Black Swan de Darren Aronofsky

Black Swan movie

 

Je n’avais pu me rendre à l’avant première de ce film le 10 décembre car j’allais au
théâtre de la Colline voir une super pièce soit dit en passant (Lulu). Heureusement, il n’y a pas qu’une avant première ! Je suis donc allée voir ce nouveau film de Darren Aronofsky.
J’avais beaucoup aimé les deux précédents films, Requiem for a dream et The Wrestler.

L’histoire est simple, cela se passe dans une compagnie. Le maître de ballet décide de remonter le Lac dans une version plus viscérale, plus contrastée, plus moderne. Nina est
danseuse dans cette compagnie. Quelque peu caricaturale dans sa petite vie bien rangée et organisée par sa mère, elle ne porte que des couleurs pastels, vit dans un monde de princesse. Quand elle passe l’audition pour le rôle d’Odette/Odile elle montre sa faiblesse à devenir un être maléfique. La fragilité de la jeune femme l’empêche d’aller dans ce genre  de rôle. Peu à peu, elle va, suite à mauvais rêve où elle est transformée en cygne, développer des stigmates de l’animal. Elle entre alors dans un délire schizophrénique.

J’ai bien aimé la façon de filmer de Darren Aronofsky, on est soit dans les yeux de quelqu’un, dans ceux de Nina, souvent derrière elle, comme si son double maléfique était juste là prêt à surgir. Tout bouge, tout danse, la caméra contribue à l’ambiance psychotique du film. On ne sait jamais si on est dans un rêve ou dans la réalité et ce jusqu’au bout. On peut avoir plusieurs lectures. Tout comme dans le Lac de Noureev, on ne sait jamais si on est dans l’imagination de Nina ou dans la réalité, dans une fiction fantastique. tout se retourne en un instant, on passe du paradis à l’enfer, de l’humain au cygne, du rose bonbon au noir le plus sombre, du large sourire de Nina à ses yeux entachés de sang. La tension sur le spectateur se fait par oscillation
qui maintient une certaine dose de stress et d’intrigue de façon assez habile.

La bande son est bien utilisée, la musique de Tchaïlowsky s’adapte à toutes les situations du film. Personnellement je ne me lasse pas de la musique de Tchaïkowsky… alors dans un film, c’est encore plus merveilleux.

J’ai trouvé intéressant le parallèle entre le conte et la vie de cette jeune femme. Dans les deux cas, aucune des deux ne peut devenir une femme. Le Lac, vous connaissez l’histoire, je vous l’ai déjà racontée plusieurs fois. Dans le film, Nina est dans
l’incapacité de devenir une femme. Sa mère l’en empêche et la traite comme une petite fille ; elle veut la garder, qu’elle ne la dépasse pas dans son avancement de carrière elle qui a sacrifié la sienne pour sa fille. Dans la vie, tout la ramène à l’enfance. Elle a peur de tout, est affectée par tout ce qu’on peut penser d’elle. Il n’y a que la danse qui la fasse se battre, s’affirmer.
Elle est un animal en cage. Elle voudrait aimer son maître de ballet, mais lui n’est là que pour l’amener vers son rôle. Cela m’a fait penser au roman d’Anne Wiazemsky, Jeune Fille. Lisez le si ce n’est pas déjà fait.

J’ai lu ça et là que le film développe des clichés sur la danse classique. Qui peut affirmer que les rivalités dans un corps de ballet sont inexistantes ? N’y a t-il pas de
problème d’anorexie chez les danseuses? Certes ce sont des clichés mais ils ne sont pas tous faux. Les puristes de la danse n’ont pas compris qu’il ne s’agit pas d’un film de danse, mais d’un film qui prend pour décor un milieu dans lequel la quête de perfection est constante, la remise en question est incessante, l’exigence est telle qu’elle pousse les danseurs dans un regard sur soi qui peut devenir déformé.

Que vous dire de Natalie Portman? Merveilleuse en danseuse, elle a travaillé comme une dingue pour transformer son corps puisqu’il ne s’agissait pas seulement de faire un régime, mais d’avoir un corps de danseuse qui travaille avec depuis son plus jeune âge. Elle s’en sort avec brio et est tout à fait crédible dans le rôle. Il est tout à fait  naturel qu’elle est eu le Golden Globe de la meilleure actrice. Je pense qu’elle est en bonne voie pour l’oscar…Je ne peux pas en dire autant de Mila Kunis, dont on voit bien qu’elle a moins
d’aisance avec la danse classique. Vincent Cassel est très juste et même un peu en dessous de la réalité quand on pense à certains chorégraphes ou maîtres de ballet odieux !

Parlons enfin un peu de la chorégraphie de Benjamin Millepied. Ce n’est pas un film de danse, donc elle n’est pas forcément beaucoup filmée. Une barre, une variation du cygne mais centrée sur le visage de Nina, il n’y a qu’à la fin qu’on voit quelques moments du Lac. Je n’ai pas été convaincue par cette version, et je crois que je ne suis pas la seule… Benjamin Millepied a montré d’autres qualités chorégraphiques dans sa composition  Amoveo pour l’Opéra de Paris. C’est amusant de
le voir derrière une caméra comme acteur.

Je conseille le film, j’ai passé un excellent moment et je vais y retourner avec grand plaisir !

 

Affiche de Black Swan version retro

  • Revue de presse

Article de USA Today « Meet Benjamin Millepied, Natalie Portman’s husband to be » par Alison Maxwell

Article de Huffington Post  » Peeking at the ballet world via Black Swan » par
Ashley Bouder, principal dancer at the NYCB

Article et ITW de Vincent Cassel dans le Figaro « Vincent Cassel ouvre le Festival de Venise avec Black Swan »
par Marie Noëlle Tranchant

Article de The Independent « Portman tells of the agony she
endured to be a dancer
 » par Terry Judd et Jerome Taylor.

Article de Fashion « Raising the barre for fashion » par Emma Sibbles

Article de The Guardian « What Britain’s ballet star made of
BlackSwan
 » par Judith Mackrell

Dans Danser, à lire le dossier d’Ariane Dollfus avec les interviews d’Agnès Letestu, Elisabeth Platel, Pietra, Phillipe Grimbert, Patrice Leconte et bien d’autres…

 

  • Bande annonce

 

4 réflexions au sujet de “Black Swan de Darren Aronofsky

  1. Cams says:

    Je n’ai toujours pas réussi à me procurer le nouveau Danser. Il n’est pas chez mon marchand de journaux! mais je devrais y remédier ce soir à l’Opéra.

    J’ai eu un gros coup de coeur pour ce film et j’irai le revoir lors de sa sorite en France. Les puristes de la danse lui font un faux proces. Ils n’ont pas vraiment compris le propos du film ou
    ne l’on carément pas vu. Ils veulent y voir un film sur la danse mais se tompent à mon avis!

  2. Fab says:

    J’ai acheté Danser hier et les réactions des personnes interviewées sur le film sont intéressantes, pas trop langues de bois. La réaction d’Agnès Letestu notamment est très intéressante. Je
    trouve qu’elle fait preuve de beaucoup de clairvoyance et de lucidité. MC Pietragalla a, quant à elle, trouvé le maître de ballet presque « trop soft » par rapport à ce que certains chorégraphes
    peuvent être dans la réalité, explique-t-elle (ben dis donc…). Et Ashley Boulder confie que le film lui a apporté des idées neuves dans sa manière d’interpréter le cygne noir. Et de
    toute manière, comme dit Cams, quoi qu’il en soit, ce n’est pas un documentaire sur la danse. C’est un thriller construit autour d’une artiste prise au piège de sa quête de perfection. Je crois
    même au départ que le réalisateur imaginait plutôt le film dans le milieu du théâtre.

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