Gala des 30 ans de l’AROP, soirée d’exception

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Whou quelle soirée ! Pas encore remise complètement, encore fatiguée, encore des étoiles plein les yeux. Mon aventure commence jeudi quand je vais chercher ma robe pour la soirée entre deux
réunions. C’est un peu la course, et dans mon empressement, je m’abîme un peu la cheville, flûte espérons que ça ne m’empêche pas de monter sur pointes. Vendredi je tourne en rond, pas de
spectacle, je recherche l’info danse, j’ai envie de danser, d’être à la soirée. Samedi matin, début du marathon, le matin cours de pilates et la kiné qui donne le cours regarde ma cheville et me
dit que tout va bien. Youpi les bottines ne vont pas rester au placard. Retour à la maison et choses habituelles du samedi après midi. Petit tour dans le marais, j’essaye de récupérer les
jumelles de spectacle d’une amie. Vite c’est l’heure de s’habiller, il faut faire sobre, robe longue noire, chignon bas un peu souple et hop je file. Je me retrouve coincée dans les
embouteillages, j’enrage sur la circulation parisienne. Vous me direz pourquoi n’ai-je pas pris le métro? J’arrive pile à l’heure par le joli tapis rouge posé pour l’occasion derrière une horde
de ministres tout fraîchement débarqués dans le nouveau (euh vraiment nouveau?) gouvernement. La garde républicaine se tient le long du grand escalier, tout décoré avec des fleurs tropicales et
des palmiers. C’est très beau, très raffiné. Premier étage je file dans ma loge. La salle est pleine à craquer, on sent l’attente des spectateurs, balletomanes et mélomanes réunis le temps d’une
soirée. On nous distribue un superbe programme rouge qui reprend les motifs des tapisseries de la salle. Tout y est minutieusement détaillé, les photos superbes et les textes en partie d’Ariane
Dollfus illustrent bien la soirée. Stéphane Bern apparaît sur scène et nous présente la soirée rappelant l’historique de l’AROP. Je l’aime bien Bern, je trouve qu’il a le sens du partage, même si
ce soir quand il lisait son texte il s’est heurté à quelques formules hasardeuses. 

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  C’est le traditionnel défilé qui ouvre la soirée et être en première loge offre un spectacle merveilleux. Le rideau du petit foyer de la danse se lève et la petite danseuse se réveille de
son songe pour marcher vers nous. La marche troyenne résonne et c’est tour à tour que les danseurs nous saluent. Les étoiles sont superbes, seule manquante la divine Aurélie Dupont, enceinte. Je
l’ai vue à la soirée d’anniversaire de la Galerie, en compagnie de son mari, le ténébreux Jérémie Bélingard. Toujours aussi gracieuse, elle m’a confiée ne pas vivre sa grossesse comme la
première. Si vous avez vu le film de Cédric Klapisch et lu l’article de l’Express, vous vous souvenez qu’elle avait coupé avec la danse pour vivre pleinement sa grossesse. Elle vit les choses
différemment et toute heureuse qu’elle est, la danse lui manque. J’avais partagé son regret de ne pas danser dans le Lac et surtout dans Roméo et Juliette. Je ne l’ai jamais vue dans ce rôle qui
à mon sens lui colle parfaitement. L’élégance qui la caractérise aurait rendu sa Juliette très noble dans la tragédie qu’elle subit.

Le défilé se poursuit, Hervé Moreau est acclamé, je crois que tout le monde est content de savoir qu’il revient à la scène sur le programme des 3B. La salle fait une ovation à la plus vieille et
non moins scintillante étoile Nicolas Le Riche. Il ouvre ses bras et la magie opère une fois de plus. J’appuie à ce moment là sur le bouton de mon appareil photo. Toujours aussi beau non?

 

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Mathias Heymann a toujours mal à son muscle, il n’a pas pu danser le pas de deux en compagnie de Dorothée Gilbert. C’est un Stéphane Bern très people qui annonce qu’il est remplacé par le mari de
Dorothée, Alessio Carbone. Le partenariat fonctionne très bien sur ce pas de deux de Balanchine. Ils dansent, ils se font plaisir et cela se voit. Dorothée Gilbert, toujours aussi mutine, s’amuse
des difficultés techniques qu’elle dépasse aisément. Elle semble au meilleur de sa forme. Quant à Alessio, c’est l’occasion pour lui aussi de se jouer de cette danse légère et de nous montrer ses
plus beaux sauts. Légers, aériens et complices, ils nous ont offert une petite gourmandise dansée.

 

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      Pour faire honneur à l’école des petits rats, Brigitte Lefèvre a décidé de redonner Paquita. Je n’aurais pas fait ce choix si j’avais eu à « piocher » dans le répertoire.
Les danseurs de l’école de Nanterre nous donne donc la polonaise. Très réussie, les jeunes danseurs font honneur à leur directrice Elisabeth Platel. Il y a de quoi. Après l’avoir dansé pendant
quinze jours au début de l’automne, la danse est très bien réglée. Nous avons donc droit après au traditionnel Grand Pas avec dans les rôles titres Agnès Letestu et José Martinez. Il n’est pas
étonnant que ce duo ait été choisi. Il fonctionne à merveille depuis des années et la qualité de ces artistes n’est plus à démontrer. Le grand cygne qu’est Agnès se transforme en espagnole
séduisante passant les épreuves techniques du grand pas à la perfection. C’est propre, bien dansé, bien interprété, et même si les décors ne sont pas là on s’y croirait ! José Martinez semble un
peu plus faible ce soir là. Ses sauts ont du mal à décoller, les réceptions semblent fragiles. Ce qui fait un grand danseur c’est aussi sa capacité à être au delà des mésaventures techniques et
José Martinez se surpasse dès l’instant d’après. Dans le corps de ballet j’aperçois la jolie Aubane Philbert, dont le port de tête et la grâce me touche. La jeune « élue » de l’Arop, Charline
Giezendanner semble ravie de danser et elle offre une danse simple et élégante. 

 

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Arrive le pic de ma soirée ! Le Boléro que j’ai vu pour la dernière fois il y a deux ans dansé par Nicolas Le
Riche. Ceux qui me lisent régulièrement savent toute l’admiration que j’ai pour ce danseur. Il est fascinant par sa capacité à interpréter et s’approprier les oeuvres pour les marquer de sa
« patte ». Pour l’occasion c’est Phillipe Jordan qui prend la direction de l’orchestre. On sait à quel point Nicolas Le Riche est exigeant avec la musique. Plusieurs fois je l’ai vu arrêter les
musiciens pour régler la musique à son rythme, demander des nuances, pour accompagner sa danse. Je pense que ce soir il a du être comblé. Le souvenir de Le Riche que j’avais dans Le Boléro était
une danse sensuelle, ce qu’elle est fondamentalement. J’avoue j’avais regardé la vidéo d’ARTE plusieurs fois dans la semaine. Le Riche a dansé un Boléro assez brute et j’ai beaucoup pensé au
Sacre ce soir là. Je ne crois pas que j’avais fait le lien auparavant, peut être est ce parce qu’en ce moment avec la venue de la soirée des 3B je me replonge dans ce ballet. Il y a quelque chose
de commun dans ces deux ballets qui m’a sauté aux yeux. Les deux danses sont d’une sensualité et d’une violence sans limites. L’issue est la mort du corps, condamné par avance dans le Sacre et
qui ici dans le Boléro est la conséquence de la transe dans laquelle rentre le danseur principal emmené par les autres qui comme les instruments de la partition s’ajoutent un à un pour porter ce
corps central vers un état extatique, tout comme les instruments s’ajoutent un à un pour renforcer le thème principal. Le corps de ballet masculin est très beau, porté par l’étoile à sa tête qui
les emmène dans son énergie. Quel bonheur cela doit être d’avoir une telle puissance fédératrice au centre de la scène. Les bravos se font entendre sitôt le noir final. Le sourire de Nicolas Le
Riche s’affiche sur son visage jusqu’à présent très noir, très impliqué dans le rôle. Les applaudissements ne faiblissent pas et c’est la lumière du lustre qui nous rappelle que c’est
l’entracte. 

 

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A l’entracte, petit fours et champagne sont de rigueur. La foule se presse, se bouscule, discute, échangeant ses impressions sur la performance de Nicolas Le Riche. Toutes ses bulles doivent
laisser place à la deuxième partie de la soirée qui je crois en ravit plus d’un, les mélomanes étant plus nombreux dans la salle. L’annonce de Stéphane Bern de la présence de Natalie Dessay en
remplacement d’Edita Gruberova provoque des exclamations de joie dans la salle. Je ne connais pas grand chose à l’Opéra, je n’y vais que rarement et j’ai vu les grands opéra mais toujours sur un
écran de télévision ce qui n’a bien sûr rien à voir. Je peux juste vous parler de ce que j’ai ressenti malgré tout. Ce qui m’a beaucoup plu c’est que la voix encore plus que l’orchestre envahit
la salle et de façon plus forte que dans le ballet. Il y a une âme particulière à chaque chanteur qui va chercher l’oreille du spectateur. J’ai entendu pour la première fois la grande Natalie
Dessay et elle a une voix exceptionnelle. Tellement exceptionnelle que parfois je n’y croyais pas tant les notes qui sortaient de sa bouche étaient précises. 

J’ai beaucoup aimé le duo des fleurs de Délibes, la musique est très « ronde », elle glisse et cela m’a beaucoup plu. Le duo composé par Luca Pisaroni et Piotr Beczala dans Faust de Gounod m’a
enchanté. Natalie Dessay finit par l’air de la folie qui laisse un grand silence d’admiration chez tout le monde. La mise en scène dans chacun des extraits est très minimale, gala oblige mais
soignée et se prête à chaque passage. L’atelier lyrique offre un dernier moment avec une création. La salle se lève, il nous offre un dernier air auquel se prête avec aisance Phillipe Jordan qui
m’a impressionné par sa fougue et son talent de chef d’orchestre. On sent sa touche personnelle, comme je l’ai rarement sentie auparavant avec un chef d’orchestre. 

 

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Les sourires sont sur toutes les lèvres, mais arrive la bataille du souper, car il faut trouver sa place. Plus de 700 couverts sont installés. Ma place se trouve à la Rotonde du glacier, un de
mes salons préférés de l’Opéra. Je suis à la table des hortensias roses. Chaque table est soigneusement décorée avec des fleurs qui donne le nom des tables. Le repas est délicieux et alterne les
saveurs nobles du homard, du foie gras, et de l’agneau. Adoratrice du sucre, le dessert poire chocolat me fait fondre et me rappelle des souvenirs d’enfance où ma mère commandait toujours ces
deux saveurs pour les gâteaux d’anniversaire. Je me régale des macarons siglés « 30 ans de l’AROP ». Les artistes viennent nous saluer et les applaudissements sont très chaleureux. Les chanteurs de
l’Atelier lyrique s’installent d’ailleurs à la table juste derrière nous. L’arrivée du gâteau fait lui aussi sensation. Certains sont déçus que ce ne soit qu’un décor de la fête (moi
personnellement je n’avais plus faim!). Je vous passe de discours du ministre de la culture qui se gargarise de la soirée et qui rend hommage à la cantatrice Shirley Verrett tristement disparue
il y a peu. 

La soirée touche à sa fin, du moins c’est ce que je crois, je traîne un peu dans le grand escalier pour quelques dernières photos de la décoration. Je descends et on me propose d’aller à la
soirée post Gala qui a lieu sous le grand escalier. Allez laissons nous tenter. J’y retrouve certains danseurs dont Charline Giezendanner, Dorothée Gilbert et Alessio Carbone, Christophe
Duquenne, aussi charmant en prince du Lac qu’à la ville et Julien Meyzindi bien plus en forme et souriant que lorsque j’avais discuté avec lui après le concours. J’y croise aussi Ariane Dollfus
avec qui j’échange mes impressions sur la soirée. La fête est à son comble, tout le monde danse et s’amuse. Mes yeux de petit rat sont remplis de paillettes, une soirée que je ne suis pas prête
d’oublier. 

Merci à JMC sans qui je n’aurais pas pu assister à cette soirée de Gala. 

Merci à d’autres petits rats qui m’ont fait découvrir les coulisses et l’envers du décor. L’image du petit foyer de la danse flotte encore devant mes yeux. 

 

Photos ©Le petit rat

 

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Gala des 30 ans de l’AROP, soirée d’exception:

 

Whou quelle soirée ! Pas encore remise complètement, encore fatigu …

3 réflexions au sujet de “Gala des 30 ans de l’AROP, soirée d’exception

  1. Fab says:

    Merci pour ce compte rendu détaillé et vivant … un peu comme si on y était! Un peu triste d’avoir raté le Boléro de Nicolas Le Riche et le dessert poire-chocolat. Allez, j’avoue, ça m’a donné
    envie de revenir sur mes grands principes et d’y aller l’année prochaine (si seulement ils pouvaient baisser un peu -beaucoup – les tarifs!)

  2. Cams says:

    Ca fait envie!

    Rien que pour le Boléro de LeRiche je regrette de m’être dégonflée devant les prix!

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