Champagne au bord du lac

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Il y a deux types de personne soir de Saint Sylvestre, celles qui n’aiment pas cette soirée, et qui n’en font rien de particulier, mais qui tout de
même sont parfois frustrées et le deuxième type, qui veut à tout prix que cette soirée soit réussie, faire quelque chose qui fait que l’année commence bien. Je pense faire partie des deux
catégories et c’est pourquoi j’ai choisi de commencer ma soirée à l’Opéra. On ne peut pas être déçu en allant à l’Opéra un soir de 31 décembre. La magie opère car on est transporté dans un autre
univers, quelque chose d’intemporel où l’heure fatidique de minuit tant attendue ne semble plus compter.

Après un retour des montagnes plutôt fatigant, une journée à courir à droite à gauche pour essayer de finir l’année correctement, je ne peux que remercier avec un grand MERCI Pink Lady sans qui je n’aurais pas pu assister à la représentation. Grâce à elle, nous voilà deuxième dans la file des places en retour et donc sûres de
participer à cette soirée.

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Trop heureuse de décrocher le sésame une nouvelle fois le sésame pour voir Le Lac, il me
restait plus que 30 minutes pour faire un saut chez moi et de passer du jeans à la robe de soirée. Ni une, ni deux, de retour à 19h15 devant l’Opéra Bastille, retrouvant Pink Lady qui essayait de
rafler les pass jeunes restants, me voilà fin prête pour une soirée de rêve.

En m’installant à ma place, je réalise que c’est la troisième fois que je suis assise en fond de parterre à jardin. C’est bête mais j’aurais aimé voir ce que ça donnait côté cour… pour
certaines entrées et aussi pour les danses traditionnelles des premier et troisième actes. On doit aussi voir les alignements des cygnes d’une autre façon, et cela m’aurait permis de voir les
variations des petits et grands cygnes avec un autre angle.

Je venais au Nouvel An pour voir Marie Agnès Gillot en cygne. Je voulais voir ses jambes si particulières se courber en arabesque telles des ailes et ses bras onduler le long des remous du Lac.
Déception, elle ne dansera pas ce soir. Visiblement mal remise de sa grippe, elle est remplacée par…Emilie Cozette ! Wahou, décidément très en forme ! Il ne faut pas rester sur des déceptions
ou des frustrations. 1- Je l’ai vue il y a un mois, les choses ont du évoluées, 2- Bullion en prince, jamais vu (Bullion en prince…. pas besoin d’en dire plus) 3- un plaisir de revoir Karl
Paquette quelques années après en Rothbart.

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Je vous raconte encore une fois ce conte pour vous emmenez au pays des rêves? Allez je ne m’en lasse pas…et pour bien finir l’année, il faut que je vous fasse rêver! Il était une fois dans un
pays fort lointain, un prince, qui à son âge avancé (oh ben oui tout de même 18 ans, bientôt l’andropause!) devait se marier selon le bon vouloir de sa tendre mère et de son intrigant précepteur.
Parti se balader dans la forêt, il aperçoit une étrange créature qu’il veut abattre quand en apparaît une autre, de toute beauté. La princesse-cygne se présente à lui et lui raconte le maléfique
qui la retient prisonnière dans ce corps d’oiseau. Seul l’amour véritable et la promesse d’un mariage la délivreront du mauvais génie. Après quelques valses sur le Lac en compagnie de ses copines
cygnes, l’amour semble les unir à jamais. De retour au château, voilà que Madame sa mère lui a organisé des fiançailles en grandes pompes, mais le pauvre Siegfried (oui c’est ainsi qu’il
s’appelle) reste indifférent aux charmes de ses jeunes donzelles. Arrive un étranger avec sa fille qui ressemble étrangement à une princesse cygne déjà rencontrée plus haut… La ruse opère et
Siegfried présente la jeune femme à sa mère (qui d’ailleurs est bien souple pour une Reine, car elle accepte avec enthousiasme cette jeune fille au rang inconnu). Il lui jure son amour, et là
c’est le drame! La belle Odette (oui c’est le nom de la princesse cygne) ne serait jamais délivrée de son maléfice. Le prince désespéré retourne dans le Lac où il retrouve sa princesse désormais
condamnée à cette apparence animale. Elle est enlevée des bras de son amant par le mauvais génie et il ne meurt d’amour dans le Lac…

Je ne vais pas comparer cette soirée avec la prestation d‘Uliana Lopatkina. J’envisage les
choses différemment. J’ai tout d’abord trouvé le corps de ballet très bien et bien meilleur d’ailleurs que lors de la soirée du 21 décembre (j’avais pas dit que je ne comparerai pas? Oui mais là
c’est pas pareil !). Je le trouve plus en place, plus musical. Le premier acte est très réussi, avec une belle harmonie des énergies, des ballons des sauts. Petit bémol au pas de trois avec Eve
Grisztajn/Christophe Duquenne/ Charline Giezendanner. Eve Grinsztajn semblait moins en forme, la fatigue pouvait se lire jusque dans ses bras que j’ai trouvé embarrassants. La petite batterie
reste son atout, et ses jambes solides lui permettent de finir avec propreté ses variations. Charline Giezendanner est une bulle de fraîcheur. Tout est léger et raffiné dans ses mouvements que ce
soit dans ses bras, son dos, ses jambes. Son large sourire charme la salle. Il faut bien car Christophe Duquenne fait une performance tendue, qui manque terriblement de danse, ce qui avait crispé
la salle.

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Le duo Bullion/Paquette fonctionne très bien dans ce sens. Je trouve Paquette bien mieux dans ses bottes dans ce rôle que dans celui du prince. L’air timide de Bullion donne une couleur
particulière au Prince, très séduisante.

Emilie Cozette a bien fait évoluer son cygne depuis le 02
décembre
. Elle a amélioré ses bras qui sont plus appuyés dans l’espace, son dos est plus souple; ce qui rend l’allusion au corps d’oiseau plus élégante. La fatigue lui fait lever les jambes
moins au haut à certains moments. Comme à chaque fois que je les ai vus ensemble, Emilie Cozette et Stéphane Bullion forment un duo complice. A déplorer ce soir, le violon de l’acte II… Non
alors quand Ulyana Lopatkina dansait, elle avait ralenti tous les rythmes à l’extrême et mes oreillles pour voir la jambe se développer avaient supporté ces grincements, mais là… Comment vous
dire? C’était faux et j’imagine l’embarras des danseurs pour se caler sur de telles notes. Cela me gâche donc un peu l’adage et le pas de deux. Ouf enfin je vois quatre petits cygnes qui
ressemblent à quelque chose. En fait, je ne vois qu’un seul groupe et pas quatre personnalités qui tentent de s’exprimer dans cette variation. C’est cela qui gâche souvent ce passage. On y place
généralement des danseuses prometteuses, ce qui fut le cas encore ce soir, mais il faut que ça colle entre elles. Ce soir, c’était harmonieux tant dans les têtes que dans les jambes, sans être
lourd, c’était vraiment quatre petits cygnes en plein envol. Comme les deux fois précédentes rien à dire sur les grands cygnes. La coda est superbe et Emilie Cozette est géniale dans la fin de la
coda, où elle déploie de véritables ailes qui prennent appui sur l’air. C’est beaucoup plus fort et bien plus solide, de même pour le corps de ballet qui se surpasse ce soir. Les alignements se
forment avec aisance et facilité. On ne peut pas en dire autant des spectateurs à l’entracte! Là tout est bousculade et empressement pour former un tout très hétérogène. Pink Lady et moi arrivons
à nous installer près du buffet confortablement (si vous oubliez les quelques coups de coude dont nous sommes victimes) et les petits fours salés et sucrés défilent sous nos yeux (pas que sous
nos yeux je vous rassure! ). Sashimis de divers poissons, mousses de foie gras, petits choux à la framboise, tartelettes à la fraise, mousse au chocolat blanc… miam! Après cette farandole de
petites douceurs, il est temps de retrouver notre cher prince qui va devoir en découdre avec ses fiançailles. Les danses traditionnelles, toujours aussi bien dansées. Par contre la danse des
fiancées n’est pas très bien réglées ce soir. Quelques erreurs de placements, des difficultés de rythme, cela cafouille un peu. Entrée d’Odile. Je profite des jumelles de Pink Lady qui lui ont
été recommandées par Palpatine (elles sont géniales) pour regarder le jeu de scène d’Emilie Cozette et de Karl Paquette. Le pas de trois
est très réussi, bien rythmé avec une belle énergie. Karl Paquette est un Rothbart moins maléfique que Phavorin, mais il prend un regard perfide et calculateur qui sied parfaitement au
personnage. Sa variation est impeccable Bullion fait des erreurs techniques dans sa variation (qu’est ce que c’est que ce changement de pied pour remettre le pied droit devant après un tour en
l’air raté?) mais m’emporte avec son manège qui a beaucoup d’amplitude et qui en gagne de tour en tour.

Le prince dupé nous revoilà plongé dans l’eau. Merveilleux quatrième acte, qui me fait une fois encore monter les larmes. Je suis emportée et redoute la fin. C’est définitivement le plus réussi,
le plus touchant. Voilà pourquoi c’est merveilleux de finir l’année à l’Opéra, des bulles, des plumes, des paillettes et des larmes d’émotion plein les yeux.

Je vous souhaite dès à présent une très belle année 2011…

 

7 réflexions au sujet de “Champagne au bord du lac

  1. LULU says:

    VOUS FAITES BIEN DE DIRE QUE LES QUATRE GRANDS CYGNES SONT IMPECCABLES. QUELLE CLASSE CES DANSEUSES. JE LES AI REMARQUEES DES LES PREMIERES REPRESENTATIONS LA PLUS JEUNE HELOISE BOURDON
    SURPRENANTE DE GRACE ET DE BEAUTE ET D’UNE MATURITE INCROYABLE. QUEL AVENIR CETTE JEUNE FILLE DONT L’ASSENCION EST FULGURANTE!!! SARAH DAYANOVA EST SUPERBE DE PRESENCE ET DE TECHNIQUE TOUT COMME
    SABRINA MALLEM ALTIERE ET PRECISE DANS CE PERSONNAGE OU ELLE EXPRIME UNE PERSONNALITE INCROYABLE,BRAVO EGALEMENT A VANESSA LEGASSY ROYALE . ON SE SOUVIENDRA DE CES 4 DANSEUSES QUI FONT HONNEUR AU
    CORPS DE BALLET DE L’ONP. CHAPEAU ET A SUIVRE ……DE TOUTE EVIDENCE DE TRES PRES.

  2. Anonyme says:

    Ce sont en effet des danseuses remarquables, ce que j’ai vu au concours de promotion. La difficulté à les départager a conduit à n’en faire monter aucune mais elles ont de grandes qualités artistiques et techniques. J’ai trouvé cela frappant à plusieurs reprises dans le lac. J’attends avec impatience de les voir dans un registre plus contemporain avec Mats Ek ou Rain.

  3. leDamien says:

    super commentaire, tu es très spécialiste 😀

    je l’ai vu mercredi 5, j’ai trouvé cela trés intéressant. Surtout les deux derniers actes. L’entrée des cygnes étaient superber, et vient donner une bouffée d’air à chaque fois.

    Ayant vu 3 fois le lac des cygnes, à chaque j’ai trouvé impossible de comprendre l’histoire sans avoir une aide externe. Cette fois, j’ai re-essayé en oubliant tout ce que je savais, et j’ai eut
    le sentiment suivant: le prince a une rêverie un peu sombre, qui traduit son malaise: en effet il vit dans un monde très conformiste où un couple est forcément homme/ femme, ou alors des groupes
    d’amis (l’ensemble des danses de l’acte 1), cela ne lui convient pas. Par contre le duo avec son tuteur est très différent, mimétisme, peu conventionel. Pour résoudre ce désir qu’il ne peut
    réaliser il imagine un être pur qui doit nécessairement prendre une allure de femme, mais qui à chaque disparaît au moment de sa réalisation se mixe/ voir disparaît avec la présence sombre du
    tuteur, amour incompatible avec la société où il vit.

    Étrangement cela résonne un peu avec la vie de Tchaikovsky ce qui doit plutôt relever d’un volonté de la production actuelle, que de quelque chose d’origine dans le ballet car je comprends que le
    rôle du prince est moindre dans d’autres versions notamment.

    Qu’en penses tu ?

  4. Cams says:

    C’est vrai que cette distribution était très chouette. J’avais été bien surprise par Emilie Cozette. Comme toi je l’avais vu en début de série puis près d’un mois plus tard. C’était le jour et la
    nuit!

    J’ai beaucoup aimé le prince de Stéphane Bullion. De plus, le soir où je l’ai vu, sa variation du 3e acte était géniale. Ca rajoutait à l’enthousiasme général de la représentation.

  5. leDamien says:

    C’est une bonne remarque la fin est pas claire pour moi. Une amie a acheté un DVD d’une autre version je crois, nous allons le visionner 😀

    Comme distribution le 5 janvier c’était: Émilie Cozette pour double O, Stéphane Bullion dans le personnage qui s’ennuie de tout sauf d’un cygne, et Karl Paquette pour le complément inaccessible.

    Je me demandais si d’un point de vue danse classique le duo du Prince et du précepteur dans le premier acte, ou le Prince mimique les mouvements, était quelque chose de classique ou de
    particulier. Mon sentiment et que cela tranchait fortement avec toutes les autres danses. Dans mon souvenir: pas de mouvement sauté, ni de tourné… il m’ a vraiment surpris.

  6. leDamien says:

    le DVD (pas encore visionné) c’est celui avec A. Letestu, J. Martinez et Karl Paquette, la version 2005 de l’Opéra de Paris. J’imagine très proche en chorégraphie de celui que j’ai pu voir le 5
    janvier.

    J’ai acheté un avant-scène sur ebay parlant du lac des cygnes, mais il ne prend pas en compte dans le commentaire cette version. En tout cas c’est très interessant, merci de l’avoir mentionné.

    Pour la fin je veux dire que je n’ai pas bien compris tout ce qui se passait. Ta remarque sur la fin est donc juste, je n’ai pas d’opinion sur la mort du prince. D’où l’envie de le revoir en DVD,
    afin de voir quel sentiment/compréhension cela me donne.

    J’aime beaucoup le fait que le Lac des Cygnes soit ouvert à l’interprétation, ne pas avoir besoin de cette histoire de malédiction ou autre.

    Par contre j’aimerais bien arriver à resentir ce qui vient de la chorégraphie (comment-est transmis d’une fois à l’autre), ou bien de la mise en scène (ex: le pas de deux entre le prince et son
    tuteur: est-il écrit complètement -comme une partition classique-, ou bien dans les grandes lignes -comme du jazz- ou entre les deux – comme du baroque ou il y a des endroit pour improviser et
    d’autres moins-)…

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