Meyzindi

Convergences avec le mutant Wayne Mc Gregor

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La séance de répétition commence en retard, Brigitte Lefèvre revenait de Garnier, où elle avait vu Rain. Elle nous redit à quel point ce ballet est merveilleux et je suis bien d’accord avec elle, puisque j’y vais ce soir à nouveau. Elle rappelle le succès de Genus, et le grand plaisir qu’avaient eu les danseurs de travailler avec lui. Il y a donc eu l’envie de continuer un travail ensemble. Le ballet s’appelle L’anatomie de la sensation pour Francis Bacon et la musique sera de Marc-Anthony Turnage. La musique sera interprétée par l’ensemble inter-contemporain. Il y a neuf couples dans ce ballet, il y aura deux distributions. Parmi les danseurs, nous pourrons admirer Gilbert, MAG, Bélingard, Heymann, Ganio, Froustrey, Abbagnato, Meyzindi, Ould-Braham et j’en passe.

Le « mutant » comme on l’appelle va faire répéter Alice Renavand (criiii de joie) et Josua Hoffalt . Il entre s’excuse de parler anglais, parle d’Alice and « Josh » comme de ses « favorite dancers ». Toute la séance va être sur le ton de la bonne humeur. Il nous explique qu’aujourd’hui il va essayer de leur créer un passage nouveau dans la création.

Il nous explique que quand Francis Bacon avait une idée pendant qu’il peignait, il s’arrêtait, puis sa peinture se transformait en quelque chose de nouveau. C’est cela que veut faire Mc Gregor, il veut se divertir pour aller d’une idée à une autre pour sans cesse transformer sa danse. C’est une des seules explications que nous donnera le chorégraphe.

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Il branche son Ipod. En effet, Mac Gregor à la manière de Cunnigham ne fait pas travailler sur la musique du spectacle. Je suppose qu’il veut qu’il trouve un rythme interne dissocié de la musique. Il y a quoi dans l’Ipod de Wayne Mc Gregor? Euh… de la musique conceptuelle, des bruits d’interférences de portable, des chuchotements, des sons métalliques.. bref ça fait un peu frémir le public.

Mac Gregor crée à la demande, on a l’impression qu’il a un sacré stock de mouvements qu’il peut sortir à tout moment. Son langage se démultiplie à l’infini, dans tous les déhanchements, les passés de bras, les dos qui se tordent, se tournent. Il montre à ses deux interprètent ce qu’il attend, l’explique par des sons. Sur mon carnet j’écris « dja oum eh dja eh oh », je jette un œil sur le carnet de Fab, qui elle aussi tente de transcrire les sons. Il rythme tout par la bouche et quand les danseurs demandent plus d’explications, c’est toujours un langage classique qu’il choisit.

C’est très impressionnant la vitesse à laquelle Mc Gregor crée, et la vitesse à laquelle les danseurs s’approprient ce langage qui semble par moment si difficile par l’endurance et la souffrance qu’il provoque dans muscles et articulations qui sont toujours sollicités. Mais je ne comprends pas où il veut en venir, ce qu’il veut dire par cette danse. C’est toujours impressionnant, joli parfois, physique souvent, disloqué toujours, mais je trouve que cela n’a pas de sens. Pour moi c’est du mouvement un peu vide.Il donne des images à ces gestes, mais qui sont sans lien avec ce qu’il veut dire. Où est la peinture? Est-ce par le travail sur le corps? Mais ce n’est pas à la manière de Bacon mais à la sauce Mc Gregor comme tous ses autres spectacles.

Quand les deux interprètes montre leur travail, la salle affiche un silence quasi religieux. Je suis admirative de leur travail qui me semble bien difficile pour les chevilles et le dos. Je
m’étonne des capacités à emmagasiner tous ces mouvements sans plus d’explications. N’est-il pas plus facile de savoir où l’on va?

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A la fin de la répétition, Mac Gregor nous explique que ce que l’on a vu est le commencement de quelque chose, que peut être on le verrait dans le spectacle, peut être pas. c’est une sorte de base de travail. Il conclut la séance avec enthousiasme « It was terrific, it was very ruff ».

A voir sur le site de l’Opéra de Paris, les  photos d’Anne Deniau.

L’anatomie de la sensation pour Francis Bacon c’est du 29 juin au 15 juillet. Il reste plein de places.