La diva Zakharova

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Soirée Magique à Bastille ! Sevtlana Zakharova n’est pas une danseuse, c’est une diva qui dégage quelque chose de si puissant que les frissons sont permanents. Placée au 13ème rang d’orchestre, pile au centre, je n’ai jamais eu une telle vue pour voir l’entrée de Nikiya. Dès son arrivée quelque chose se passe dans la salle. Un silence religieux, tout le monde retient son souffle, jusqu’à ce que le grand Brahmane lui retire le voile qui cache son visage. Le mystère dévoilée, c’est parti pour trois actes de bonheur.

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Zakharova se montre tout de suite d’une justesse étonnante. Sa bayadère est à l’image de sa danse. Fine, belle sans faux pas et au service de l’émotion. Les scènes de pantomime sont admirablement jouées. Son refus du Brahmane est clair et net, elle ne veut pas de cet homme car Solor occupe déjà tout son corps et son coeur. Sa danse change de façon radicale. Retenue et sobre devant le Brahmane, explosive avec Solor. On voit cela aussi clairement quand le fakir lui annonce le rendez-vous secret, un large sourire se pose alors sur son visage.

Le premier pas de deux est superbe. Stéphane Bullion libère sa danse pour camper un Solor transi d’amour pour cette Nikiya si particulière. Ce qui m’impressionne chez Zakharova, c’est la lisibilité de sa danse et de son jeu. Chaque geste est clair, chaque regard veut dire quelque chose. On retrouve ce dont parlait Laurent Hilaire l’autre soir en rendez vous Arop.

La danse des fakirs est un moment qui me plaît toujours autant, menée par Allister Madin à l’énergie inépuisable.

La scène 2 de l’acte I voit l’apparition de Gamzatti sous les traits de Ludmila Pagliero. Digression. En parlant de traits, pourrait-on charger un peintre de faire les portraits
des danseurs dans le tableau de Solor ? Josua Hoffalt a eu la chance d’avoir le sien, il serait bien que chaque danseur ait son visage, Laurent Hilaire trônant encore sur le tableau. Parenthèse fermée, je reviens à Ludmila Pagliero. Elle campe une Gamzatti très nerveuse. On le voit bien lors de la confrontation qui est très réussie. Si elle se réjouit de découvrir son fiancé, c’est l’amertume qui gagne son âme quand elle comprend qu’il lui a menti. Elle déploie dans sa danse une belle énergie. A l’acte II, elle montre une technique impeccable qui renforce le caractère du personnage qu’elle donne à voir. Le partenariat avec Bullion se passe très bien. Gamzatti est une jeune femme inquiète de voir le regard de Solor se poser sur Nikiya.

Emmanuel Thibault en idole dorée est complètement réifié. J’ai encore du mal avec ce style un peu trop froid pour moi, et je crois que j’ai trop en tête la proposition de Mathias
Heymann qui m’avait réjouie il y a deux ans.

La danse indienne vient réchauffer les esprits, Kora Dayanova et Cyril Mitilian donnant la pêche au groupe.

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La variation de Nikiya au deuxième acte est un pur moment d’émotion. Chaque regard est puissant. Son dos se courbe sous la douleur de la trahison. C’est très suspendu, très
aérien. Chaque pas est finement pensé. Les jeux de regards entre Solor, Gamzatti et Nikiya fonctionnent bien. Il y a de l’électricité dans l’air. La scène de la mort est superbe. Le regard de Nikiya m’a glacée le sang avant sa chute au sol.

IIIème acte, encore un beau moment. La descente des ombres est toujours aussi envoûtante. J’ai fait très attention à la respiration des danseuses, l’attention qu’elles ont les unes sur les autres, c’est vraiment un travail épatant. Bravo à Sabrina Mallem qui a mené toute la troupe sans vaciller. Les trois ombres sont un instant de lumière. Je suis sous le charme de Charline Giezendanner qui apporte beaucoup de pétillant à la variation. Il y a d’ailleurs beaucoup de joie à ce troisième acte si on le compare à d’autres actes blancs. Les bravos pleuvent et le public est très enthousiaste.

Zakharova et Bullion dansent un pas de deux magique. La diagonale de déboulés et piquées de la russe est euphorisante. Je sors envoûtée de cette représentation. Un grand bravo aussi aux musiciens et chef d’orchestre qui ont fait ressortir toutes les nuances de la partition en s’adaptant à chaque artiste.

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Site officiel de Svetlana Zakharova

Mille mercis à JMC pour la place.

  • Distribution du 04 avril 2012 à 19H30

 

Nikiya Svetlana Zakharova
Solor Stéphane Bullion
Gamzatti Ludmila Pagliero
L’ Idole dorée Emmanuel Thibault
L’ Esclave Grégory Dominiak
Manou Aubane Philbert
Le Fakir Allister Madin
Le Rajah Stéphane Phavorin
Le Grand Brahmane Yann Saïz
Soliste Indienne Sarah Kora Dayanova
Soliste Indien Cyril Mitilian
1ère Variation Héloïse Bourdon
2è Variation Charline Giezendanner
3è Variation Laurence Laffon

 

  • Bonus vidéo les saluts du 04 avril

 

 

3 réflexions au sujet de “La diva Zakharova

  1. Dhaisne says:

    Svetlana est la plus grande ballerine du moment !!!!!!!

  2. La belle au bois dormant de Svetlana Zakharova du 2 janvier 2014 à Bastille est la est la plus belle chose qui m est ete donnee de voir. Une pure merveille. Un mur diament.

Répondre à Frederic Texier Annuler la réponse.

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