Desh, autoportrait d’Akram Khan

Desh m’a bouleversé, m’a fait beaucoup pleurer, m’a emmené ailleurs. Desh raconte un homme, une histoire, une filiation. Desh raconte comment un homme construit son identité, à travers sa double culture, son parcours artistique.

Desh Akram Khan

Desh est construit comme un conte. Cela commence par un homme qui apparaît dans la pénombre. Il marche, lanterne à la main, et arrive près d’un petit monticule de terre, avec un reste de buisson, décharné. Il saisit un maillet et frappe ce monticule de terre, avec ardeur et presque rage par moment. Un rythme résonne, comme un cœur qui bat, cela s’accélère puis s’arrête. La danse commence sur des bruits de rue. Le danseur évolue dans cette rue, si différente des rues de Londres, sa ville natale. Il se faufile, tel un chat, à travers ces rues, entre les voitures, les mendiants, les marchands ambulants. Les gestes sont rapides, le corps se balance de part et d’autre de la scène. Le regard est lui aussi rapide, il guette, essaye d’attraper le plus d’images. Avec lui, le spectateur se place dans cet univers. Les images imaginaires se superposent et c’est là, la vraie force du spectacle. Chacun peut y mettre son passé, ses souvenirs de voyage, de rencontres, réelles ou dans les livres.

Akram Khan Desh

Akram Khan construit à travers cette pièce un dialogue avec son père. Il dessine sur son crâne un visage. La morphologie change, le ton de la voix aussi. Un petit homme nous raconte sa vie au Bangladesh. Sa vie de cuisiner, humble, digne, une vie ritualisée, où il n’y a pas de place pour la rêverie, les loisirs. Dès lors, ce crane où le maquillage disparait peu à peu incarne le visage de son père. Il va dialoguer avec lui, être en conflit avec lui. Conflit sur l’accent du jeune homme, plus proche de la communauté noire londonienne ; conflit sur la danse, lui qui a commencé par apprendre le khatak à 7 ans et qui préfère danser sur Mickael Jackson.

Akram Khan Desh

Si le conflit de génération se fait sentir, ce n’est pas qu’à travers la culture. L’intelligence du danseur chorégraphe fait de cette question quelque chose d’universel. Décalage entre la culture de la terre et le monde dans lequel évolue le danseur, qui n’a de cesse de téléphoner à une plateforme d’aide pour son iphone qui ne fonctionne pas.

Petit à petit, face à un problème de transmission, Akram Khan se replonge dans les contes de son enfance. Avec une scénographie somptueuse, faite de dessins projetés sur un voile, le poète danse un conte où l’on croise de multiples animaux. Il danse au milieu des arbres et des abeilles, comme il dansait au milieu des voitures et des charrettes de la rue. Toujours avec cette grave féline, on voyage dans cette histoire qui s’interrompt par la pluie.

Akram Khan évoque tous les problèmes des origines. Doit-on être responsable du passé de ses parents, de son pays ? Comment vivre et voyager en se sentant étranger partout ? La danse semble être une réponse à cette quête. Aux multiples facettes, elle dessine l’intérieur de l’âme du danseur, qui se livre avec une grande humilité, et une belle sincérité. On ne peut qu’être touché par ce dialogue entre lui et lui-même, mais qui ne laisse jamais le spectateur de côté. Il utilise son corps comme un medium universel, pour raconter, enchanter, faire voyager. Il décortique son histoire à travers le mouvement, pour comprendre, accepter ce métissage, cette double culture. Il enfile à la fin un vêtement bengali, remet la terre sur le monticule, coupe son téléphone portable. Bouleversant.

Akram Khan Desh

Page officielle du Théâtre de la Ville, clic.

A lire ailleurs :

The Telegraph, clic.
The Guardian, clic.
La Croix, Akram Khan danse un envoutant retour aux sources, clic.
Le Monde, En un solo magique, Akram Khan remonte le fil originel de sa danse, clic.
France inter, JT, à 10’08, clic.

4 réflexions au sujet de “Desh, autoportrait d’Akram Khan

  1. Genoveva says:

    Mais grâce à la danse, il est reconnu dans le monde entier ! Que d’émotions dégagées !

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