CNSMDP

Le bal dans l’oeuvre de Marius Petipa, conférence dansée au CNSMDP

Cnsmdp

Toujours passionnantes les manifestations du CNSMDP, gratuites de surcroît c’est vraiment le moyen d’accéder à des présentations de qualités, quelque soit la discipline. Je suis donc allée voir cette conférence dansée sur le bal dans l’oeuvre de Marius Petipa. J’y ai retrouvé Amélie et on y a passé un super moment. Pour info, le CNSMDP fera des journées portes ouvertes le 8 et le 9 avril. Je vous donnerai très vite le programme.

Je vous retranscris d’après mes notes et le brouhaha de mon « dictaïphone » (oui mettre son dictaphone et écrire en même temps sur un carnet = mauvais idée). J’ai mis des vidéos mais la qualité laisse à désirer, donc c’est si vraiment vous ne voyez pas du tout de quoi je parle.

Cette conférence est le résultat d’une collaboration entre le CNSMDP et le CND où vous pouvez d’ailleurs voir une superbe exposition sur les bals à travers les âges. En 2010 nous avons célébré le centenaire de la disparition de Marius Petipa. Il n’y a pas de grande compagnie au monde qui n’ait pas des ballets de Marius Petipa à son répertoire.

Karsavina avait une opinion précise de Marius Petipa  » C’est un chorégraphe classique de la première importance qui a protégé l’art du ballet. Il est un trait d’union entre le ballet romantique et le ballet du 20ème siècle. »

Il y avait chez ce chorégraphe une puissance de la création. C’est la première raison pour laquelle nous avons choisi ce chorégraphe.

La deuxième raison, c’est qu’il n’y a pas un ballet de Marius Petipa sans une scène de bal.Il a vécu à la cour de Madrid, puis à la cour des tsars. Il connaît bien les bals des cours d’Europe.

Le bal est comme une expression d’un savoir vivre de la classe dominante. Cette pratique s’est ensuite étendue aux bals payants, puis aux bals populaires. C’est dans les fêtes villageoises que les danses traditionnelles se sont développées. Ces danses sont chères à Petipa.

Aujourd’hui nous allons voir de la danse de caractère, de la danse de semi-caractère et de la danse académique pure. Trois langages chorégraphiques différents.

***

On commence par la Mazurka de Raymonda, qui est très particulière. Elle n’existe pas dans la version de Noureev. C’est une vraie mazurka royale. On nous donne des clefs de
lecture. Olga Volganova s’installe au piano pour accompagner Jeanne et Hugo qui vont nous montrer quelques pas pour décrypter le langage de ces danses.

Le pas de botte : cela couvre un peu tout le vocabulaire des danse de caractère.

Le pas couru.

Rolugiets (absolument pas certaine de l’orthographe) : cela vient d’une danse polonaise, cela ressemble au galubietz (de même pour l’orthographe), c’est un pas chassé, on frappe les talons, puis posé posé. Une sorte de cabriole. On renforce le pied dans un second temps.

La talonnade est une clé comme un point à la fin d’une phrase. Il y a beaucoup de talonnade dans les danses militaires. Ils portaient des éperons qui tintaient. Suivant son rang, les éperons étaient faits dans différents matériaux et donc ils tintaient différemment.

Le pas de gala est un pas très glissé.

Le pas boiteux est une sorte de pas chassé.

Place maintenant à cette fameuse Mazurka !

***

On continue avec Paquita de Marius Petipa. C’est un ballet crée en 1846 par Mazilier pour l’Opéra de Paris. Le succès est immédiat. En 1881, le ballet est remanié. Le
pas des manteaux est la seule danse qui est gardée. Le pas de toris du 2ème acte y a révélé Nijinsky et Pavlova. C’est un grand divertissement. La mazurka est une polonaise, traditionnellement dansée par des élèves. En fait elle est très difficile. Pour les garçons c’est un vrai pas de gala. Ce fut le premier rôle de Nijinsky et son premier succès. Les élèves vont danser la version de Saint Pétersbourg.

Visuel-spectacles-0175.JPG

***

On poursuit avec la Danse des coupes du Lac des cygnes.Tout le monde connaît les grandes qualités du Lac des cygnes. Il a des thématiques universelles que l’on retrouve
dans les merveilleux contes. C’est un véritable scénario musical. Il y a très peu de pantomime car la musique est très narrative. En 1875, la partition a été écrite en urgence. Quand Petipa reprend la partition, il prend aussi celle d’Ondine qui devient le thème du cygne, notamment dans le pas de deux du IIème acte. Petipa écrit les actes 1 et 3, Ivanov 2 et 4. En 1895, c’est un succès. Gorsky rajoutera dans sa version le bouffon. Vaganova les 32 fouettés. Bourmeister transformera la tragédie en fin heureuse. Il y a beaucoup de pas de polonaise dans cette danse des coupes.

La version présentée est celle du Marinsky.

SPECTACLES-VUS-0180.JPG

***

On termine avec un bal dans une danse plus académique, puisqu’il s’agit du prologue de La Belle au bois dormant, là où les fées entrent.

La version présentée est celle du Marinsky. Il n’y aura que trois fées présentées : Lilas, Miettes, et Candite.

Claire Teysseire se démarque beaucoup, elle est superbe en fée lilas. Je vous mets MAG parce que cette variation je peux vous dire qu’en ce moment je la connais bien !

 

C’était vraiment passionnant ne manquez pas les portes ouvertes ce week-end !

Conservatoire de Paris – salle d’art lyrique

Étudiants de 1ère, 2e, 3e et 4e années classiqueRoxana Barbacaru, direction artistique et présentationEn partenariat avec le Centre national de la danse.

Inspiré par la vie de la haute société russe, Marius Petipa a intégré dans presque tous ses ballets une mise en scène des bals de la “saison d’hiver“, ainsi que des divertissements de caractère, typiques de l’école russe. Les danseurs du Cnsmdp mettent en lumière ces aspects de l’œuvre du chorégraphe à travers des extraits de ses ballets les plus connus.

Marius Petipa (1818-1910), Extrait de danses de bal issues de Raymonda, Paquita, le Lac des Cygnes et La Belle au Bois Dormant.

Spectacle du Junior Ballet du CNSMDP

P1010833.JPG

Depuis la rentrée j’avais ouï dire qu’il fallait aller voir danser le Junior Ballet pour deux raisons. D’abord parce que c’est une excellente troupe de danseurs et ensuite parce nos chers étoiles José Martinez et Marie Agnès Gillot avaient crée deux pièces pour eux. Ne pouvant avoir de places (que sur invitations grrr) pour le spectacle de la Villette, je fouinais tel un petit rat, les programmes afin de pouvoir les voir. Pour info, ils passent au Kremlin bicêtre et cela vaut vraiment le coup. Je suis allée les voir à Brunoy au théâtre du Val d’Yerres, très beau théâtre tout neuf, à deux minutes de la gare (pour les parisiens) à l’occasion de la quinzaine de la danse.

 

La première pièce est signée de la griffe de José Martinez. Autant j’adore Les enfants du Paradis qui est pour moi un des chefs d’oeuvres de l’Opéra de Paris, autant cette pièce est une étude d’un ennui… En fait j’ai eu l’impression que les danseurs faisaient leur barre. C’est propre, c’est soigné mais ce n’est pas dansé. Disons que cela permet de voir les qualités techniques des élèves à défaut de leurs qualités artistiques.

 

Le deuxième pièce a été un moment douloureux… Taylor est un chorégraphe qui fait partie de la génération Cunningham. Malheureusement il ne m’a pas touché comme me touchent les ballets de ce dernier. Les lignes étaient rigides, les bras en V tout le long du spectacle enferment les danseurs dans une esthétique qui semble les faire souffrir et qui en outre m’ennuie profondément. Ces 17 minutes m’ont semblé le double..

Voilà enfin ce que j’attends la pièce de Marie Agnès Gillot. La pièce s’appelle Artère et joue sur tous les sens du mot. Sur scène défilent des couples de plusieurs âges qui semblent appartenir à des époques différentes. Il y a une vraie réflexion sur la relation de couple qui se décline en passion, violence, tendresse, indifférence, je ne vais pas vous refaire la carte de Tendre mais Marie Agnès Gillot montre avec talent et finesse les rapports de force qu’il peut exister entre un homme et une femme quelque soit l’âge, l’époque et le milieu social. Les portés sont très beaux, fluides. L’interprétation est superbe, elle mêle humour, stupeur et étonnement. Cette pièce vaut le coup d’oeil car je crois que c’est la première d’une grande série qui risque d’être fabuleuse.

Le dernière pièce clôt très bien cette soirée. Elle commence dans l’obscurité, une jeune femme est penchée. Sa chevelure blonde danse avec ses bras. D’un coup elle se relève et laisse apparaître son visage. Dans sa bouche il y a une fleur rouge. Le symbole est très fort. Entrent ensuite des danseurs habillés d’une jupe rouge. On ne peut s’empêcher de penser à Bella Figura de Kylian. La chorégraphie est très belle, simple mais travaillée dans les moindres détails. Les jeunes danseurs semblent prendre un plaisir fou dans cette pièce. Elle s’achève comme elle a commencé, la jeune femme seule, la fleur dans la bouche, des battements de coeur en guise de musique. A voir.

 

P1010838.JPG

 

Le Junior ballet se produit le 2 avril au théâtre du Kremlin Bicêtre

 

José Martinez, Ouverture en deux mouvements (2009)
Durée : 10’
Musique : Serge Prokofiev
Paul Taylor, Auréole (1962)
Durée : 18’
Musique : G.F.Haendel

 

Marie-Agnès Gillot (2009)

Durée: 15′

Musique

 

Annabelle Lopez-Ochoa, Requiem pour une Rose (2009)
Durée : 17’
Musique : Franz Schubert

 

Le Conservatoire de Paris – CNSMDP / Direction Alain Poirier
Direction des Etudes Chorégraphiques / Daniel Agésilas
Administration et Communication / Stéphanie Cabrol-Douat
Production et International / Christian L’Anthoën

Junior Ballet du Conservatoire de Paris / Directeur artistique Daniel Agésilas / Maître de ballet classique Muriel Belmondo

Cédric Andrieux, concept Jérôme Bel, suite de l’hommage à Cunningham

Cedric-andrieux.jpg
Dans le cadre de l’hommage à Merce Cunningham en voilà un bien particulier. Cédric Andrieux a accepté de se frotter au concept de Jérôme Bel. Il y a 5 ans, Jérôme Bel, chorégraphe, avait crée pour Véronique Doisneau, sujet à l’Opéra de Paris partant à la retraite, une pièce (à représentation unique) dans laquelle l’intéressée parlait de son travail, ses goûts, ses regrets en alternant prise de parole et danse. J’avais adoré ce programme qui avait eu lieu le soir du spectacle des jeunes danseurs en 2004. Cela avait certes un peu plombé l’ambiance, mais il est bon d’entendre parfois des gens qui ont des parcours qui ne sont pas toujours idylliques.

Jérôme Bel renouvelle ce soir l’exercice avec Cédric Andrieux, danseur au ballet de Lyon. Le jeune arrive sur scène et nous parle de son parcours. D’abord le CNSM, où il eut le prix du conservatoire, ce à quoi il ne s’entendait pas, il nous montre donc la chorégraphie. Puis ses débuts à New York sont diificiles, mal payé, mal logé, un peu perdu. Enfin il entre à la Merce Cunningham Dance Compagny aprs y avoir pris un cours et s’être fait repérer par Merce. On croit donc à un grand espoir, et à un grand bonheur et en fait non. Le monde de la MCDC tel qu’il nous le décrit est austère et peu réjouissant. Il a souffert pendant 8 ans de ce travail répétitif. Toujours la même barre, être poussé au delà de ses
limites en permanence, souffrir dans tout son corps, mettre à chaque spectacle des gaines et des académiques.

Andrieuxmcdc.jpg

Même la création tel qu’il le raconte semble être une souffrance. Cunningham créait toujours de la même façon. D’abord les jambes, puis il ajoutait le buste et enfin les bras, le tout étant d’une extrême difficulté voire irréalisable.
Ce qui rend malheureux Cédric Andrieux, c’est le manque de confort dans cette écriture chorégraphique. C’est aussi le manque de contact avec Merce. Ce qui le rend heureux, c’est ce qu’il peut ressentir parfois sur scène ; le moment présent. La sensation qu’il n’y a rien avant et qu’il n’y aura rien après, que ce moment est présent, qu’on le voit se dérouler sous nos yeux. Ce qu’il le rend heureux, c’est aussi le fait qu’il n’y a rien à interpréter. Cédric Andrieux quitte la MCDC en juillet 2007. Deux jours après, il est embauché par le Ballet de Lyon. Là il y danse du Trisha Brown, du Jérôme Bel, du Forsythe, du Preljocaj, du Kylian. Il prend alors conscience de ce qu’il aime danser. il n’aime pas interpréter des rôles, il aime la danse de Trisha qui est organique et qui comme chez Cunningham ne requiert aucune interprétation.
Il finit sur le pourquoi comment de cette performance. Il nous dit qu’après cette réflexion sur son art et sur sa pratique, il sait enfin pourquoi il fait tel ou tel choix. Les choses ont du sens à présent. Il prend donc un virage dans sa carrière plus mâture et méditatif.

Article du Monde

Vidéo Véronique Doineau