride. Cela fonctionne très bien par ailleurs. Cela donne du relief, sans être un
simple ornement. Dès cette première partie, le corps de ballet est très investi et on sent une forte connection entre tous les danseurs. Muriel Zusperreguy est parfaite dans son rôle de l’amour.
La douceur de sa danse convainc Orphée de tenter sa chance aux enfers.

 

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© Agathe Poupeney – PhotoScene.fr

 

« Meine Bitten, meine Klagen hätten längst euch mild gerührt,

Ja, habt Mitlaid für mein Leid, der verlassnen Liebe Schmerz. »

 

Le deuxième tableau de la violence est très fort. Cerbère est représenté par trois danseurs et j’adore leur façon de parcourir l’espace dans ces grands pliés à la seconde. Ils se
déploient et dominent de deuxième mouvement. C’est face à ce monstre, qu’Orphée doit s’imposer pour passer la porte des enfers. La danse des Furies rappellent le désespoir d’Orphée tout en
faisant ressortir sa peine. Le décor est bas, fini, plongeant déjà Orphée dans les Enfers. Stéphane Bullion paraissait plus à l’aise dans ce tableau, le contraste avec la puissance des Cerbères
étant plus marquant, il signait un Orphée plus doux et désespéré. En tous les cas, ce sont bien ces trois merveilleux danseurs (Chaillet, Houette et Cordier) qui tiennent cette partie avec un
regard intense qui les lie à la fois entre eux, mais aussi avec le public, de façon très intense, presque intimidante.

 

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© Agathe Poupeney – PhotoScene.fr

 

 

« Aus dem Reich beglückter Schatten

komm zurück zu deinem Gatten,

lass ihn deines Blicks sich freu’n. »

 

Le troisième tableau de la Paix, s’ouvre sur un décor très sombre et bucolique. Orphée retrouve son Eurydice qui semble apaisée. Orphée arrive en effet dans un univers serein,
très différent de l’ambiance différente. CE tableau donne une note d’espoir pour l’avenir des deux amants. C’est un moment très agréable dans le ballet. Les corps semblent flotter. Les danses de
groupe sont superbes. Marie Agnès Gillot danse et là, le fossé se creuse avec son partenaire. C’est la troisième fois qu’elle danse le rôle, elle est Eurydice. Elle vit ce rôle dans tout son
corps et livre une danse qui vous fait frissonner. On la sent au dessus de tous les autres, comme une âme isolée qui à son tour chante et danse. On aurait presque envie qu’elle reste là. Orphée
la prend par la main et ils vont commencer leur sortie des enfers.

 

« Ach , ich habe sir verloren, all mein Glück ist nun dahin !

Wär, o wär ich nie geboren, weh, dass ich auf

Erden bin,

weh, dass ich auf Erden bin.

Eurydike, Eurydike ! « 

 

Pour terminer, la mort. Le décor est fait avec des pans de murs blancs. Au sol, quelques feuilles mortes. Eurydice suit Orphée, ils dansent sans jamais se regarder. Je n’ai pas
trouvé Stéphane Bullion à la hauteur de Marie Agnès Gillot. Techniquement toujours impeccable, il me semble qu’il n’est pas assez dans cette émotion qui doit être mêlée d’angoisse et d’espoir.
C’était une générale, il faut aussi en tenir compte. Eurydice le presse, elle veut une preuve d’amour. On le voit dans sa danse et dans le regard que MAG porte sur son partenaire. Orphée accepte
de lui donner ce regard et elle meurt. Le fameux « Ach ich habe sie verloren », est le moment le plus émouvant du ballet. Les corps des danseurs et des chanteurs se mêlent. Les voix s’éteignent,
les corps des danseurs aussi. On assiste à une mort bouleversante, qui m’a donné plein de frissons. Le ballet se termine sur une danse de deuil, où l’on emporte le corps d’Orphée. Magnifique…

 

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© Agathe Poupeney – PhotoScene.fr

 

Sortie du Palais Garnier sous des flocons de neige. Un autre instant de magie.

 

A voir les photos de Syltren. A lire les chroniques de Blog à petit pas, et
Danses avec la plume.

A lire dans la presse : Le figaro, Le financial Times, Huffington Post,

Jusqu’au 31 mai, il y a une exposition de photos sur Pina à l’Hotel Galerie Le Marceau-Bastille, à Paris.

  • Distribution du 3 février 2012

 

Orphée Stéphane Bullion
Eurydice Marie-Agnes Gillot
L’Amour Muriel Zusperreguy

Cerbère                                        
Aurélien Houette, Vincent Chaillet, Vincent Cordier

 

Thomas Hengelbrock (11, 15, 16 févr.) Direction musicale
Manlio Benzi (4, 6, 8, 9, 12, 14 févr.) Direction musicale

Maria Riccarda Wesseling Orphée
Yun Jung Choi
Eurydice
Zoe Nicolaidou L’Amour

 

Christoph Willibald Gluck Musique
Pina Bausch Chorégraphie et mise en scène
Rolf Borzik Décors, costumes et lumières

 

  • Extrait vidéo

 

 

 

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