Mats Ek

Séance de travail Robbins/Mats Ek

 

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© Anne Deniau

 

  Quelle belle semaine ! Après déjà deux Bayadères, une nomination, voilà la séance de travail Mats Ek / Jerôme Robbins. Avec les
jours qui ont vraiment allongés, je ne peux que retrouver le sourire. Celui ci s’efface peu à peu devant une flopée de scolaires (14 ans) dans les couloirs de Garnier. On a toujours de
l’appréhension de se voir le spectacle gâché par des rires idiots, des bavardages ou pire. Cela n’a pas manqué. Ce n’était pas horrible, mais suffisamment pour me déranger et qu’un « grrrrrr »
résonne dan ma tête.

 

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© Laurent Phillipe

 

Après coup, j’ai réfléchi en me mettant à leur place. Façon de parler, car, je ne suis pas à leur place. Mes parents rongeurs sans pour autant m’emmener au théâtre, à l’opéra ou au concert, m’ont
toujours appris à être curieuse. Les études aidant, les merveilleux professeurs que j’ai rencontrés (pensée particulière à Mme Noury ou M. Jambet) ont continué d’éveiller ma curiosité et d’ouvrir
mon oeil à de nouvelles choses. On accepte alors des langages nouveaux, des modes d’expression inédits. On accepte d’être mal à l’aise, d’être dérangé, bousculé. En outre, on apprend les codes de
ces lieux au fur et à mesure, ces lieux qui semblent inaccessibles, voire réservés. Il n’en est rien. Je me suis donc mise à leur place, j’ai essayé de me propulser dans un monde dont je ne
connaîtrais pas les codes. Ces adolescents ont été dérangés par la longueur de la première chorégraphie. Moi aussi d’ailleurs d’une certaine façon. Je pense qu’en fait c’est très violent pour eux
de voir ces corps bouger sans rien y comprendre. Oui parce qu’à cet âge là, on veut mettre du sens sur les choses. Qu’il doit être compliqué de préparer des élèves adolescents à voir un spectacle
comme Dances at the Gathering. C’est une démarche courageuse, et il faut saluer le travail des professeurs et des acteurs du projet Dix mois d’école et d’opéra. Cela s’apprend
d’aller au théâtre, au musée. Le regard s’éduque et ce n’est pas toujours facile. Appartement les a surpris, dans le bon sens. La tête dans le bidet c’est « dégueulasse », mais cela leur
plaît plus que la mousseline rose de la jupette. A moi aussi d’ailleurs. La notion de la valeur monétaire a été aussi abordée par les enfants. « Vas-y y’a des gens qui payent pour voir ça ?!! »
Oui, oui, même cher parfois… car l’art et l’émotion n’ont pas de prix quand on y goûte. Je reste quand même convaincue malgré tout, que c’est une excellente chose que ces ados aient eu accès à
l’Opéra. Si au moins un d’entre eux a été touché, ému, interloqué, alors le professeur a gagné quelque chose, mais surtout l’adolescent. Cela vaut bien quelques bavardages.. !

 

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© Agathe Poupeney

 

  Parlons un peu ballet puisque ce fut tout de même l’objet de la soirée. J’ai trouvé de beaux moments de grâce dans Dances at the Gathering. Les apparitions de
Mathieu Ganio sont toutes un pur régal. Dans ce type de chorégraphie, ses lignes sont particulièrement bien mises en valeur. Sa finesse technique s’épanouit dans la dentelle chorégraphique de
Robbins. Ludmila Pagliero, ce soir en rose, rayonne et le duo formé avec Mélanie Hurel est bien équilibré. Leurs danses s’accordent et elles se répondent avec une joie visible dans leurs
énergies. Il y a tout de même quelques longueurs dans cette pièce. C’est beau, c’est évanescent, la musique est sublime, mais je ne suis pas sûre de tomber sous le charme. Nous verrons en
représentation.

 

Pour Appartement, c’est une autre histoire. Un florilège d’étoiles sur scène. Marie-Agnès Gillot, hypnotisante, Chaillet scotchant, Bélingard puissant, pour ne citer
qu’eux. Le groupe est très uni, il se dégage une force très particulière. On sent que cette oeuvre est un enjeu pour chacun à la fois individuel et collectif. Ils se mettent complètement au
service de l’oeuvre au point qu’on en oublie qu’on est en répétition.

 

Mais ça parle de quoi, cette pièce ? Et bien comme son nom l’indique, cela se passe dans un appartement et les scènes de la vie quotidienne sont revisitées par Mats Ek. Noyer son chagrin dans une
baignoire, se laisser aller à la mélancolie devant la télévision, oublier bébé dans le four pendant une conversation de couple, se désespérer devant une porte qui reste définitivement fermée.
Tous les interprètes sont fabuleux. Le duo Le Riche / Renavand dans la variation de la porte est très émouvant. La pièce est traversée par ces moments mélancoliques puis rebondit dans une
atmosphère plus rock’n roll. La scène des aspirateurs reste un des moments clés. L’écriture chorégraphique est d’une finesse épatante, comme toujours chez Mats Ek. Chaque geste a un sens, et on
pourrait mettre un mot, un sentiment, un cri sur chaque mouvement. Le final est aussi un instant délicieux, car on sent que cette énergie commune qui lie tous les danseurs est exponentielle.

 

Cerise sur le gâteau, Mats Ek monte ensuite sur scène pour faire quelques corrections. Malgré la fatigue, les danseurs remettent ça plusieurs fois. Un régal pour nos yeux !

 

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© Agathe Poupeney

 

  •   Distribution du 9 mars séance de travail

Dances at the Gathering Jerome Robbins

 

Rose Ludmila Pagliero
Mauve Eve Grinsztajn
Jaune Muriel Zusperreguy
Vert Agnès Letestu
Bleu Mélanie Hurel
Marron Mathieu Ganio
Violet Karl Paquette
Vert Benjamin Pech
Brique Alessio Carbone
Bleu Christophe Duquenne

 

  Appartement Mats Ek

 

Marie-Agnès Gillot, Clairemarie Osta, Alice Renavand, Amandine
Albisson
, Christelle Granier, Laure MuretJérémie Bélingard, Vincent Chaillet, Nicolas Le Riche, Audric Bezard, Simon Valastro,
Adrien Couvez


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© Agathe Poupeney

 

 

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Séance de travail Robbins/Mats Ek:
 

© Anne Deniau

 

  Quelle belle semaine ! Après d …

Folle soirée Mats Ek

© Julien Benhamou

 Avant la reprise du boulot quoi de mieux que de s’offrir une petite soirée Mats Ek? Eh bien rien c’est pourquoi vers 17h30 je suis allée faire la queue pour obtenir une place de fond de loge au deuxième étage qui a finit par se solder par une loge de face pour la deuxième partie, à deux pas de JR que j’ai loupé.

J’ai passé une soirée délicieuse, pleine de sourires, complètement emportée par l’univers de Mats Ek. Ce que j’ai le plus apprécié c’est sa façon de dessiner des lignes avec les jambes. Il les brise aussi souvent dans des attitudes secondes assez belles et définies dans l’espace. Mats Ek utilise beaucoup de chorégraphies circulaires. Ainsi dans La Maison de Bernarda les sœurs commencent par former un cercle à l’enterrement de leur père. C’est l’enfer de ce tourbillon qui une fois déroulé les conduits à porter le voile noir pour rentrer et s’enfermer pour porter le deuil 8 ans. La chorégraphie est circulaire quand elle marque l’ennui quotidien de ces femmes. On le constate dans la fabuleuse scène du repas où elles vomissent leurs prières pour se goinfrer et se laisser remplir de nourritures terrestres bien plus silencieuses. La servante incarnée par une
Alice Renavand absolument divine, fais le tour de la table pour nourrir ces bouches affamées par l’ennui et le deuil. On retrouve aussi cela dans la variation avec le fauteuil. Sorte de chaises musicales quelques peu désespérantes elles tournent autour de ce fauteuil où s’est assis l’homme qui va épouser leur sœur aînée. Tout fait sens dans la chorégraphie de Mats Ek tant les lignes sont précises qu’elles soient mises en forme par un danseur ou bien par le groupe entier. Quand la mère est présente sur scène c’est au contraire vers elle que sont faits tous les mouvements. Kader Bélarbi est une Bernarda autoritaire par sa présence seule sur scène. Aucune douceur dans ses mouvements envers ses filles, encore moins pour la servante.  Alice  Renavand est comme à son habitude, une interprète juste avec une rigueur technique. Face à Bernarda elle sait faire preuve de discrétion mais aussi de malice quand il s’agit de lui faire un pied de nez. Elle
est elle aussi une femme prisonnière de cette maison et devient une sœur parmi les autres quand il s’agit de marquer l’ennui comme dans la scène avec le fauteuil.

 La variation de la sœur bossue, interprétée par Laure Muret, est touchante, tant la détresse et la folie qui touche la jeune femme se gravent dans la chorégraphie, et dans cette solitude qui l’écarte des autres sœurs. Elle a beau sentir le foulard du jeune
homme, jamais un homme ne s’intéressera à cette jeune femme bossue.

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© Laurent Phillipe / Fedephoto.com

 J’ai adoré le duo dans la chambre entre Audric Bézard et Eleonora Abbagnato. Les deux amants se retrouvent pour une dernière nuit. Mats Ek nous propose une nuit très sensuelle, très charnelle. Abbagnato parvient à incarner à la fois l’amour charnel et passionnel qui la lie à cet homme, toujours aussi légère et à la fois poignante, elle donne à la scène une spiritualité qui traduit le désespoir de cette jeune femme. L’homme semble moins coincé dans son costume, il montre à cette jeune femme tout son désir.
Audric Bézard est très bien ans ce rôle de mâle dominant, qui met en valeur sa danse et sa virilité. Le couple avec Abbagnato fonctionne très bien. Je suis très touchée par ce passage d’amour, qui marque une pause dans la rudesse et l’austérité de la maison.

LPH0892066 © Laurent Phillipe / Fedephoto.com

 Le suicide final de la sœur n’est pas une fin tragique comme on
pourrait le voir dans d’autres pièces. La mère se fiche de cette impertinente, qui la défier à plusieurs reprises. Elle avait rompu le deuil en portant une robe fleurie, flirte avec le futur mari de sa sœur, Bernarda la jette sous un tapis comme un vulgaire animal mort qu’on trouverait sur le bord de la route. Cette femme a une absolue maîtrise de tout, et le fait d’avoir donné le rôle à un homme renforce ce manque de douceur. Le seul moment où elle se laisse aller est sa variation où elle danse avec un Christ. J’ai beaucoup aimé cette variation, tout d’abord la musique espagnole, très douce vient atténuer le caractère si dur de cette mère. Elle se met à nu pour danser, pour avoir elle aussi un moment de calme. Kader Bélarbi est très touchant dans cette variation, il lâche son visage et sa danse qui devient liée, souple, une peu plus remplie d’humanité.

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© Laurent Phillipe / Fedephoto.com

La Maison de Bernarda mêle problématiques actuelles, et anciennes,
sur les femmes, sur le deuil, sur le mariage (faut il préférer la raison à l’amour?), sur le suicide. Mats Ek s’approprie la pièce sans en dénaturer l’essentiel. Il suit bien le texte, choque certains, en interpellent d’autres, fait rire, bref c’est une pièce très riche qui mérite une attention particulière tant la lecture peut se faire à plusieurs niveaux.

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© Laurent Phillipe / Fedephoto.com

 Une fois replacée, je peux rester bouche bée devant la deuxième pièce A sort of…C’est donc une sorte de délire, une sorte de rêve, une sorte de voyage, une sorte de petite parenthèse de bonheur. Les personnages évoluent dans une scène en mouvement. Au premier plan sur la fosse d’orchestre, Nolwenn Daniel et Nicolas Le Riche, forme un couple où l’on bouscule les codes de la féminité et de la virilité. Ce premier duo surprenant et réjouissant, où l’on se lave en se frottant avec une chaussure, on met sa femme dans une valise. Nicolas Le Riche toujours aussi impressionnant dans chacun de ses mouvements et expressions. Nolwenn Daniel se montre très élégante dans ses lignes.

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© Laurent Phillipe / Fedephoto.com

Le premier mur se lève, et c’est un deuxième mur bleu turquoise cette fois-ci qui apparaît. Derrière le mur, on joue avec des ballons de toutes les couleurs. On les fait péter. On fait croire qu’on est enceinte jusqu’à ce qu’on nous plante une aiguille et hop ça disparaît. On a des gros seins, ou des grosses fesses ou des grosses testicules. Tout cela n’est qu’un jeu. On se balade dans un décor imaginaire. Les personnages ont une identité sans en avoir une. Le mur turquoise bouge pour fournir une diagonale qui modifie encore l’espace. Comme dans un rêve où l’on passe d’un endroit à un autre, où les personnes que l’on connaît n’ont pas leur apparence, dans ce ballet, c’est exactement cela. Ça saute beaucoup, de façon assez impressionnante. Les danseurs se figent aussi puis repartent.

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© Laurent Phillipe / Fedephoto.com

 Le mur explose enfin la scène est ouverte au maximum ce qui donne une perspective assez folle. La musique est de plus en plus entraînante. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé la musique qui unifie ce tout un peu fou. Parmi les interprètes, je les ai trouvé tous bien, particulièrement Aurélien Houette et Letizia Galloni. J’ai aimé la
chorégraphie où l’on retrouve ces lignes si belles, ces sauts suspendus, de beaux pliés. On fait une boucle puisque l’on revient à la scène du début. Très réussi, très drôle, une bulle de fraîcheur.

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© Laurent Phillipe / Fedephoto.com

  • Distribution du 25 avril 2011 19h30

La Maison de Bernarda

Bernarda Kader Belarbi
La Servante Alice Renavand
La Soeur Ainee Mélanie Hurel
Hunchback Laure Muret
La Jeune Soeur Eleonora Abbagnato
1ère Jumelle Béatrice Martel
2ème Jumelle Christine Peltzer
Un Homme Audric Bezard
Un Technicien Andrey Klemm

A Sort of…

1er Pas de deux Nolwenn Daniel, Nicolas Le Riche
2ème Pas de deux Miteki Kudo, Benjamin Pech
Grey coat Caroline Bance
Swimming pans Nicolas Paul

 

La Maison de Bernarda

Ballet en un Acte
D’après la pièce de Federico Garcia Lorca

Johann Sebastian Bach Musique
et musiques traditionnelles espagnoles
Mats Ek Chorégraphie
Marie-Louise Ekman Décors et costumes
Jörgen Jansson

 

 

A Sort Of…

Lumières

 

 

Henryk Gorecki Musique
Mats Ek  Chorégraphie
Maria Geber Décors et costumes
Ellen Ruge Lumières

 

  • Bonus vidéo

 

Nouvelles de la semaine du 18 avril

Vitrine de la nouvelle boutique Repetto du marais/ Thème La belle au bois dormant

  • La sortie ballet de la semaine : Soirée Mats Ek

Après avoir vu l’exquise répétition avec Ana Laguna il y a quinze jours, voilà que le ballet commence. Je n’ai aps de places, mais je compte bien me rendre à Garnier pour voir cette soirée. La dernière fois que j’ai vu du Mats Ek remonte à sa Giselle, et il est hors de question que je ne vois pas ces deux pièces.

Les distributions de la soirée : 

La maison de Bernarda

Les 20, 22, 23 (14h30), 26, 27, 29 avril 2011

Bernarda José Martinez
La Servante Marie-Agnes Gillot
La Soeur Ainee Ludmila Pagliéro
Hunchback Clairemarie Osta
La Jeune Soeur Charlotte Ranson
1ère Jumelle Aurélia Bellet
2ème Jumelle Amélie Lamoureux
Un Homme Stéphane Bullion
Un Technicien Andrey Klemm

 

Les 21, 23 (20H00), 25, 28 avril 2011

Bernarda Kader Belarbi
La Servante Alice Renavand
La Soeur Ainee Mélanie Hurel
Hunchback Laure Muret
La Jeune Soeur Eleonora Abbagnato
1ère Jumelle Béatrice Martel
2ème Jumelle Christine Peltzer
Un Homme Audric Bezard
Un Technicien Andrey Klemm

 

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© Anne Deniau / Opéra de Paris

 

A sort of…

Les 20, 22, 23 (14h30), 25, 27, 29 avril 2011

 

1er Pas de deux Nolwenn Daniel, Nicolas Le Riche
2ème Pas de deux Miteki Kudo, Benjamin Pech
Grey coat Caroline Bance
Swimming pans Nicolas Paul

 

Les 21, 23 (20h00), 26 et 28 avril 2011

 

1er Pas de deux Séverine Westermann, Vincent Chaillet
2ème Pas de deux Caroline Robert, Jérémie Bélingard
Grey coat Caroline Bance
Swimming pans Samuel Murez

 

  •   La blague de la semaine : Prix et nominations pour le site de l’ONP

Je cite :

« Le 9 mars dernier, l’Opéra national de Paris a lancé un site consacré à la Saison 2011-2012. Tout en vidéo et entièrement animé en flash, ce site vous permet de découvrir la nouvelle saison de l’Opéra au gré de témoignages d’artistes et d’extraits de spectacles.
Comme dans le cinéma, il existe sur Internet des prix récompensant les sites pour leur design et leur ergonomie. Les sites décernant de tels prix sont eux-mêmes devenus de véritables références pour les créatifs en quête d’inspiration. Un mois après son lancement, ce ne sont pas moins de 7 récompenses et 14 nominations qui sont venues distinguer le design et l’aspect créatif de ce site. » La suite sur le site de l’ONP. 

Lire la suite…

 

Et le webmaster qui s’est trompé en mettant la saison en ligne une semaine avant ? On n’en parle pas? Et les bugs du système de réservation ? Et l’incapacité à mettre en lien les données dans votre espace personnel ? Et l’impossiblité de retenir un mot de passe associé à un nom, alors qu’on est tout de même pas sur un site bancaire ? Je continue ? Franchement, il y a des progrès à faire sur leur site (je ne parle pas de l’application Iphone…).

  • Le retour de la semaine : Delphine Moussin sur la scène de l’Opéra de Paris

Sur la toile, les balletomanes ont regretté qu’il n’y ait pas de cérémonie en tant que telle pour les adieux à la scène de Delphine Moussin. La jeune femme se met au théâtre depuis sa « retraite » mais revient sur la scène de l’Opéra Bastille pour quelques représentations de Roméo et Juliette. Elle danse le rôle de Lady Capulet les 11, 26, 28 et 30 avril.

J’ajoute qu’une des lectrices du blog vend une place pour Roméo et Juliette mardi 19 avril en première catégorie, au parterre. Si vous êtes intéressé(e) envoyez moi un mail en
privé je ferai suivre vos coordonnées à cette lectrice.

Delphine Moussin

  • La presse de la semaine

Roméo et Juliette : Ariane Bavelier dans Le Figaro acclame Laëtitia Pujol, Jean-Laurent Poli dans Le Post parle de la force de l’oeuvre de Noureev, Delphine Goater dans ResMusica parle de la version de Thierry Malandain,Et dans le nouvel Obs on parle aussi de cette version comme un Roméo et Juliette magistral.

Le spectacle de l’école de danse : L’Express a suivi les petits rats pendant une journée.

En vrac : La période faste pour les ballets dans Le Nouvel Observateur, sur Pina, l’article de Vogue, l’article de Rue89, de l’Humanité, l’article de Pascal Paradou sur RFI, l’article du Figaro Pina dans le Miroir de Wenders, interview de Wim Wenders dans Paris Match, dans Première, l’article du Monde, du Nouvel Obs. J’en passe et bien d’autres, allez voir le film ce sera plus simple! Vous pouvez aussi podcaster à peu près toutes les émissions d’inter qui est partenaire du film (Eccletik de Rebecca Manzoni, Comme on nous parle de Pacale Clark, Le 7/9, Voulez vous sortir avec moi de Charlotte Lipenska… moi auditrice d’Inter? non juste un peu.. ).

  • La vidéo de la semaine

Mathias Heymann en répétition ! un délice

 

Convergences autour de La Maison de Bernarda

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Entre une dernière répétition et un spectacle, je suis allée pendant ce week end ensoleillé à l’amphi Bastille assister à une répétition absolument passionnante. Ana Laguna mène la danse, elle qui est si proche de Mats Ek puisqu’elle est sa femme. Elle fait répéter José Martinez, pour qui c’est une prise de rôle, Ludmila Pagliero qui danse le rôle de la soeur aînée et Charlotte Ranson qui reprend son rôle de la jeune soeur.

Ana Laguna a demandé à tous les danseurs de relire la pièce de Frederico Garcia Lorca. Je l’ai moi même relue et on peut dire que l’ambiance est bien glauque. Rien qu’en lisant la pièce, on transpire par la chaleur, ce huis-clos vous oppresse, cette femme Bernarda Alba semble vous crier dessus. Il faut lire impérativement la pièce si on veut y comprendre quelque chose. Je n’aime pas dire cela car j’aime l’idée qu’on puisse aller voir de la danse et juste apprécier car c’est du spectacle vivant. Chacun aura son ressenti. Là, la pièce est tellement forte, le texte va éclairer chaque pas. C’est ce que Ana Laguna va faire tout au long de la répétition, donner du sens à chaque mouvement, mettre des mots, décrypter le langage de Mats Ek, qui peut parfois sembler opaque à certains. En faisant relire la pièce aux danseurs, Ana Laguna a voulu qu’ils comprennent pourquoi Mats Ek a fait cette pièce. Il y a beaucoup de problématiques dans ce texte, la situation des femmes, la question de la place de la religion. Souvenir d’une Espagne ancienne mais dont les questions sont souvent actuelles.

On commence par voir la répétition de la première scène. Le père de la famille vient de mourir. Il faut porter le deuil, cela signifie rester enfermé pendant huit ans. L’expression « huis-clos » n’a jamais aussi bien portée son nom ! (L’origine de l’expression ne vient cependant pas de cela..). La mère est devant la tombe. Dans la pièce de Mats Ek, le rôle de Bernarda est joué par un homme. Cette femme est frustrée de la mort de cet homme car il l’abandonne avec 5 filles sur les bras. La jeune soeur est frustrée, car elle a d’autres choses en tête comme rencontrer un homme. Et elle a un homme en tête. La jeune a besoin de vivre. Elle veut partir avec l’homme qui doit épouser la vieille soeur.

Les corrections qu’apportent Ana Laguna aux trois danseurs sont d’abord des émotions à développer ou à atténuer. Elle leur dit toujours, il faut plus de ça, elle leur raconte une histoire, elle fait parler les personnages en même temps qu’ils dansent et c’est souvent très intense. Elle nous fait rire quand elle mélange son français avec de l’anglais, de l’espagnol ou même du suédois. Les « oh shit ! my mother ! » me donne un large sourire. Charlotte Ranson est absolument exquise dans ce rôle. C’est une danseuse que j’apprécie particulièrement. Les trois danseurs étaient merveilleux aujourd’hui. Technique impeccable et ils se plongeaient dans les personnages à une vitesse folle. Je suis très impressionnée par Ludmila Pagliero. Son regard se transforme à la vue de
sa mère, de la dot, de l’homme qu’elle doit épouser.

La deuxième scène qui est répétée est celle d’une autre rébellion de la jeune soeur. Elle décide de mettre une robe de couleur (verte dans la pièce de théâtre), car elle n’en peut plus de porter le deuil. Les autres soeurs sont heureuses dans un premier temps, car elle a la fougue de la jeunesse et donc le courage de couper ce deuil trop long. En même temps ou peu après elles sont jalouses de cette jeune soeur qui elle au moins a le courage de se rebeller. La scène qui suit est donc forcément la punition qui va être infligée à cette fille qui n’obéit pas. Plusieurs fois dans la pièce Bernarda répète cette phrase qu’une fille qui n’obéit pas devient une ennemie. Une fois encore Ana Laguna donne du sens à chaque geste. Rien n’est laissé au hasard.

La dernière scène répétée est celle ou Bernarda se retrouve seule et ouvre le placard où se trouve le Christ. Elle va danser avec cette « poupée » dans laquelle elle place ses espoirs, ses doutes, ses désirs et ses frustrations. José Martinez manie l’objet à merveille. Ana Laguna propose au public de venir essayer de danser avec ce Christ aux bras tordus. Personne n’ose franchir la barrière qui sépare danseurs et spectateurs même si le bonheur de cet amphithéâtre c’est d’être si proche des artistes pour mieux appréhender leur travail. Brigitte Lefèvre interrompt la répétition car je pense qu’Ana Laguna aurait pu continuer des heures son travail minutieux. Elle propose au public de venir regarder les documents qu’elle a apportés. Parmi ces derniers, la pièce de Lorca, le livret du ballet, des peintures de Goya. Répétition passionnante qui me donne très envie de voir cette soirée pour laquelle bizarrement je n’ai pas de places.. je vais y remédier.

 

La maison de Bernarda du 20 au 29 avril à l’Opéra Garnier.

Ballet en un Acte
D’après la pièce de Federico Garcia Lorca

Johann Sebastian Bach Musique
et musiques traditionnelles espagnoles
Mats Ek Chorégraphie
Marie-Louise Ekman Décors et costumes
Jörgen Jansson Lumières

 

Voir les distributions.