François Alu

Le pari audacieux de Samuel Murez

A l’Opéra de Paris, il y a toujours des initiatives individuelles intéressantes. Quoi de plus normal quand on vit au sein d’une telle maison. Samuel Murez y est entré à l’âge de 17 ans. Il danse dans de beaux rôles. On retiendra parmi ceux ci ceux que lui a donnés Forsythe (Approximate Sonata), Laura Scoozy, Mats Ek, Pina Bausch, sans oublier Roland Petit. Mais ce qui préoccupe l’esprit du jeune danseur c’est la chorégraphie. Créer sur les autres, faire ressortir leurs qualités, les mettre dans la lumière. De là, est né 3ème étage. Ce nom, c’est tout simplement celui de l’étage où sont les loges des danseurs. Au départ, un danseur avec cette volonté de mettre ensemble des brillants artistes et de créer quelque chose de nouveau, qui tire la tradition vers la modernité. Au départ, des spectacles qui ressemblent fort à des galas. Puis, une forme nouvelle s’impose avec un spectacle. Désordres, est un tout. Ce ne sont plus des pièces ou extraits isolés que vous verrez au théâtre de Rueil, mais bien un spectacle pensé de bout en bout par l’équipe de Samuel Murez. Ce nouveau spectacle est complètement auto-produit et c’est un nouveau défi que s’est donné le danseur-chorégraphe. Il a loué pour 4 jours le théâtre André Malraux à Rueil-Malmaison. Cet été, il retourne au Jacob’s Pillow Dance Festival pour la deuxième fois. Toutes les dates là-bas sont pleines, les Américains en redemandent ! La qualité du programme n’est plus à démontrer, aux Franciliens de le découvrir ce week-end.

Avant la dernière de la soirée mixte à Garnier, rendez-vous avec Samuel Murez au restaurant de l’Opéra. Rencontre avec un artiste passionnant.

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Comment passe-t-on de la danse classique à la création d’une compagnie ?

La danse classique st une forme qu’on a apprise depuis tout petit. On a appris comment doit être notre corps, dans quelle position doit être, qu’est ce qui se passe dans notre corps à ce moment là. Ce sont des idées qui sont ancrées en nous, très précises. Et en même temps, juste avec ces idées là, on ne peut pas faire grand chose d’intéressant. Il faut donc avoir une part de transgression et de folie, qui vont être nécessaires à la créativité. Une pièce avec que des règles et de l’ordre, c’est nul, le contraire, une pièce qu’avec de la folie c’est nul aussi.

J’aime le cinéma, la mise en scène. J’aime que tout soit impeccable pour faire un vrai spectacle avec des effets. C’est pour cela qu’est né 3ème étage.

De quelles contraintes partez-vous pour créer une pièce ?

La contrainte est justement tout le thème du spectacle ! Je joue sur le mot « désordre ». Des ordres et du désordre. Quand on travaille ensemble, au départ c’est très classique, assez virtuose et assez réglé. Après je questionne un peu tout cela, les habitudes, les attentes que l’on peu avoir. Les personnages que je crée évoluent et interagissent avec les danseurs. On arrive vers des formes moins ordonnées, mais cela peut être aussi dans le déroulement du spectacle, avec des parts d’improvisation.

La reproduction en danse ce n’est pas intéressant. Il y a toujours quelqu’un qui a fait mieux ou différemment. La chose qui m’intéresse c’est quand j’ai l’impression que rien n’est écrit et que l’interprète est en train de recréer quelque chose. Je travaille sur l’intention et sur l’effet théâtral.

Comment faites-vous pour mettre les danseurs dans cet état qui fait qu’ils puissent créer dans une chorégraphie écrite ?

Je travaille sur les effets. Je vais changer la musique ou la lumière ou même la chorégraphie jusqu’à ce que l’effet que j’ai en tête soit atteint. Il y a beaucoup de paramètres, il faut tout régler au millimètre, surtout quand on change de salle, qu’on n’a pas l’éclairage qui va bien, etc. Il y a donc forcément une part de liberté pour les danseurs, et cela permet qu’ils se surprennent eux-mêmes.

Qui sont ces danseurs qui sont avec vous dans cette aventure ?

Des artistes que j’admire beaucoup. Chacun à sa façon a du génie. Mais pas seulement parce qu’ils font bien des pas, ça ce n’est pas intéressant. Ils m’emmènent très loin. Pas tous par la même chose. Josua par exemple, c’est par sa précision, sa rigueur, sa pureté d’intention, de retenue. Ludmila, par son obsession du détail. Il y a des choses chez eux qui me touchent. Pour moi, ils sont différents. Ils ont quelque chose en plus. Takeru est un homme de théâtre, capable d’emmener toute une salle avec lui. C’est une vraie star, il fait vivre des personnages d’une façon extraordinaire. Il captive le public. Hugo sait quant à lui un rôle de soliste brillament.

C’est la première fois que le spectacle est auto-produit. L’intention est donc différente des précédents spectacles …

J’ai voulu faire quelque chose de différent. Je voulais être proche de Paris pour ce premier spectacle. Je veux amener un public différent. Le but c’est d’avoir une expérience différente de la danse. Quand on va voir un film, il y a tout un univers autour du film. Les trailers, les affiches, les bandes annonces, les rumeurs, puis vient le making off, les bonus. Les spectateurs interagissent avec cela. Dans la danse, ce n’est pas le cas. Je voulais donc que le public qui vienne ne débarque pas au hasard, juste pour aller au théâtre. Je veux faire naître la curiosité et l’envie. Je veux que la danse dialogue avec les gens de la société, pas qu’elle soit cloisonnée dans les 4 murs d’un théâtre. L’artiste d’aujourd’hui ne doit plus être dans sa tour d’ivoire, il doit s’ouvrir au monde extérieur. C’est pour cela que j’ai fait des bandes-annonces dans les cinémas, pour créer du lien avec le public, faire des conférences, faire une vraie expérience du spectacle.

Comment s’organise le travail de 3ème étage ?

On travaille dès qu’on a du temps de libre. J’y passe personnellement tout mon temps libre. Le matin, les jours off, les week-ends.

C’est un vrai travail de groupe. Je prends les idées de tout le monde. Je ne m’assois pas avec une feuille blanche. J’ai un groupe de folie, mon ingé son est formidable, les musiciens avec lesquels je travaille me font des créations géniales. Mon éclairagiste comprend tout de suite où je veux en venir. Je fais appel à des accessoiristes, des costumières. On travaille ensemble, toute l’année. On se connaît bien. Du coup, les situations qu’on vit ensemble, dans les moments nombreux que l’on partage peuvent se retrouver dans une pièce. Une galère, un moment de joie, peut donner quelque chose en scène. Chacun donne des idées. Il faut beaucoup de mauvaises idées avant de trouver une bonne. L’œil de chacun est intéressant.

Le groupe s’enrichit ensemble. Je crois que quelqu’un comme François Alu s’est beaucoup construit aussi grâce au groupe. Il a regardé le travail de Josua pendant longtemps. Il a écouté les nombreuses corrections. Le groupe laisse peut être le temps d’éclore des choses. A l’Opéra, cela va vite et moi je veux prendre le temps de créer. Une création peut mettre un an à se faire, si elle doit se transformer, de spectacle en spectacle, il faut prendre ce temps. Des fois, il y a des choses qui ne sont pas prêtes. Il faut essayer, refaire, reprendre, aller en plateau, travailler en résidence, réessayer.

De votre travail, on a vu des extraits aux Danseurs-chorégraphes. C’est un travail très abouti ou on sent une grande rigueur. Comment parvenez-vous à ce résultat ?

Je suis un obsessionnel du détail. Il faut que tout soit en place. La lumière, la mèche de cheveux du danseur au fond côté cour de la scène, la façon aussi de se placer dans la lumière. Tout cela est très important. C’est ce qui fait la réussite. Je suis très exigeant, mais je crois que mes danseurs le sont aussi par conséquent. Je leur demande beaucoup, je leur demande de chercher tellement loin, mais pour créer quelque chose qui soit digne d’eux.

Pour créer quelque chose d’intéressant, qui mérite d’être retenue par le public, comme ont pu l’être les Ballets Russes, il faut du temps, de la liberté, des gens créatifs, de la confiance.

Vos pièces sont très efficaces. On ne s’y ennuie pas et on reste captivé par les personnages, comme dans la pièce Le Rêveur. Comment concevez-vous la trame d’une pièce ?

Je suis aussi dans l’économie. Dans la danse, les gens ont l’impression que plus c’est long, mieux c’est. Mais c’est faux. Des fois on voit une bonne idée d’une minute et la scène dure un quart d’heure. La bonne idée devient de l’ennui car on l’a étirée. Au cinéma, on filme des heures, et puis on coupe pour arriver à 1h40. C’est sain narrativement. J’essaie toujours de réduire le temps. Je vois qu’une pièce fonctionne quand elle perd du temps et que les idées s’enchaînent sans longueurs. J’aime que les pièces soient compactes. Par exemple, Me2 a perdu une minute. Il faut jeter une partie, tout n’est pas bon dans ce que l’on crée. Je veux raconter une histoire aux gens, il faut qu’ils restent dans l’attente de quelque chose, comme quand on voit un film au cinéma.

Comment gérez-vous votre temps entre l’Opéra et ce projet ?

J’adore l’Opéra. C’est une maison extraordinaire. Elle n’a pas son pareil dans le monde entier par plein d’aspect. C’est un honneur d’être là, je ne le perds jamais de vue. Le projet est un autre investissement. Mais ce n’est pas contradictoire. Cela ne s’oppose pas. Au contraire. J’ai l’impression de faire vivre la tradition de l’Opéra avec ce projet. L’opéra m’a formé. J’ai appris à chorégraphier avec tous ces grands noms de la danse, que sans l’Opéra je n’aurais jamais rencontrés. J’y ai appris la rigueur. Je ne rejette pas cela, je prends du recul et je le questionne. Je crois que c’est aussi comme cela que les traditions vivent.

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Désordres, un spectacle de Samuel Murez du 8 au 12 juin 2013 au Théâtre de Rueil-Malmaison

Lumières : James Angot
Son : Jérôme Malapert
Avec : Ludmila Pagliero, Josua Hoffalt, François Alu, Léonore Baulac, Takeru Coste, Laura Hecquet, Jérémy-Loup Quer, Fabien Révillion, Lydie Vareihles et Hugo Vigliotti.

Nouvelles de 2013 n°14

Cette soirée au T.C.E. fut sans doute la plus belle depuis plusieurs mois. Quels sacres ! Voir celui de Nijinsky, a provoqué une émotion particulière, qui n’était rien face à celle ressentie devant le Sacre de Sasha Waltz… Relire ma chronique, clic

Ma semaine fut plutôt studieuse, et j’ai fui les salles de théâtre (si, si c’est possible). Je voulais aller au cinéma, je n’ai pas pris ce temps j’espère en avoir le temps cette semaine. Allez cette semaine va être explosive, voilà trois spectacles que je vais découvrir, faîtes en donc de même !

  • Les sorties de la semaine

On poursuit le Centenaire du TCE  avec la venue à Paris du Tanztheater wuppertal de Pina Bausch, qui vient danser le Sacre du printemps. Sans doute une des plus belles chorégraphies sur cette musique, celle en tous les cas qui ne peut vous laisser indifférent. Au sol, de la terre noire, sur laquelle la danse devient transformée. Les corps semblent sortir de terre, elle leur colle à la peau. On est emporté jusqu’à une danse de l’élue qui vous prend au coeur.
Relire ma chronique sur le ballet donné à Garnier, clic
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Sacre Pina

Dans un tout autre genre, on va à la Villette pour découvrir un spectacle tout à fait original, We were horses de Carolyn Carlson et Bartabas. Pendant un mois et pour fêter le 10ème anniversaire de l’académie équestre de Versailles, Bartabas s’installe à la Grande Halle de La Villette pour un mois du 7 au 30 juin. Le spectacle est né de la rencontre des deux artistes. 16 danseurs, 9 écuyers pour vous emmener dans une féerie toute particulière. Autour du spectacle, des matinées sont organisées pour découvrir le travail des écuyers, qui comme celui des danseurs, est une discipline quotidienne. Des ateliers pour les enfants et des soirées sont organisés. Les cinéma MK2 Seine et Loire organisent eux aussi des séances autour du travail du plus célèbre des écuyers.
A noter, sur Twitter, vous pouvez gagner 2×2 places en « retweetant » le tweet du concours. Tirage au sort, mercredi.
Plus d’infos et réservations, clic

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Enfin direction Rueil Malmaison pour découvrir ou redécouvrir la compagnie 3ème étage de Samuel Murez, danseur de l’Opéra de Paris. Il a eu ce besoin vital de créer cette troupe pour prendre le temps de chorégraphier, de faire des choses différentes du travail à l’Opéra. Entouré de danseurs de l’Opéra, Ludmila Pagliero, Josua Hoffalt, Jérémy Loup Quer, Takeru Coste, François Alu, Laura Hecquet, Léonore Baulac, Lydie Vareilhes, Hugo Vigliotti, Fabien Révillion. Le spectacle Désordres est donné au théâtre André Malraux du 8 au 12 juin. On y découvrira des pièces déjà dansées par la compagnie et de nouvelles créations. A noter, cet été la compagnie participera au très prestigieux Jacob’s Pillow Festival.
Réservations www.3e-etage.com/tam ou 01.47.3.24.42.

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  • La photo de la semaine : Aurélie Dupont et Jérémie Bélingard par Christian Lartillot

Aurélie Dupont et Jérémie Bélingard par Christian Lartillot

  • La vidéo de la semaine

Digression toute personnelle, un très bel anniversaire cette semaine, à la femme que j’aime le plus au monde, ma maman.

 

Danseurs chorégraphes édition 2013

Ce type de soirée devrait être organisée bien plus souvent tant les personnalités des artistes de la compagnie sont intéressantes et singulières. Chacun a montré un langage bien particulier, une atmosphère, un style. Narratifs ou abstraits, les pièces présentées ont ravi les spectateurs.

Saluts danseurs chorégraphes

La soirée s’ouvrait avec Premier Cauchemar de Samuel Murez. Chorégraphe désormais confirmé et reconnu, sa compagnie 3ème étage est de grande qualité. Tout comme l’extrait de cette pièce. Fumée blanche, lumière bleutée, un homme en pyjama, les cheveux ébouriffés se retrouve entouré d’une armée de cols blancs, aux yeux figés, presque sanguinaires. Ils vont le harceler, tel des automates mués par un seul objectif. C’est admirablement réglé, rien n’est laissé au hasard. Les passages de groupes avec les mallettes de travail sont très bien ficelés. Des lignes de danseurs se succèdent avec une utilisation de l’espace inventive. Murez a l’intelligence de la construction des ensembles. On se croirait dans l’apprenti sorcier avec cette oppression des hommes en costumes, mais qui est amusante pour le spectateur. C’est très réussi, trop court, il faudra donc absolument voir la pièce en entier.

Interprètes : Hugo Vigliotti (Le Rêveur / Alfred), et Lydie Vareilhes, Laura Bachman, Léonore Baulac, Leila Dilhac, Claire Gandolfi, Camille de Bellefon, Emma d’Humière, François Alu, Jeremy-Loup Que, Antonio Conforti, Takeru Coste, Niccolo Balossini, Axel Alvarez et Loïc Pireaux (les bureaucrates).

Premier cauchemar

On passe dans un autre registre, complètement différent, et plus abstrait avec Deux à deux du jeune Maxime Thomas. On est ici dans la recherche de la forme. Le couple évolue ensemble. Au début, ils ne se regardent pas. Puis, ces deux êtres vont entrer en osmose. Les formes très rectilignes s’adoucissent sans perdre leur qualité. Les danseurs dansent comme les notes passent d’une ligne à l’autre sur la partition. Cela se complexifie à mesure qu’on avance, sans que le spectateur ne se perde.

Interprètes : Letizia Galioni et Maxime Thomas.

Letizia Galloni, Maxime Thomas dans Deux à deux

En attendant l’année dernière, est une pièce très graphique. Fond rouge, seule l’ombre de Lucie Fenwick apparait. A la fois élégante et imposante, elle déploie ses bras tels des ailes. Les formes se répètent, puis le corps disparaît dans une lumière éblouissante. On vit une belle expérience visuelle. Grégory Gaillard fait ensuite évoluer Lucie Fenwick dans l’espace, toujours avec une répétition des gestes. C’est très doux, presque suave par moment, plein de poésie.

Interprète : Lucie Fenwick.

Kaléidoscope est une pièce « signature ». Allister Madin a construit ce Kaléidoscope en 4 volets, qui lui ressemblent beaucoup. Le 1er tableau avec Fanny Gorse est très beau. Elle, sublime dans ce costume de mousseline noire transparente, bouge, très sensuelle. Les mouvements du tissu font à eux seuls chorégraphie. Les teintes d’Espagne ajoutent du piquant à ce solo enivrant. J’ai beaucoup aimé le dernier volet de cette pièce. Les garçons tenaient une corde blanche tendue, tandis que les filles dansaient à cette corde comme on danse à une barre. Ambiance très sombre, seule la corde étaient éclairée et les jeux de lumières avec les corps des filles plongeaient le spectateur dans une ambiance à nouveau très sensuelle et plein de volupté. On ne peut s’empêcher aussi de penser aux pièces de Decouflé, et à celle qui porte le même nom. Allister Madin travers un univers puis un autre, danse, cirque, jeux de lumières, tout cela se mélange dans une forme nouvelle.

Interprètes : Fanny Gorse, Caroline Osmont, Gwenaëlle Vauthier, Camille de Bellefon, Allister Madin et Hugo Marchand.

Fanny Gorse dans Kaleidoscope

J’ai adoré Smoke Alarm de Julien Meyzindi, surtout pour les mouvements choisis et la matière dans laquelle ils étaient produits. Un homme pyromane se détache de son addiction par amour pour une femme. La danse était très en tension, avec des arabesque qui faisaient office de respiration. Les gestes étaient très dessinés dans l’espace, le pas de deux était très fluide. On sentait beaucoup de travail et de répétitions. Rien n’avait été laissé au hasard, chaque pas était mûrement réfléchi, pour faire sens dans la sortie de la caverne de cet homme fou qui s’assagit par amour. J’ai été transporté par le style de Meyzindi, élégant et princier, comme l’est le danseur.

Interprètes : Alice Renavand et Alexandre Gasse.

Alexandre Gasse dans Smoke Alarm

Encore un changement d’atmosphère Songes du douanier d’Alexandre Carniato et Morgane Dragon. On s’installe dans un tabelau du Douanier Rousseau. Animaux et oiseaux se déplacent dans cet univers. On ne voit que les jambes de Letizia Galloni, transformée en un paon magnifique. Les personnages se font tantôt animaux, tantôt charmants gens du monde discutant en mouvement. Aurélien Houette y est, comme à son habitude troublant, tant il est capable de s’approprier tous les langages. Ce rôle lui donne à nouveau un visage fascinant. Charlotte Ranson est délicieuse, et Carniato prend une allure très animale et juste pour mener cette petite troupe. La pièce porte bien son nom ; ce songe nous balade à travers les couleurs d’un tableau.

Interprètes : Letizia Galloni, Charlotte Ranson, Aurélien Houette et Alexandre Carniato.

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La dernière pièce présentée, Stratégie de l’hippocampe de Simon Valastro,
met en scène une famille avec leur chien. On se croirait dans un film tant les costumes et l’ambiance est bien réalisée. La pièce présente les différents rapports qu’il peut exister dans une famille qu’on ne choisit pas. Beaucoup d’amour peut y naître, beaucoup de désamour aussi. On assiste au repas où les enfants se disputent (Eleonore Guérineau est une petite fille telle qu’on pourrait se l’imaginer dans les livres de la Comtesse de Ségur), au deuil de la mère, incarnée par Eve Grinsztajn, qui s’illustre avec beaucoup de grâce  dans un long solo, très bien écrit qui retrace avec brio, les pensées noires, qui habitent l’esprit de cette femme. Il faut également saluer la prestation de Jean-Baptiste Chavignier

Interprètes : Eve Grinsztajn, Éléonore Guérineau, Alexis Renaud, Hugo Vigliotti et Jean-Baptiste Chavignier.

Stratégie de l'hippocampe

Très jolie soirée, on espère que sous l’ère Millepied ce type de soirée se renouvellera, puisque c’est son souhait de créer un espace de création pour que les artistes puissent exprimer aussi leur idées chorégraphiques. Une belle édition cette année en tous, qui mériterait plus de lumières et de dates. Un seul petit regret, aucune danseuse ne s’est essayé à l’exercice. Peut-être dans deux ans !

Prix de la danse AROP : François Alu & Charlotte Ranson récompensés

Vendredi 23 novembre, rendez-vous au Grand foyer de l’Opéra Garnier pour la remise des prix de la danse de l’Arop. L’occasion de rencontrer les artistes, d’échanger et de boire une coupe de champagne.

Chez les filles, les membres de l’Arop ont élu la très jolie Charlotte Ranson. La danseuse commence sa carrière de danseuse à l’école de danse de l’Opéra de Paris en 1996. Elle est engagée dans le corps de ballet en 2002. Elle est coryphée depuis 2006 et, très vite remarquée par les grands chorégraphes contemporains, elle est choisie pour des rôles de soliste. Magnifique dans le plus jeune sœur de La maison de Bernarda de Mats Ek, évanescente dans le rôle de l’Amour dans Orphée et Eurydice de Pina Bausch, sa grâce et son élégance naturelle ont séduit le public depuis longtemps. Elle reçoit le Prix Carpeaux en octobre 2003. Dans son discours, elle tient à remercier le public et ces grands chorégraphes qui lui permettent de vivre son rêve, ce qu’elle aime le plus au monde, danser et être sur scène.

Chez les garçons,  François Alu, jeune danseur fougueux de la compagnie, révélation du concours interne de l’an passé. Il avait dansé un merveilleux Solor, le public avait frémi. Cette année encore, nous avons eu le droit à un grand danseur, qui a brillé lors du dernier concours de promotion. François Alu a commencé la danse avec sa mère. Il entre à l’école de danse en 2004 et il intègre le corps de ballet en 2010. A tout juste 19 ans il impressionne le public, c’est le phénomène de l’Opéra. Sa technique brillante, son appréhension des rôles, en fait un des excellents solistes de la compagnie. On a pu le voir dans l’idole dorée dans Bayadère, dans Alain dans La Fille Mal Gardée ou dans le chef des mendiants dans L’histoire de Manon. Vous pourrez le voir danser dans le chef des gitans dans Don Quichotte, sur scène jusqu’au 31 décembre. Il a reçu le Prix Carpeaux en 2012 . Dans son discours, il prend conscience de la chance qu’il a, d’être dans cet élan de bonheur. Il remercie ses proches et la directrice de la danse, avec qui il peut être en désaccord, mais avec qui il a une relation sincère.

Nouvelles du 19 novembre

La semaine dernière, pas de nouvelles de la semaine. Trop de travail, pas assez de sommeil, en somme pas le courage d’écrire. J’ai vu beaucoup de choses, des bonnes et des moins bonnes.

Côté danse, j’ai assisté au concours de promotion de l’Opéra de Paris qui a fait bien des remous comme tous les ans. Relire mes impressions, clic et clic. Je suis allée à la séance de travail de Don Quichotte, où Ludmila Pagliero m’a bluffée. Séance rythmée par Clothilde Vayer qui fait reprendre les variations. Le chef met une bonne ambiance et s’assure que les tempi conviennent aux danseurs. La soirée qui a fait mon bonheur fut Medea de Dusapin chorégraphié par Sasha Waltz. Spectacle fascinant, tout en tension, chorégraphie et chant se rejoignent pour émouvoir le spectateur et toucher ce qu’il a de plus caché dans notre âme. A relire, ici.

Côté théâtre, j’ai vu une pièce bien connue, mais dans une mise en scène originale. Übü Kiraly au théâtre de l’Athénée a été montée par Alain Timar et jouée par la troupe d’acteurs du théâtre hongrois de Cluj. L’inventivité de la pièce réside dans un rouleau de papier. A chaque scène, le papier prend forme. Il devient décor, une table, un tapis, accessoires, des chapeaux, des armes, costumes, robes en tous genre et surtout, le papier permet de transformer les corps. Ainsi chaque femme, avec une implantation mammaire en papier devient Mère Übü et chaque homme avec de l’embonpoint en papier devient père Übü. Le tout sur des sons de fanfare et dans la bonne humeur. Un régal.

Côté lyrique, hormis le Medea de Dusapin, qui vous l’aurez compris m’a beaucoup touchée, je suis allée à la remise des prix lyriques de l’AROP. Ce qui fut fort agréable car nous étions cette année reçus à l’Opéra et le récital était réjouissant. Parmi les airs qui m’ont touchés, on retiendra Andriy Gnatiuk qui a emmené le public avec La Calunnia, extrait du Barbier de Séville. Olga Seliverstova montre de belles qualités et un joli timbre de voix dans l’air de Lucia, mais le meilleur de la soirée fut pour moi le duo entre la gagnante du prix cette année, Ilona Krzywicka et Michal Partyka qui ont chanté la scène finale d’Onéguine, accompagnés par la délicieuse pianiste Alissa Zoubritski dont les mains filaient avec grâce sur le piano.

Côté cinéma, j’ai d’abord été très déçue par le film de Sandrine Bonnaire, J’enrage de son absence, qui m’a semblé brasser beaucoup d’air pour au final laisser le spectateur dans le vide, sans vraiment trouver du sens à toute cette histoire. J’ai été enthousiasmée par le dernier James Bond, Skyfall, de Sam Mendes. C’est beau, bien écrit, bien mené, superbement joué entre Javier Bardem et Daniel Craig. Je me suis laissée charmée par Rengaine, de Rachid Djaïdani. La petite rengaine du racisme qui frappe tous ceux qui ont des préjugés, la rengaine de ce frère obsédé par le fait que sa sœur se marie, le film est souvent criant de vérité, montrant les contradictions de chacun, les doutes pour mettre l’amour en condition suprême de la paix. La réalisation caméra à l’épaule m’a gênée, sans doute parce que pas habituée à ce que cela bouge tout le temps.

Côté expos, j’ai un peu traîné dans le marais pour le mois de la photographie. Il y a beaucoup d’expositions à voir, gratuites pour la plupart, fouillez et faîtes votre choix, clic. J’ai fait aussi un petit séjour en Espagne pendant lequel je suis allée découvrir la maison de Dali à Port Lligat et le musée théâtre à Figueres. Je me suis régalée entre les peintures, les objets, les sculptures, les bijoux. J’ai maintenant hâte de voir l’exposition qui aura lieu en 2013 à Beaubourg.

  • Les sorties de la semaine

Don Quichotte a commencé depuis la semaine dernière à l’Opéra Bastille. Ce grand ballet classique, chorégraphié par Marius Petipa, remonté par Rudolf Noureev, est immanquable. Entre le piquant de l’Espagne, la douceur des rêves de Don Quichotte, vous passerez assurément un moment inoubliable. Il y a de nombreuses distributions, une bonne occasion de découvrir les artistes de la compagnie et leur façon d’interpréter les personnages de cette fresque théâtrale.

Plus d’infos et réservations, clic.

Le Junior Ballet classique présente son spectacle au CNSMDP. Le junior Ballet présente cette année une création de Marie-Claude Pietragalla, commandée pour le junior Ballet, Le chant du compagnon errant, de Jiri Kylian, et Plainspoken de Benjamin Millepied. C’est une manifestation gratuite, il suffit de réserver par mail ou de venir le jour même un peu en avance. Plus d’infos et réservations, clic.

Mathilde Monnier investit Chaillot du 21 au 24 novembre avec Soapéra. Elle s’est associé au plasticien Figarella, qui a mis sur scène une sorte de mousse dans laquelle les danseurs vont se frayer un chemin, se cacher pour mieux en ressortir.
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Pierre Rigal continue son cycle de spectacles au Rond-Point. Cette semaine c’est avec Le Théâtre des opérations. « Cette guerre est violente, elle est enivrée de plaisir et de drôlerie.
« Neuf créatures à poils longs et soyeux, et aux yeux rouges, évoluent dans une rêverie lunaire. Distorsion du temps et de l’espace. Des êtres hybrides s’y déplacent. Robots, pompiers, monstres élégants ou animaux d’un conte atmosphérique, ils avancent, explorent le monde.  »
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Toujours au Théâtre du Rond Point, May B est le chef d’oeuvre de la chorégraphe Maguy Marin.

« Clodos célestes ou fées embourbées, dix corps aux visages blafards dansent. Ils racontent la drôlerie de l’impossibilité d’être ensemble. Ils se meuvent dans l’incapacité tragique à rester seul. Le quotidien, sublimé, fait se heurter des corps abîmés dans le clair-obscur étrange d’une vie qui tient et persiste avant la fin. Dix humains en bande, en meute, se heurtent, circulent, se cognent. Quelques mots seulement, gueulés, chantés : « Fini, c’est fini. Ça va finir, ça va peut-être finir. »  »
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  • La remise de prix de la semaine

Le Prix Arop sera remis vendredi dans le foyer de la danse à Charlotte Ranson et François Alu. Le Prix de l’AROP est une reconnaissance des membres de l’association, du travail et du talent d’un danseur. Il fait suite à un vote; où chaque membre a une voix pour une danseuse et une voix pour un danseur. Les membres votent à partir d’une liste préétablie.


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 Alta Musica

  • En vrac

Repetto se lance dans le prêt-à-porter. Photos et teasers vidéo à voir ici.

Clairemarie Osta est devenue officiellement directrice des études chorégraphiques au CNSMDP.

Allister Madin a mis sa vidéo du concours en ligne, AREPO, clic.

Le magazine Danser cherche un repreneur. La nouvelle version n’a pas suffit à relancer le magazine. La presse écrite vit décidément des heures bien sombres.

  • La vidéo de la semaine

Sarah Kora Dayanova dans la reine des Dyades, Don Quichotte.