Rodin et son éternelle idole, Eifman Ballet

Rodin et son éternelle idole est un ballet merveilleux, chorégraphié par Boris Eifman, qui décrit la passion du sculpteur avec l’artiste Camille Claudel, mené par des interprètes incroyables. La chorégraphie, finement écrite, pleine de subtilités, m’a complètement emportée.

Le livret du spectacle très bien monté. Boris Eifman raconte la passion de Claudel et Rodin, depuis le point de vue du sculpteur vieillissant. Par des flashbacks, comme au cinéma, Rodin se replonge dans ses souvenirs. Il revit sa passion avec celle qui fut à la fois sa muse, sa maîtresse, son objet, sa collaboratrice avec qui il a notamment réalisé Les Portes de l’Enfer. Le ballet en deux actes, est très bien découpé et alterne, des moments de joie et d’enivrement intense, des instants passionnels d’amour et de création et de très beaux passages plein de désespoir et de rage. Ainsi, le premier acte s’ouvre sur la fin de la fin de Camille Claudel, à l’asile, en pleine souffrance. Rodin qui vient lui rendre visite, revit cette passion. On les voit ensemble, créant avec une grande force d’émulation, Camille restant toujours en retrait. Les critiques ovationnent Rodin, et Camille, dans sa chemise de nuit blanche, est cachée, dans le plus grand anonymat. Les lumières sont bien pensées pour que le spectateur puisse suivre ces allers-retours, avec aisance. Rodin se traîne dans sa vieillesse, aux côtés de Rose, sa fidèle épouse, tendre, mais toujours rongée par la douleur et l’humiliation à cause de la liaison entre Claudel et Rodin. A l’acte deux, on redécouvre comme Rodin a rencontré Rose, jeune fille pétillante, lors d’une fête de la vigne. On suit peu à peu la destruction de Camille, par son maître, qui ne la reconnaît pas, par les critiques qui la descendent. Elle détruit son travail sur Clotho, est hantée par des démons, tombe dans l’alcoolisme et termine à l’asile.

Eifman Ballet danse Rodin © Mikael Khoury

La chorégraphie est d’une beauté sans pareille et très riche. Boris Eifman s’est clairement inspiré des sculptures de Rodin et de Claudel, pour construire à chaque personnage, un langage. Camille Claudel est facilement identifiée par la sculpture de Rodin, La Femme accroupie. Les grands pliées en seconde, avec ses mains qui passent sous les jambes, rappellent la sculpture et signent en même temps, le caractère de l’héroïne, torturée et repliée sur elle-même. De même, dans les pas de deux, L’éternelle idole, est clairement identifiable. Rodin se jette sur Claudel, sur cette femme, belle et désirable, qui l’habite en permanence. Puis de cette forme, le pas de deux prend forme, comme une sculpture vivante, comme l’est l’art de Rodin où les marbres transpirent, et les bronzes respirent. Dans la sculpture de Claudel, on apercevra à de nombreuses reprises Vertumne et Pomone, sculpture de marbre où deux êtres s’embrassent.

Eifman Ballet Rodin
La formation des sculptures des deux artistes se fait sur des corps d’autres danseurs. Recouverts de tissus, ou suspendus sur une structure, c’est assez étonnant visuellement et très beau. Les deux artistes se ruent, comme par obligation créatrice sur le tour de potier et forment peu à peu la forme. On voit Rodin, choisir les formes des bras, des jambes, Claudel arranger les détails, rajouter des tissus. On voit sous nos yeux le Monument des bourgeois de Calais se former par les danseurs. Rodin,  lors des pas de deux, qui sont tous aussi réussis les uns que les autres, sculpte Claudel, en fait son matériau premier. Elle l’inspire, il la désire, comme femme et comme objet à sculpter.
Les deux interprètes, Lyubov Andreyeva (quelles jambes !) et Oleg Gabyshev, sont formidables de justesse dans leur jeu, avec une technique à faire des envieux. Ils parviennent à faire passer la force de cette passion, la tristesse de Rodin et la haine de Claudel.

Rodin La Cathédrale

Les danses de groupe sont l’occasion de mettre un peu de légèreté et d’humour dans le ballet. On se souviendra de ce French Cancan au deuxième acte, absolument irrésistible, construit avec des éléments connus de la chorégraphie traditionnelle, et totalement renouvelé avec beaucoup de finesse. Les critiques d’art, représentés comme des bureaucrates, sont aussi un passage amusant et bien menés. Le corps de ballet est d’une grande qualité, et les danseurs passent avec aisance d’un registre à l’autre. Les aliénées de l’asile font inévitablement penser à Maguy Marin, quand elle trainent leurs pas sur trois temps.

On passe une très belle soirée, forte en émotions et pleine de richesses. Il reste deux dates, cet après-midi et demain soir, foncez-y !

Avec Lyubov Andreyeva (Camille Claudel), Oleg Gabyshev (Auguste Rodin), Nina Zmivets (Rose Beuret) et le corps de ballet du Eifman Ballet.

Plus de photos sur le site du Eifman Ballet, clic
Infos et réservations sur le site du TCE, clic
Le site du Musée Rodin, clic

 Extrait vidéo

4 réflexions au sujet de “Rodin et son éternelle idole, Eifman Ballet

  1. gillard alain says:

    Spectacle merveilleux en effet, dommage qu’on ait pas tenu compte des spectateurs situés à gauche qui ont manqué une partie des scènes invisibles de ce côté de la salle. La priorité est sans doute de vendre les places coûte que coûte sans doute.

  2. Le petit rat says:

    Le théâtre n’est pas toujours informé de la mise en scène du chorégraphe, mais je suis d’accord avec vous, côté jardin on manquait une sacré partie du spectacle.

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