1980, ein Stück von Pina Bausch ou une idée du bonheur

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« De quoi as-tu peur ?

– De ne plus rien ressentir ».

Cela, ça ne peut pas vous arriver en regardant Une pièce de Pina Bausch. Bien au contraire, on est sans cesse baladé entre différentes émotions.

Tout commence avec une odeur d’herbe. Au sol, du gazon. On a tout de suite envie de s’y rouler. On s’assoit et on se sent déjà bien. Puis tout s’enchaîne. Les petites scènes se
suivent sans histoire et pourtant, quelque chose de très humain en ressort à chaque fois. Souvenirs d’enfance d’abord, « une cuillère pour Papa, une pour Maman » etc, obligation de manger la soupe, pour grandir. Grandir mais pour-quoi ? Pour fêter son anniversaire tout seul en soufflant des bougies avec la conscience du temps ou aller se balader à la plage, ou encore rencontrer l’amour lors d’une danse ou d’une soirée mondaine. On joue aux chaises musicales, au jeu du foulard, à cache-cache. On a peur du noir, on trouve des solutions « J’emmène toujours des bougies, au cas où l’électricité… » propose l’une, tandis qu’un autre affirme qu’il n’a pas peur du noir. Une enfant fatiguée qui court, une autre qui tient son oreiller en répétant « Je veux aller à ma maison », le tout en robes de soirée et costumes trois pièces. Comme dans un rêve où on retourne à notre enfance, Pina plonge ses danseurs dans des états enfantins, mais dans leurs tenues, le décalage opère et nous faire rire, ou nous attendrit.

1980 ein Stück von Pina Bausch

Pina Bausch réduit dans cette pièce le problème de la distance avec le public. Le premier rang a les pieds dans l’herbe. On nous offre du thé, avec une grande élégance anglaise. On savoure des chocolats. Et puis, ce monsieur au premier rang qui se voit proposer des choses indécentes, mais toujours avec beaucoup d’humour. La farandole des danseurs passe et repasse en boucle dans le public, comme une rengaine rassurante. Parfois c’est pour arrêter un bazar monstre, où tout le monde parle, crie, joue, pleure, s’exprime. Ce qui est sûr, c’est qu’on s’attache aux différentes personnalités, on les regarde dans tous leurs états, dans leurs rapports aux autres.

Le concours de beauté offre un formidable paradigme du théâtre de Pina Bausch. Les candidates sont présentées, scrutées. On leur demande de montrer de la jambe, de parler de leur hobbies. Une fois encore c’est au public qu’on s’adresse, les voix s’élèvent, la musique prend le dessus, tout le monde bouge et danse. Puis, de nouveau, c’est le moment d’affirmer sa personnalité. Donner trois mots qui définissent votre pays, où sont vos cicatrices. Il ne s’agit pas d’incarner des personnages, même si on peut se poser la question pour Julie l’australienne, mais plutôt d’exprimer sa personnalité, raconter son parcours par bribes, par souvenirs.

On rit beaucoup, surtout grâce à Mechthild Grossmann, qui de sa voix grave chante, ou drague, ou s’exclame « C’est formidable ! Une, deux trois sorties, c’est formidable ! Vous
connaissez Lutz? Il est formidable ! ». La répétition est sans cesse utilisée, tantôt pour rire, tantôt pour nous émouvoir, pour toucher quelque chose de plus profond. Parfois naît même une certaine angoisse, de ces moments qui doivent se répéter et qui pourtant ne se ressemblent pas. Une impression de déjà-vu, et pourtant les visages des comédiens ne sont pas les mêmes.

Il ne faut pas chercher un sens, même si on sent bien que derrière tout cela, il y en a un. Il y a beaucoup de vie, beaucoup de joie, et beaucoup d’humanité comme dans toutes les pièces de Pina Bausch. J’ai été pour ma part complètement happée, je suis rentrée à fond dans cet univers magique, loufouque, parfois délirant, enfantin, et profondément plein d’amour. Il faut vivre cette pièce de bout en bout. C’est un vrai shoot de bonheur !

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Les saluts sont très émouvants, bizarre, en fait la dernière fois que je suis venue eu Théâtre de la ville, Pina était là, au milieu de tous. Pas de francs sourires, juste des regards où se mêlent la joie et une certaine tristesse. Comme si malgré tout, il manquait quelque chose ou plutôt quelqu’un à la fête. C’est donc le coeur serré, mais avec une sentiment de plénitude que la salle se vide. C’était « formidable ! « .

A lire ailleurs Danses avec la plume, Musica Sola, Palpatine.

Encore merci à Musica Sola pour la place.

Le Figaro Les éclats lumineux de Pina Bausch
Mondomix L’enfance vue par Pina Bausch
Le Monde 1980, année charnière pour Pina Bausch
Blog Le Monde Le vert paradis de Pina Bausch
France Info 1980, une pièce majeure de Pina Bausch
20 minutes La pièce qui a donné naissance au style de Pina Bausch
Toute la culture 1980, La danse est dans le pré

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  • Crédits et distribution

mise en scène et chorégraphie Pina Bausch
décor Peter Pabst
costumes  Marion Cito
dramaturgie Raimund Hoghe
collaboration Hans Pop
musiques John Dowland, John Wilson, Ludwig van Beethoven, Claude Debussy, Johannes Brahms, Edward Elgar, Francis Lai, Benny Goodman, Comedian Harmonists…

avec
Regina Advento, Ruth  Amarante, Mechthild Großmann, Lutz Förster, Barbara Kaufmann, Ditta Miranda Jasjfi/Cristiana Morganti, Daphnis Kokkinos, Eddie Martinez, Nazareth Panadero, Helena Pikon, Jean-Laurent Sasportes, Franko Schmidt, Azusa Seyama, Julie  Shanahan, Julie Anne Stanzak, Michael Strecker, Fernando Suels Mendoza, Aida Vainieri, Tsai-Chin Yu magicien Rainer Roth, gymnaste aux barres parallèles

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