Compte-rendus scènes

Dans la grosse pomme, pas de pépins pour le Cygne Noir

Des milliers de personnes arrivent chaque jour à NY avec leur propre vision de cette ville et leur propre envie. Lorsque vous descendez de l’avions et que vous attendez au « Custom & Border Protection », vous y croisez des touristes, des rabbins, des galeristes assoiffés d’art, des golfeurs, des familles cubaines qui viennent voir la famille, bref chacun y cherche un but précis ou un rêve. Moi je descends de l’avion pour y voir « Swan Lake » de Peter Martins par le New York City Ballet.

New York, New York avec ses quartiers si différents un peu à l’image de Paris ou l’on change d’atmosphère en changeant de rue. L’excès est omniprésent dans cette ville avec les sirènes hurlantes, la démesure des bâtiments ou encore l’équipement étouffant et sophistiqué des landaus poussés par les jeunes couples à central Park. Sans oublier Madame en leggings obligatoire, monsieur avec le gilet de trailer et pour les deux, la gourde de café à la main. Concernant le spectacle vivant ou la danse, NYC est tout de même la ville parmi les mieux loties du monde. Combien de concerts, pièces, musicals et spectacles de danse en tout genre par soir ? Sans doute énormément rien qu’à Manhattan.

A peine descendu de l’avion, je rejoins un appartement situé à la 68 ème rue entre Columbus et Central Park ouest pour la modeste somme de 40USD la nuit. Modeste car ce « flat » est idéalement placé à 5 minutes à pied de Central Park ou du Lincoln Center. Une bonne douche et je rejoins des amis chez Patsy’s l’histoire de m’achever de fatigue. Les serveurs italiens y dansent avec un Ossobuco dans une main et une escalope milanaise dans l’autre. Et les New-Yorkais, ils dansent où ?

Le Ballet (« Balèèèyyye » en New-Yorkaise) par une grande compagnie? Il n’y a qu’à deux endroits que l’on peut en trouver. Par l’American Ballet Theater ou le NYCB. Pour ce début de saison durant le « Fall season » la version de « Swan Lake » de Peter Martins datant de 1996 est reprise par cette importante compagnie. Essentiellement née par les dons privés, le NYCB ne possède pas véritablement de théâtre bien qu’il soit associé durablement avec le David H Koch Théâtre. Le Lincoln Center dans lequel se situe le David H Koch Theatre ainsi que le MET et le Geffen Hall, perpétue cette tradition de campus à l’américaine. Sorte de ville dans la ville qui vit au rythme des répétitions des leçons et des représentations. Une version condensée et coincée dans les buildings de notre Parc de la Villette à Paris. La salle est assez belle avec peu de place en angle mort. J’ai déboursé un équivalant de 2 nd rang de 2ème  loge n°23 à Garnier pour 70USD (Très bonne visibilité).

L’atmosphère du David Koch Theatre est assez épurée mais néanmoins légèrement tape à l’œil avec son plafond à 18 carats et ses œuvres de Kobaschi dans le foyer. La boutique est minimaliste en taille mais pas dans les prix, 25USD le Tote bag NYCB tout de même. Nous sommes samedi soir, il y règne une ambiance familiale et les jeunes couples New Yorkais, très pimpants se prennent en selfie devant les célèbres jets- d’eau du Revson Fountain, «Eummayyyyzing! » crie la dulcinée. Pendant la soirée, le publique parfois très expressif, menacera d’applaudir en cadence lors de certaines scènes mais ne manquera pas de crier des « Hii Haaa » lors des prouesses technique de Siegfried. Ballet ou Jazz, il s’agit toujours et avant tout d’un « Show ».

Cette version de Peter Martins créée 1996 au Danemark (son pays natal) reprend la partition originale de Tchaïkovski avec notamment la « Danse Russe » qui de mon point de vue manque à la version Noureev. J’ignore d’ailleurs pourquoi Rudolf ne l’avait pas intégré dans sa version de l’ONP, s’est-il posé la question ? Cette variation russe reste aussi efficacement dans la tête que le thème principal du Lac et la chorégraphie ponctue agréablement cette scène du « ballroom ». « So swouiiiite » hurle ma voisine.

Ici aussi la mise en scène est assez épurée mais plutôt riante. Dans l’acte I, on retrouve un peu l’ambiance de Notre-Dame de Paris de Roland Petit au niveau des costumes. Miss Sara Mearns, principal du NYCB retrouve son rôle d’Odette / Odile de prédilection qu’elle porte depuis 2006. Ballerine tenace au visage clair et mystérieux. Elle me laissera une grande impression pour son Odile, grande force dans le regard et bouche fatale font pousser également des griffes à ce cygne noir. Une grande féline en somme.

Toute la gaité sera mise en avant par un éclatant et enivrant « Jester» dansé par Troy Schumacher. Ce dernier guidera la fougue et la joie des élèves de l’American Ballet qui forment un très beau corps de ballet junior. A l’entracte, la foule se presse sur la loggia, je m’y fais aborder par une New Yorkaise. Déjà séduit par Sara Mearns, il lui aurait fallu quelques plumes en plus et quelques grammes d’alcool en plus dans mon sang.

L’Acte II sera en revanche plutôt mécanique et précipité et manquera à mon goût de dramatisme. Ce qui me frappe dans la manière d’aborder cet Acte II, est la recherche de la performance technique. Les variations des quatre petits cygnes en est une bonne illustration, le tempo est forte et rapide et la danse précise mais avec petit manque de charme et de fragilité. Les ensembles de 20 cygnes après la scène du bal relèvent d’une bonne maîtrise mais la chorégraphie reste trop téléphonée à la musique et n’offre que peu de verticalité sur l’aspect romantique ou spirituel. PUMA, le sponsor principale du NYCB et équipementier sportif ne s’était peut-être donc pas trompé.

Le NYCB a les moyens de proposer de grandes productions classiques mais ne m’a pas donné cette étincelle et ce mystère que j’aime ressentir dans le Lac ou Giselle. Cette version de Peter Martins possède pourtant beaucoup de qualités visuelles ainsi qu’en termes de rythme.

Le spectacle se termine à 10:00pm soit 4h du matin pour moi, difficile de rester debout. Le lendemain une bonne journée paisible se déroule au grès des visites. Une sieste à Central Park puis, il est temps de reprendre l’avion à JFK ce dimanche soir. Le lendemain à 8h, j’étais frais au boulot à Orly avec une bonne céphalo-phono-manie du Lac.
En plus des Indiens et des tricheurs au Poker, les Cygnes du NYCB ont bel et bien leur place en Amérique parmi ceux qui portent fièrement des plumes.

******************************

Coté Manhattan :

Zabar’s
2245 Broadway au niveau de la 80 ème rue.
Le Delicatessen le plus bordélique et le plus fourni en très bon produits. Etape indispensable pour y choisir sa salade ou son plat avant d’aller pique-niquer à Central Park. On y fait ses course sur de la musique classique et surtout on ne résiste pas aux cookies Raisin/Cannelle pour le reste il est très difficile de ne pas résister. N’oublier de jeter un œil à travers les portes pour admirer les cuisines.

Julliard School

Lincoln Center à gauche du Tully Hall. L’une des plus grandes écoles de musique de NY avec la « Manhattan School ». On y enseigne aussi la danse (oui oui !) Ce bâtiment tout neuf abrite près de 800 élèves. De nombreux masters class et concerts donnés par les étudiants y sont donnés gratuitement. A gauche en entrant dans le hall, un écran liste les performances accessibles.

Central Park

En attendant son Ballet au Lincoln Center ou bien avant de reprendre l’avion, ce luxuriant parc est un havre de paix au milieu de Manhattan. Mon endroit privilégié est le « Sheep Meadow », un vaste gazon avec la SkyLine qui surgit des arbres. Endroit parfait pour un apéro au soleil couchant après une bonne balade dans le « Ramble » jouxtant le lac.

National Museum of the American Indian

1 Bowling Green.

Palais assez unique proposant un bel espace pour y admirer de ravissants costumes d’indien d’Amérique. Vestes en cuir ou poncho tressé sans oublier les couronnes de plumes ! Accès libre.

Strand Bookstore

828 Broadway au niveau de la 12ème rue.
L’une des plus envoutantes librairies de NY. On s’y perd dans les nombreux ouvrages, posters ou cartes de vœux. Son parquet ciré et les étroits rayonnages sauront vous captivez de longues dizaines de minutes. Très importante offre de livre d’occasion !

Patsy’s

236 W 56th St, New York.
Ce restaurant tenu par la famille italienne Scognamillo depuis 1944 provoque un voyage dans le temps. Une multitude de serveurs en blazer blanc avec gallons vous servent non sans quelques pitreries. Lieu idéal pour vivre une scène digne de « L’honneur des Prizzi ». Cuisine excellente qui se termine par l’hypnotique charrette de desserts. Je n’imagine pas combien de têtes ou d’affaires se sont négociées ici.

Le Metropolitan Museum of Art, évidemment…

1000 5th Ave, Central Park Est.
Incontournable musée avec une collection pléthorique d’œuvres pour tous les goûts. Prévoir au minimum une grosse journée. Les balletomanes pourront y trouver l’un des célèbres répliques de la Danseuse de 14 ans de Degas. Possibilité de combiner avec Cloisters l’abbaye reconstituée au nord de Manhattan.

Frick collection

1 E 70th St, Central Park Est.
Discret et idéalement placé, cet hôtel particulier digne de ceux que l’on trouve dans le Marais abrite une très belle collection ou une bonne exposition temporaire. A taille humaine on s’y ressource et repose un peu avant de retourner dans le brouhaha de la 5ème avenue. Son salon accueil parfois des concerts de musique de chambre en fin d’après-midi.

One World Observatory

1 WTC 285 Fulton St.
Le ciel est dégagé ? L’hélicoptère est trop cher ? Engagez-vous dans le One World Observatory au sommet de WTC 1 pour une vue imprenable sur DownTown et la rade de New York. Le film déroulant dans l’ascenseur projette un historique animé de la ville à 360°, une expérience assez geek et enrichissante. Privilégiez la première benne à 9:00am.

Hors Cadre : François Alu rocks the ballet !

Au théâtre Antoine, le public a beaucoup ri cette après-midi. Il faut dire que François Alu sait y faire. Avec ces cinq compères – Lydie Vareilhes, Clémence Gross, Hugo Vigliotti, Takeru Coste et Simon Le Borgne – ils ont régalé le public de virtuosités et de sketchs dansants.

Ne jamais se prendre au sérieux. On pourrait mettre ce mantra en légende du spectacle de François Alu. Le spectacle est à l’image de ceux proposés par 3ème étage, la personnalité de François Alu en bonus. Il fait le show pendant près de deux heures. Pas de deux, solo, trio, le tout multipliant les difficultés techniques. On se joue de la danse, on en rit, on en dénonce certains aspects, mais non sans un certain humour : tout le monde en prend pour son grade à commencer par ce cher Louis XIV qui un jour eut l’idée de codifier la danse classique. Viennent ensuite les chorégraphes contemporains prétentieux, les professeurs méprisants et farfelus, les maitres chanteurs (vous savez ces chorégraphes qui s’approchent un peu trop des danseuses…). Ils sont caricaturés, dénoncés, le tout en dansant avec beaucoup de talent. On adore découvrir Lydie Vareilhes en chorégraphe déjantée à la recherche de SA création ou encore Hugo Vigliotti en obsédé du 4ème temps (oui désolé les musiciens, mais en danse, il y a toujours huit temps !).

Le spectacle reprend des passages connus des fidèles spectateurs de 3ème étage comme le désormais très célèbre Me 2 de Samuel Murez ou encore le concours de technique des garçons (et avec Hugo Vigliotti et Simon Le Borgne en rivaux de François Alu on n’est pas déçu du voyage). A cette machine qui fonctionne très bien, François Alu a su y glisser sa patte. La variation de Basilio pour le rôle fétiche, celle des Bourgeois pour montrer une autre facette de son talent. C’est bien cela que le public vient voir aujourd’hui. Un danseur qui sort du cadre pour nous montrer l’envers du décor, pour dire ce qu’il a à dire sur le monde du ballet classique aujourd’hui, et pour nous dévoiler toutes les facettes de sa personnalité artistique. En partageant la scène avec 5 superbes danseurs, on ne peut que sortir ravis de ce spectacle. A voir assurément.

Pour voir Hors Cadre au Théâtre Antoine c’est le samedi 14 octobre.

Giselle viennoise

Il y a des conversations qui en cinq minutes vous font prendre une décision sans même regarder son agenda. Le genre de conversation où on vous demande « T’es libre le week-end prochain ? On va voir Giselle ? » et dix minutes plus tard, vous recevez dans votre boite mail un billet d’avion et une place d’opéra. Comme ça. Il ne reste qu’à prendre un charmant hôtel histoire de profiter pleinement de la ville.

Quand je prends enfin l’agenda, je m’aperçois que c’est en même temps que les adieux de Laetitia Pujol. Manuel Legris sera à Paris et moi à Vienne. Voilà un échange qui me semble tout de même sympathique. Je lirai les comptes-rendus des bloggueurs, les articles de presse, je suivrai les live instagram et je regarderai en boucle des vidéos de Laetitia Pujol pour me consoler. De toutes façons, j’adorais Pujol en Juliette, alors je garde ce souvenir très précieux au fond de moi. Sa Giselle était grandiose aussi, alors finalement aller voir Giselle à Vienne, c’est une sorte d’hommage à ce personnage.

(c) Wiener Staatsoper GmbH / Ashley Taylor

Vienne c’est drôlement beau. Leur Giselle aussi. Avec un décor en noir et blanc, comme dans les vieux films. Ça permet de poser des couleurs sur la danse, de voir toute une palette en regardant les mouvements. Pour cela, il faut de jolis danseurs, expressifs qui nous racontent l’histoire. Portée par Denys Cherevychko, Nina Polakova et Eno Peci (dont je suis officiellement amoureuse désormais) le ballet s’offre au public avec une belle fluidité. L’orchestre joue à merveille la partition et appuie les nuances de la danse. On ne voit pas le temps passer.

Au delà du décor tout droit sorti d’un livre de Gustave Doré et des costumes qui ajoutent des nuances de gris (les Willis sont très belles dans leurs voiles couleur perle), la mise en scène d’Elena Tschernischova propose une vision moderne de Giselle. La danse est mise en avant, à l’instar d’une pantomime simplifiée mais très lisible pour le spectateur novice. Nina Polakova campe une Giselle naïve et tragique à la fois, à la danse impeccable (quelles jambes !) qui nous emporte dans son destin tragique. Son partenaire, Denys Cherevychko est un Albrecht qui montre sa supériorité de rang par une puissance assumée, qui sert de très beaux sauts et des pirouettes remarquables. Giselle supporte Albrecht à l’acte II comme une résistante le fait avec une cause perdue. Les grandes idées du ballet ressortent : amour, jalousie, déraison, pardon, mort. Cela aurait mérité d’être vu une deuxième fois. On reviendra, sur un coup de folie, pourquoi pas sur un coup de foudre, comme l’amour de Giselle pour la danse.

(c) Wiener Staatsoper GmbH / Ashley Taylor

A part ça, à Vienne :

  • Décidément sacrée collection à l’Albertina ! Un joli parcours de Monet à Picasso. Exposition magnifique sur les dessins de Dürer. En accord avec le décor schwarz-weiss de Giselle, histoire de prolonger le plaisir.
  • Le musée de l’histoire de l’art : immanquable ! Des trésors cachés ! Raphaël, Brueghel (la très impressionnante Tour de Babel est là), Rembrandt… En plus il y a un charmant café au milieu, pas de raison de ne pas y rester des heures.
  • On brunche dans la rue Kirchengasse, où on trouvera forcément un petit café bio sympa.
  • On déjeune chez Plachutta avec un bon vin viennois.
  • On goûte chez Sacher (une Sachertorte fallait-il le préciser).
  • On dîne au Palmenhaus.
  • On traine dans le parc à côté de l’Albertina (oui parce qu’à un moment il faut digérer).

Bilan de saison 16-17

Voilà six mois que je n’ai pas pris le temps d’écrire sur mon blog. La faute au temps, à la vie parisienne qui me bouffe parfois. J’ai aussi fait beaucoup de choses en plus de mon travail. J’ai voyagé plusieurs fois (vous pouvez faire un tour mon Instagram), me suis mise de manière sérieuse à la méditation, j’ai monté une comédie musicale pour un conservatoire, bref je n’ai pas eu de temps pour l’écriture, du moins pas ici. J’ai eu aussi l’impression de manquer de mots parfois pour décrire ou relater mes émotions face à un spectacle. Ce début 2017 a été si chargé qu’il n’y avait pas de place pour mon blog. Et puis, là au milieu de l’été, j’ai eu envie de reprendre mes carnets où j’ai amassé des notes, des impressions, parfois quelques dessins jetés ça et là après les spectacles. Retour sur les dix derniers mois.

  • Le phénomène Crystal Pite

La saison précédente s’était fermée par le très applaudi Blake Works de William Forsythe. Pour ma part, ce n’était pas le meilleur Forsythe, avec des tableaux parfois assez ennuyeux. Je vous passe mes impressions sur la musique de James Blake, qui ne me plait pas du tout et me gâche le mouvement. A la rentrée, on retrouvait ce programme accompagné d’une pièce de Justin Peck (sans intérêt, sauf la musique de Glass), de performances de Tino Seghal avant et après le spectacle (perso j’ai adoré, et encore plus au Palais de Tokyo), et de The Season’s Canon de Crystal Pite. J’avais déjà vu des pas de deux de Pite lors d’un gala au Japon et j’avais été absorbée par cette manière si souple, si fluide de faire bouger les corps, de les connecter entre eux. J’ai été épatée par son travail avec l’Opéra de Paris. Elle a su s’emparer de la troupe, la mettre en valeur – et on sait que c’est difficile quand on n’a que 6 semaines pour faire travailler les danseurs – et faire rêver le public. Son langage sied totalement aux danseurs de l’Opéra : Ludmila Pagliero impériale, Eleonore Guérineau, subjuguante, Alessio Carbone, plus puissant que jamais. La pièce est parfaitement construite, avec un alternance de rythmes, de nuances, de chorégraphies de groupes et de duos. C’est le spectacle parfait qui plait au plus grand nombre de spectateurs, qui ravit les danseurs et qui fait parler de lui dans la presse. La personnalité de Pite y est pour beaucoup. Tous les danseurs la décrivent comme douce, passionnée, à l’écoute de tous. Il suffit de la voir en répétition publique pour être sous le charme de la Canadienne.

C’est au Théâtre de la Colline que j’ai vu Bettrofenheit de Jonathon Young chorégraphié par Crystal Pite. C’est une pièce qui raconte ce qui se passe dans la tête d’un homme qui a vécu un traumatisme, une catastrophe. La pièce traite aussi de la solitude, du manque. J’ai adoré cette pièce que j’ai trouvé juste, loufoque, délirante. La danse de Pite sur le corps de Jonathon Young, c’est quelque chose. Le travail sur l’espace et le corps est remarquable. C’est une pièce qui peut être très anxiogène, inquiétante avec sa multitude de personnages burlesques et clownesques. On peut si sentir oppressé comme totalement emporté par cette chorégraphie si minutieuse. Les saccades s’ajoutent à la fluidité des corps, qui forment un ensemble très harmonieux.

© Wendy D Photography

  •  Les ballets qui font plaisir

Je n’ai pas boudé la série du Lac des cygnes : Myriam Ould-Braham & Mathias Heyman, Amandine Albisson & Mathieu Ganio, Ludmila Pagliero & Germain Louvet. Trois distributions magnifiques, avec des interprétations différentes, mais très intéressantes. De jolis souvenirs. A la clef aussi, deux nominations très attendues : Léonore Baulac et Germain Louvet. Une manière pour Aurélie Dupont d’afficher ses choix et de lancer la « relève » de l’Opéra de Paris.

Je me suis offert la parenthèse enchantée d’un week-end à Vienne pour voir Onéguine. L’histoire de Pouchkine me touche tellement que je ne me lasse pas de ce ballet. C’était merveilleux d’être au Staatsoper, avec une musique si bien jouée pour accompagner les danseurs. Un beau moment en compagnie de deux amis, quoi de mieux ?

La soirée Kylian réservait aussi son lot de beauté avec le mythique Bella Figura. Alice Renavand et Laetitia Pujol y étaient sublimes dans leurs robes rouges. J’ai découvert le mystérieux Tar and Feathers, que j’ai beaucoup apprécié pour le jeu des silences et de l’espace qui était créé en scène. L’atmosphère tendue contribuait à un émerveillement continu. Je n’ai pas regretté d’y être au Nouvel An.

Autre week-end, autre découvert, en décembre à Bordeaux. J’y ai découvert Coppélia de Charles Jude. Je vous laisse relire ma chronique ici. Une jolie découverte que ce soit la ville, la troupe, le ballet ou le théâtre.

Enfin, la soirée Ravel fut une agréable surprise. Je ne comptais pas y aller et puis je me suis laissée tenter par une place de dernière minute. J’étais enchantée de revoir le Boléro de Cherkaoui, que j’apprécie beaucoup. En sol de Robbins est une pièce charmante qui m’amuse beaucoup, quant à La Valse dont je ne gardais pas un bon souvenir, avec Dorothée Gilbert dedans, on apprend à l’apprécier.

  • Mes coups de coeur « danse »

Les vrais coups de coeur de ma saison commencent avec Viktor de Pina Bausch. Une pièce sombre, fascinante, dont j’ai parlé ici. C’est ensuite, un très beau solo, Loss Layers vu à la Maison de la Culture du Japon. Je vous conseille de lire l’avis de Catherine de Danse aujourd’hui, . C’est un solo chorégraphié par Fabrice Planquette pour Yum Keiko Takayama. On est aux croisements de la danse contemporaine, du Buto, de la performance plastique. On perd la notion du temps et de l’espace grâce à la scénographie (épileptiques s’abstenir) et la musique. C’était très beau, plein de poésie, totalement déroutant. Un des plus beaux spectacles que j’ai vus cette saison.

Restons au pays du soleil levant (oui passion Japon), avec Kaori Ito et son très beau Je danse parce que je me méfie des mots. La pièce est un portrait fait de questions en « pourquoi? » que la danseuse pose à son père, artiste de 70 ans. Les deux personnages nous plongent au coeur de leur intimité, de leur amour filial. Loin d’un pensum freudien, on découvre une pièce finement ciselée, où la fille danse sous le regard d’un père qui tente par cette pièce de répondre à ses questions.

C’est aussi une manière de rester au Japon surtout avec la dernière partie d’Impressing the Czarchef d’oeuvre de William Forsythe. Le Ballet de Dresde a été invité par l’Opéra de Paris et ces quelques jours de cette pièce magistrale ont été une réjouissance. J’attends les balletomanes pour refaire la chorégraphie du Bongo Bongo ! La tenue écolière japonaise devrait être l’uniforme pour aller voir du Forsythe (si vous préférez l’académique bleu – oui il est bleu ! – de In the Middle…)!

La Batsheva Dance Company a offert un très joli moment avec son Last Work. Ohad Naharin frappe fort, comme toujours. Il crée des images à travers lesquelles il délivre des messages d’une grande force. Une pièce qui marque et reste en tête plus longtemps qu’on ne l’aurait pensé. Elle se diffuse en nous.

On peut trouver qu’il fait toujours la même chose, qu’il use de facilité, et pourtant James Thierrée séduit toujours un large public. Dont moi. La Grenouille avait raison me fait briller les yeux comme ceux d’une petite fille. Cet artiste me fascine, sa magie opère complètement et j’en redemande. Ma chronique gaga à relire ici.

Derniers coups de coeur à l’Opéra : Marion Barbeau si jolie et pétillante recevant le prix de l’Arop. La soirée Cunnignham Forsythe avec cette pièce totalement lunaire de Cunningham que j’ai adorée. Enfin la soirée « Danseurs chorégraphes » qui réunissait Sébastien Bertaud, Simone Valastro, Bruno Bouché et Nicolas Paul. A part la pièce de Bertaud qui m’a laissée de marbre (trop de paillettes tue la paillette), j’ai été charmée par le conte raconté par Valastro, avec une Eleonora Abbagnato touchante en petite fille. Je ne peux pas être objective sur la pièce de Bruno Bouché, – le pas de deux entre Aurélien Houette et Marion Barbeau m’a beaucoup émue. Quant à la pièce de Nicolas Paul, j’ai trouvé que c’était une pièce remarquable, très fine, avec une chorégraphie exigeante. Sans aucun doute la plus aboutie de la soirée.

  • Les regrets et déceptions

La saison avait commencé avec une première grosse déception : La Belle au bois dormant par l’ABT, chorégraphiée par Alexei Ratmansky. Outre les costumes kitch, je n’ai pas été impressionnée par le niveau de la compagnie. Déjà que je ne suis pas fan de la Belle au Bois dormant, cette version a fini de m’achever. Décidément Ratmansky et moi, on n’y arrive pas.

Autre chorégraphe, autres soirées : je crois que Benjamin Millepied a réussi à me dégouter de Balanchine. On en a trop vu, trop mangé, on a vu les chorégraphes qui veulent l’imiter. (Bref, j’ai toujours préféré Robbins). Le Songe d’une nuit d’été a été très douloureux à regarder (ouf il y avait Hugo Vigliotti pour me remonter un peu le moral). La deuxième partie ouvrant sur la marche nuptiale a eu raison de moi. La soirée Balanchine en hommage à Violette Verdy (Brahms-Schönberg Quartet/ Sonatine / Mozartiana et Violin concerto) m’a semblé trop longue. Violin Concerto arrivant à la fin de la soirée, je n’avais presque plus d’énergie pour le regarder. Dommage c’est une de mes pièces préférées de Balanchine.

Pour finir avec l’Opéra de Paris, le Gala Chauviré n’était ni fait ni à faire… Programme court, orchestre au rabais, un film qui ne se lance pas, sans doute trop peu de répétitions pour les danseurs… Ce n’était pas un beau cadeau fait à cette grande dame de la danse. Heureusement, Dorothée Gilbert a dansé une mort du cygne sublime. Cela ne sauve pas la soirée, mais cela donne un peu d’émotions à une soirée qui en manquait cruellement.

A Chaillot, j’ai été déçue par Now de Carlson. Cela manquait de rythme et on s’est vite ennuyé. Y Olé de José Montalvo se construit comme un mélange des influences du chorégraphe. Peut être qu’on commence à être lassé par les procédés vidéos et les tableaux qui se succèdent comme une suite de sketch. Dommage, le Sacre version flamenco, au début de la pièce, c’était pas mal. Enfin Noé par le Ballet Malandain Biarritz m’a fait l’effet d’un spectacle de fin d’année. Je n’ai ni aimé les costumes, ni les chorégraphies de groupe en cascade, ni le rythme particulièrement lent de la pièce. Je suis complètement passée à côté, reste la musique superbe.

Dans la saison du Théâtre des Champs-Elysées, j’ai vu La Chauve Souris de Roland Petit par le Ballet de Rome. Enfin par le Ballet de Rome en corps de ballet et Iana Salenko (Berlin) en guest star. Je me suis ennuyée dans cette fresque parisienne aux allures de revue. Cela ne m’a pas amusé j’ai trouvé cela finalement assez vulgaire et daté.

Autre grosse déception A Swan Lake d’Alexander Ekman. Ce que j’avais vu de lui pour le NDT m’avait plutôt charmée (Cacti). Le début du ballet, avec la vidéo et les deux cygnes était plutôt prometteur. Mais au bout de quelques minutes, on comprend vite qu’il ne s’y passe rien. Alors certes Ekman a tenté de faire quelque chose avec de l’eau, mais c’est très vide de chorégraphie. On souffle un peu pendant la petite fête, qui rappelle trop certaines pièces de Pina Bausch, mais cela ne suffit pas. Au final, je suis sortie très stupéfaite par ce manque de poésie que l’on pouvait attendre d’une telle réécriture. On verra ce qu’il fera avec le ballet de l’Opéra de Paris et sa pièce Play.

  • Côté théâtre

Mon coup de coeur – tous spectacles confondus – de cette saison a été la très belle pièce du japonais Kurô Tanino, Avidya l’auberge de l’obscurité. J’ai vu cette pièce à la Maison de la Culture du Japon. Cette pièce du Festival d’Automne raconte l’histoire d’une auberge traditionnelle qdont le destin est incertain car elle est sur le chemin du tracé d’un futur Shinkasen. La pièce a pour décor un triptyque tournant où on peut voir toutes les pièces de l’auberge. La vie calme et ennuyeuse de l’auberge va être troublée par l’arrivée de deux marionnettistes. Ils révèlent les autres personnages : les deux geishas, le sansuke, l’hotesse et l’auberge devenant elle-même un personnage fascinant. J’ai été bouleversée par la beauté de cette pièce, par tant de poésie et de raffinement.

J’ai (enfin !) vu Vu du Pont, mis en scène par Ivo van Hove à l’Odéon. Je n’ai pas été déçue : la mise en scène et les comédiens étaient fabuleux. Une pièce saillante, remarquable, bref du grand théâtre. C’est la seule pièce de l’Odéon qui m’a marquée dans la saison. Le reste ne fut que déception.

Au Théâtre de la Colline, j’ai trouvé que la première saison de Wadji Mouawad assez réussi. Seuls a ouvert la saison de manière assez remarquable. Cette très belle pièce de théâtre signée du directeur de La Colline, donnée à Avignon en 2008, n’a pas perdu de sa superbe. L’autre moment fort était bien entendu Place des héros, mis en scène par Lupa, lui aussi présenté à Avignon en 2016. Dans un registre plus léger, j’ai beaucoup ri devant Lourdes, une pièce haute en couleur et pleine de dérision mené par une joyeuse troupe de comédiens issus du Cours Florent. Timon Titus présentée au 104 m’a aussi ravie. Moi, Corinne Dadat mis en scène par Mohammed Katib m’a beaucoup touchée. Au-delà de la rencontre entre ce metteur en scène et cette femme de ménage, il s’y joue une histoire des corps intéressante.

Dernière belle soirée au théâtre, ce fut avec mon amie Irina qui m’a emmené voir Lucrèce Borgia à la Comédie Française avec la sublime Elsa Lepoivre. J’avais lu le texte il y a bien longtemps (au lycée, ça commence à remonter !) et j’ai été ravie de le redécouvrir dans une si jolie mise en scène.

  • Ce que je n’ai pas pu voir (et je le regrette…)

Premier regret, manquer les nominations d’étoile. Je suis une sentimentale, j’aime bien ces moments qui transforment la carrière d’un jeune talent. Heureusement on vit à l’heure d’internet, mais ce ne sera jamais la même chose que l’émotion dans la salle.

Dans le même esprit sentimental, je n’ai pas vu les adieux de Jérémie Bélingard. Ceux qui me lisent depuis un moment savent à quel point j’apprécie ce danseur. Son Don Quichotte était si beau. Bref, j’étais en déplacement professionnel, impossible de m’y rendre. Petit pincement au coeur.

Ma fin d’année a été chargée, je n’ai donc pas pu voir ni le NDT à Chaillot, ni la Sylphide. Une prochaine fois. Ou l’occasion d’organiser un week-end en Hollande pour aller les voir sur place.

Enfin, j’aurai bien vu Tree of codes, car j’apprécie le travail plastique d’Olafur Eliasson.

 

 

Si vous avez eu le courage de me lire jusque là, merci ! Et vous ? Quels ont été vos coups de coeur? Vos déceptions ?

Voilà la saison s’achève, une dernière révérence avant septembre.

A bientôt !

La grenouille avait raison, James Thierrée

Vu au Théâtre du Rond-point au début de mois de décembre, c’est le regard plein de paillettes que je suis sortie du spectacle de James Thierrée. J’avais détesté Tabac Rouge, paresseux d’un  point de vue chorégraphique et très fouillis à mon goût. La grenouille avait raison reprend des ressorts qui fonctionnent – que l’on a certes déjà vus dans les spectacles de Thierrée.

On a l’impression d’être sous un chapiteau, tout est de bric et de broc. Un vieux piano, un escalier qui se forme à mesure qu’on l’escalade, une espèce d’aquarium verdâtre où l’on imagine les grenouilles en jaillir. Le décor est posé, le conte peut commencer. Au milieu de ce décor mi-circassien, mi inquiétant, on n’attend que les animaux imaginaires de Victoria Chaplin. Cela ne tardera pas.

1h30 de James Thierrée avec tout ce qu’on attend dedans : des artistes géniaux, un montage musical qui nous transporte, Thierrée dansant (cet homme peut tout faire non ?) un peu de magie, de l’humour et le public est conquis.

Si on peut reprocher la facilité du « déjà-vu », on ne peut enlever l’émerveillement. Avec un regard naïf, on admire ce spectacle sans trame narrative évidente – personnellement je n’ai pas cherché à retrouver Grimm – mais où les scènes s’enchainent avec des liens invisibles. On suit les chamailleries fraternelles, les roulades acrobatique, les grimaces et les dialogues dans des langues imaginaires, avec beaucoup de délectation.

James Thierrée est fascinant et n’a pas fini de l’être…

PS : Je n’ai pas de photo de moi, rouge tomate au bar du théâtre, quand j’ai croisé le regard de Thierrée…. Fascinant je vous ai dit.